Le 1er octobre 2025 à 00h01, le gouvernement des États-Unis d’Amérique entre en « shutdown ». La nouvelle fait le tour du monde : Washington replonge dans une paralysie budgétaire. Comment en sont-ils arrivés à cette situation ? Quelles en sont les conséquences ?
Qu’est-ce réellement un shutdown ?

En anglais, shutdown signifie « arrêt, fermeture ». Des termes qui peuvent paraître aussi effrayants que surprenants pour qualifier l’un des gouvernements les plus puissants au monde. Plus spécifiquement, le terme shutdown désigne la fermeture de services de l’Etat américain résultant de l’absence d’accord parlementaire sur le budget. En effet, grâce à l’Anti-Deficiency Act promulgué en 1884, le Congrès doit approuver les dépenses et le relèvement du plafond de la dette publique, permettant à l’État d’emprunter les fonds nécessaires pour financer son administration. Cette loi s’appuie sur l’article I de la Constitution américaine, qui définit les compétences du Congrès et permet d’assurer un équilibre et un contrôle entre les pouvoirs exécutifs et législatifs , principe dit de checks and balances. Ainsi, en l’absence de compromis entre les démocrates et les républicains à la fin de chaque année fiscale, il est interdit pour l’Administration fédérale d’engager légalement de nouvelles dépenses ou d’honorer certaines obligations budgétaires.
Par conséquent, seuls les travailleurs dits essentiels, notamment la patrouille frontalière, les soins médicaux hospitaliers, les forces de l’ordre et le contrôle du trafic aérien, poursuivent leurs fonctions durant la fermeture, parfois sans salaire dans l’immédiat. À l’inverse, des centaines de milliers de fonctionnaires gouvernementaux considérés comme non essentiels se retrouvent au chômage technique. Au total, environ 40 % des fonctionnaires fédéraux, soit 750’000 personnes, sont mis en congé sans solde.
D’autres services financés par des fonds fédéraux, comme les programmes d’aide alimentaire, l’éducation préscolaire, les prêts étudiants, les inspections sanitaires et l’entretien des parcs nationaux, sont fortement restreints ou arrêtés.
Avec une main-d’œuvre fédérale déjà réduite sous la présidence Trump, ce shutdown promet d’accentuer encore les blocages et les retards à travers le pays.
Ces situations de shutdown sont ainsi symptomatiques des rivalités politiques qui traversent le pays.
Mais pourquoi aujourd’hui ?
C’est la deuxième fois en quelques mois que les États-Unis se retrouvent face à ce danger de paralysie financière.
Les républicains sont certes majoritaires dans les deux chambres du Congrès, à savoir le Sénat et la Chambre des représentants. Cependant, pour adopter un texte budgétaire au Sénat, il est nécessaire d’obtenir 60 voix sur 100, ce qui donne un pouvoir de négociation important aux démocrates, car les républicains ont de facto besoin d’au moins sept voix démocrates pour faire passer le projet.
Dans le contexte actuel, démocrates et républicains sont divisés sur les priorités en matière de dépenses. Les démocrates priorisent la protection des soins de santé et le dispositif connu sous le nom d’« Obamacare », les programmes sociaux et l’aide étrangère, tandis que les républicains exigent des coupes budgétaires, notamment pour éviter, selon eux, d’accorder des soins médicaux gratuits aux étrangers.
En mars dernier, une situation similaire avait failli se produire, déjà au sujet du financement de l’État. Quelques démocrates inquiets avaient alors concédé leur vote à contrecœur afin d’adopter un budget provisoire et d’éviter une paralysie fédérale. Ils avaient ensuite été critiqués au sein de leur camp pour ne pas s’être opposés plus fermement à Donald Trump et à sa politique. Cette fois-ci, ils semblent unis et prêts à tenir bon.
Washington a-t-elle déjà vécu un tel blocage ?
Malgré la spécificité de l’événement, ce n’est pas le premier shutdown de l’histoire américaine. Depuis 1976, on en dénombre 21, d’une durée moyenne d’environ huit jours. Seule une minorité s’étend sur plusieurs semaines. Le plus long shutdown s’est déroulé entre décembre 2018 et janvier 2019, déjà sous la présidence de Donald Trump, et a duré 35 jours. À l’époque, les démocrates avaient refusé d’allouer un financement pour la construction du mur le long de la frontière avec le Mexique, projet phare de Donald Trump destiné à endiguer l’immigration illégale. Après un mois de blocage, le président avait finalement dû céder. Sous la présidence de Bill Clinton, un désaccord sur des coupes budgétaires en 1995-1996 avait provoqué une paralysie de 21 jours. En 2013, l’administration de Barack Obama avait connu un shutdown de 16 jours lors de la mise en œuvre de l’Affordable Care Act (ACA), la réforme emblématique de son mandat concernant le système de santé américain. La plupart de ces paralysies budgétaires ont toutefois duré moins d’une semaine.

