Trump et Le Pen : deux visages d’un même populisme ?

Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Abraham Lincoln l’affirme par cette citation intemporelle : le peuple est le fondement de tout système qui se prétend démocratique. Cependant, la démocratie directe, à l’exception de la Landsgemeinde dans quelques cantons suisses, est inimaginable et impraticable. Le peuple ne peut pas se gouverner lui-même, il doit alors déléguer le gouvernement à des représentants, qui ont pour objectif d’exprimer la volonté populaire.

Ces dernières années, le terme « populisme » apparaît fréquemment dans les débats politiques, tant pour qualifier certains discours que pour désigner des personnalités politiques. La montée des mouvements populistes, de droite comme de gauche, a envahi le paysage politique contemporain, plaçant le peuple au cœur des stratégies électorales.

C’est dans ce contexte que Donald Trump à la Maison Blanche ou Marine Le Pen en France ont émergé comme figures emblématiques du populisme de droite : tous les deux se revendiquent comme les porte-paroles du « vrai » peuple contre des élites déconnectées.

Avec leur rhétorique authentique en rupture avec le discours politique conventionnel, Trump et Le Pen ont bousculé les codes de la communication politique contemporaine.

Qu’est-ce réellement le populisme ?

Le populisme arrive toujours quand il y a des crises : économique, démocratique, climatique, migratoire… – Paula Diehl

Historiquement, le populisme est un mouvement politique apparu en Russie dans la seconde moitié du XIXe siècle. Porté par des militants opposés au tsarisme, le mouvement « narodniki » visait à dénoncer les profondes inégalités sociales et à restituer le pouvoir au peuple. De manière indépendante, plusieurs mouvements qualifiés de populistes émergent à la fin du XIXe siècle, comme le People’s Party aux États-Unis ou comme le boulangisme, auquel succède le poujadisme au milieu du XXe siècle en France. Le terme « populisme », connoté positivement à cette époque, avait pour but de mettre en avant la volonté du peuple face à l’establishment.

De nos jours, le populisme est un mot polysémique et controversé. Il désigne une logique de discours qui oppose le peuple pur à l’élite des gouvernants, perçue comme corrompue, égoïste et déconnectée de la réalité du peuple.

Selon Paula Diehl, professeure à l’Université de Kiel en Allemagne, le populisme peut être défini par trois caractéristiques. Premièrement, les discours populistes utilisent un vocabulaire simplifié avec des points de vue idéologique et une dramatisation des enjeux. Deuxièmement, le peuple est mis au centre et invoqué comme source de légitimité. Toutefois, il reste mal défini et chacun peut projeter sa propre vision du peuple. Et troisièmement, le leader du groupe populiste, souvent qualifié de « charismatique », incarne le peuple et va mettre en scène une relation directe avec le peuple. Il émerge du peuple et connaît la volonté de ce dernier. De même, le populisme se méfie de toute institution et des médias qui empêchent l’expression de la population.

Le populisme doit s’ancrer dans une idéologie plus complète comme le conservatisme, le socialisme ou le fascisme pour prendre forme. Par conséquent, le populisme prend un sens différent selon la manière dont il est déployé. Il existe un populisme de gauche, représenté par Bernie Sanders ou Jean-Luc Mélenchon, qui dénonce les inégalités sociales et s’attaque aux élites économiques. À l’inverse, le Président américain Donald Trump et la présidente du Rassemblement National Marine Le Pen illustrent parfaitement, chacun à leur manière, un populisme de droite qui est marqué par le nationalisme, la défiance envers l’immigration et les élites libérales.

Le populisme de droite aux États-Unis

Depuis une décennie, la scène politique occidentale est partagée entre un mouvement progressiste, perçu comme élitaire et « woke » d’un côté, et des coalitions dominées par une droite populiste et souveraine de l’autre. La campagne en faveur du Brexit et l’élection de Trump en 2016 furent des évènements pionniers et démonstratifs de la formation de ce clivage.

Outre-Atlantique, le président américain Donald Trump, fervent défenseur des intérêts nationaux, s’est imposé comme le leader mondial incontesté des droites populistes. Malgré sa fortune héritée, ses nombreuses propriétés luxueuses et ses excursions en jet privé, le millionnaire américain a su saisir le profond désarroi de millions de personnes de la classe populaire et de la classe moyenne blanche. Même sans avoir vécu parmi ses électeurs de revenus modestes, Trump a réussi à devenir le porte-parole de l’Amérique oublié, face à une élite de Washington perçue comme déconnectée. Grâce à son pouvoir rhétorique et son exposition médiatique constante, il met en avant dans ses discours ce peuple oublié. L’un des exemples les plus marquants de cette posture est son discours prononcé peu avant l’assaut du Capitole, dans lequel il s’adresse à ses partisans :

C’est vous qui êtes le vrai peuple. Vous êtes le peuple qui a construit cette nation. Vous n’êtes pas le peuple qui a détruit notre nation. Vous êtes plus forts, vous êtes plus intelligents. Vous êtes plus forts que quiconque.

De même, durant ses campagnes, il utilise des thèmes primordiaux pour la classe ouvrière : opposition à l’immigration, retour des emplois industriels, renégociation des accords commerciaux, et protection des programmes sociaux comme Social Security et Medicare. Donald Trump a su séduire un électorat majoritairement composé de personnes sans diplôme universitaire et aux revenus modestes, qui se sentaient oubliées et plus représentées par les gouvernants américains.

Son discours repose sur une vision manichéenne du monde où il oppose le peuple américain, présenté comme vertueux, patriote et travailleur face aux élites corrompues, qu’elles soient politiques, économiques de Wall Street ou journalistiques. Donald Trump attaque frontalement les médias américains qu’il qualifie comme « les ennemis du peuple ». Il les accuse de divulguer de fausses informations (des fake news), de commettre des pratiques illégales et de s’acharner personnellement contre lui.

Ces médias qui écrivent littéralement 97,6 % de mauvaises choses sur moi, sont le bras armé du Parti démocrate. Cela influence les juges et fait changer la loi, ça ne peut pas être légal. Je ne crois pas que ce soit légal. Et ils le font en totale coordination les uns avec les autres.

Ces critiques des médias sont inédites pour un dirigeant d’un pays dont la liberté de la presse est garantie dans la Constitution.

Après le retrait de Nikki Haley, Donald Trump au défi de rassembler la  droite | Les Echos

Parmi ses autres cibles récurrentes figurent les immigrants, régulièrement désignés comme la cause des maux américains. Le slogan « Make America Great Again » résume cette promesse de retour à une grandeur perdue, menacée, selon lui, par l’immigration de masse. Depuis son retour au pouvoir, le président met en scène la vaste offensive contre l’immigration promise pendant sa campagne. Cette année, l’administration Trump a déjà mis fin au statut légal de plus de 500’000 migrants latino-américains, désormais contraints de retourner dans leur pays.

Enfin, Donald Trump est connu pour son langage brut, simplifié et émotionnel. Son franc-parler, ponctué de grossièretés et d’insultes, surprend et transgresse les codes politiques traditionnels. De plus, il n’hésite pas à utiliser X, son réseau social préféré, dans le but de court-circuiter les médias et de s’adresser directement à son public. L’insulte devient alors un outil stratégique, à la fois pour se rapprocher d’un électorat en colère, pour discréditer ses opposants, et pour saturer l’espace médiatique avec des déclarations qui captent l’attention.

Ainsi, Donald Trump apparaît comme une figure emblématique du populisme de droite, mêlant discours clivants, provocation et défense d’un peuple qu’il juge trahi. En rompant avec les codes politiques traditionnels au profit de l’émotion et du conflit, il continue, malgré les controverses, à séduire une part importante de l’électorat américain.

Une comparaison avec le populisme français du Rassemblement National

En France, le Rassemblement National rejette tout ce qui, selon lui, viendrait de l’extérieur et irait à l’encontre des intérêts du peuple français.

Anciennement appelé Front National, le RN est un parti politique d’extrême droite fondée en 1972 par Jean-Marie Le Pen, père de Marine Le Pen. Celle-ci prend la tête du parti en 2011, avant de quitter la présidence en 2022 pour se consacrer pleinement aux élections présidentielles et à son mandat au Parlement européen.

Les discours de Le Pen se ressemblent dans certains points à ceux de Trump : les critiques envers la classe politique, une attitude de « nous contre le reste », le mythe du réveil national et une fermeture des frontières. Les deux politiciens relient la situation économique à une invasion étrangère et accusent ces immigrés de venir prendre les emplois des nationaux.

Toutefois, une différence notable réside dans leur style. Là où Donald Trump se distingue par des propos ouvertement racistes (visant notamment les Portoricains, les Chinois ou les musulmans), sexistes et transphobes, Marine Le Pen s’exprime dans un registre plus institutionnel. Lors de la campagne présidentielle, c’est d’ailleurs Éric Zemmour, candidat du parti Reconquête, qui a poussé encore plus loin les thématiques de l’immigration, de la priorité nationale et de l’islam, reléguant temporairement Le Pen à une posture plus modérée par contraste.

Marine Le Pen tente de changer l’image du Rassemblement National qui, au temps de son père, faisait constamment des discours racistes et antisémites et était dirigé par des colonialistes et néofascistes.

Bon vent, bonne mer papa" : Marine Le Pen rend hommage à son père, les  obsèques prévues samedi

Marine Le Pen et Donald Trump incarnent donc tous les deux un populisme de droite, mais pas identiques. Si leurs discours partagent des similitudes sur le fond, notamment dans leur vision du nationalisme et de l’immigration, la forme, quant à elle, diverge profondément.

Une réflexion à développer

Après ce léger tour d’horizon des discours populistes de Marine Le Pen et Donald Trump, une question centrale demeure : comment protéger et défendre nos démocraties, nos institutions et l’État de droit face à un contexte politique en mutation ? Sans doute, et sans grande surprise, la solution se trouve dans l’éducation du peuple. Le citoyen devrait avoir la possibilité de développer un esprit critique avec les connaissances nécessaires qui ne le laisserait pas entraîner dans des propagandes démagogiques et arriverait à débusquer les mensonges des politiciens. Un travail fastidieux qui démontre bien que la démocratie n’est pas un système établi et indestructible, mais plutôt une tâche qui demande constamment des ajustements et des améliorations. L’histoire le montre bien, personne ne devrait prendre la démocratie pour acquise. Un peuple uni se constitue et se forge grâce à des citoyens éduqués, actifs dans la politique et engagé pour la communauté.

Noémie Caballero

Sources :

Le même populisme mais pas la même trempe

Politis

Populisme RTS

Populisme de gauche et de droite : regarder la fin, bonne citation

Trump et les médias

Discours virulent de Trump sur l’immigration

Les pluies d’insultes trumpistes

BBC Marine Le Pen a bouleversé la politique

Le Monde

Courrier international

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