Il est important de préciser que tous les shutdowns ne se ressemblent pas. Certains engendrent des conséquences plus significatives que d’autres, selon l’instabilité politique, la durée de la paralysie et l’ampleur des services gouvernementaux touchés.
Quelles sont les répercussions d’une telle paralysie étatique ?
Plus une paralysie budgétaire dure, plus elle pèse sur l’économie américaine. Selon Gregory Daco, chef économiste d’Oxford Economics :
« Chaque semaine de paralysie budgétaire de l’administration coûtera 6 milliards de dollars à l’économie américaine. »
Les analystes de la compagnie d’assurances Nationwide estiment, quant à eux, qu’une telle situation pourrait réduire la croissance annuelle du PIB de 0,2 point de pourcentage par semaine, de sorte qu’une paralysie d’un mois coûterait 60 milliards de dollars.
Mais ce ne sont pas les seules conséquences économiques pour la population. Les investisseurs jugeraient les obligations publiques plus risquées, ce qui ferait grimper les taux d’intérêt et renchérirait les crédits, notamment dans l’immobilier déjà en difficulté. Parallèlement, l’absence de données économiques empêcherait la Réserve fédérale et les marchés financiers de prendre des décisions éclairées. Les bourses pourraient chuter, le dollar se déprécier, et la confiance des ménages comme des entreprises s’effondrerait. Au final, la demande diminuerait et l’économie américaine s’enfoncerait davantage dans la crise.
D’un point de vue psychologique, les shutdowns sont globalement perçus de manière négative par la population américaine. Selon un sondage publié par le Washington Post le 2 octobre, 47 % des Américains attribuent la responsabilité de cette paralysie budgétaire à Donald Trump et au Parti républicain, contre 30 % qui blâment les démocrates. Le président américain, ne semblant pas chercher à mettre fin au shutdown, a tenu des propos à la fois candides et menaçants à l’égard de ses adversaires politiques : « Nous pouvons leur faire des choses qui sont irréversibles, qui sont mauvaises pour eux et irréversibles par eux. » Cette déclaration laisse entendre qu’il ne compte pas compenser les arriérés de salaires accumulés durant la fermeture et qu’il pourrait au contraire envisager de licencier davantage de fonctionnaires, une orientation conforme à sa volonté, depuis le début de son second mandat, de réduire les coûts administratifs, position soutenue par la commission DOGE d’Elon Musk.
Du côté aérien, de nombreux retards et annulations sont attendus. Les contrôleurs aériens ne sont pas mis au chômage technique, étant considérés comme des fonctionnaires essentiels du service public. Toutefois, ils ne reçoivent pas leur salaire tant que la paralysie dure, et certains préfèrent ne pas venir travailler sans promesse de rémunération.
L’absence de solde touche également les militaires et ajoute une pression supplémentaire.
La paralysie fédérale a aussi des retombées internationales. Même une légère baisse d’activité réduirait les importations américaines, pesant ainsi sur le PIB d’autres pays. La hausse des taux d’intérêt américains se répercuterait à l’échelle mondiale, notamment en Europe, où elle pourrait freiner les marchés boursiers et alourdir les dettes publiques. Ce resserrement augmenterait les risques de défaut et de crise financière, tandis que la suspension de certains soutiens américains accentuerait les tensions géopolitiques et pèserait encore sur l’investissement et la demande.
Est-ce que ce shutdown va encore durer longtemps ?
La durée du shutdown dépendra de la volonté des partis de parvenir à un compromis. Cependant, selon un représentant démocrate, aucune discussion significative n’a été engagée entre les deux partis politiques depuis leur réunion infructueuse du 30 septembre. Jusqu’à présent, chacun campe sur ses positions et rejette la faute sur l’autre, ce qui laisse penser que la paralysie budgétaire risque de s’éterniser.
Une situation incertaine, dont seule la suite des événements révélera l’issue.

Noémie Caballero
Sources :
Dossier sources de l’article : https://docs.google.com/document/d/16JLGIUguAMtmVeorMp-HydXRDdDNMhlFjHDgNVPtg8Y/edit?usp=sharing




