« Plus vite, plus haut, plus fort », telle est la devise proposée par Pierre de Coubertin à la création du Comité Olympique en 1894 à la Sorbonne. Car oui, si aujourd’hui le siège du Comité est dans notre belle ville de Lausanne, le Comité Olympique fut à l’origine fondé à Paris.

Comme beaucoup d’entre vous le savent, la ville de Lausanne a été choisie pour accueillir les prochains Jeux Olympiques de la Jeunesse qui se tiendront du 9 au 22 Janvier 2020. Mais cela ne peut pas être dû au hasard tant on connaît l’importance de la région Lausannoise dans le prestigieux cercle des fédérations internationales.

En ce début du mois de novembre l’association Haskins a eu la chance d’interviewer l’auteur du livre « La place Olympique Suisse » et ancien professeur de l’université de Lausanne, Jean-Loup Chappelet qui nous apporte des nombreux éléments de réponse à la question que beaucoup se posent : « comment la suisse est devenue un site unique pour l’organisation sportive ? ».

Quels éléments ont suscités votre intérêt pour ce domaine ?

« Le hasard comme beaucoup » répond d’abord JL Chappelet avant de nous expliquer l’origine moins hasardeuse de tout cela. Tout commence à la fin des années 70, à l’époque où le CIO ne connaissait pas le succès mondial qu’il connaît aujourd’hui. JL Chappelet, alors étudiant dans la prestigieuse université Cornel dans l’état de New York se propose en tant que bénévole pour les JO d’hiver 1980 qui auront lieu à Lake Placid, à quelques heures seulement de Cornel. Il saisit alors sa chance et demande du travail à la directrice du CIO de l’époque qui lui offrit l’opportunité qui sera à l’origine de sa carrière. En 1982 à la fin de ses études JL Chappelet se retrouve alors à Lausanne, qui est alors le siège du Comité Olympique que nous connaissons aujourd’hui.

Que vous ont apporté vos années au CIO dans l’écriture de votre livre ?

C’est bien évidemment au cours des 5 années qu’il passa au CIO qu’il a pu approfondir au mieux toutes ses connaissances. JL Chappelet était alors responsable de l’informatique à une époque où ce domaine était quasi inexistant. Mais c’est surtout au cours de ces 5 années qu’il a pu vivre l’explosion de la croissance du CIO avec notamment l’arrivée des fédérations internationales du VolleyBall et de l’Aviron à Lausanne, une expérience plus qu’enrichissante et une source de savoir inépuisable pour l’écriture d’un livre.

Et dans tout ça, quelle est la place de Lausanne dans l’organisation des jeux ?

Afin de combler le manque de travail qu’accompagnait à l’époque le poste qu’il occupait, il s’interrogea sur les raisons qui ont poussé Pierre de Coubertin à déplacer le CIO à Lausanne en 1915. Ce choix partit de son souhait de faire une Olympie moderne qui prendrait la forme d’un site permanent pour les JO à Lausanne. Et ce projet n’aurait eu lieu autre part que sur notre cher campus de l’UNIL. Malheureusement, ce projet suivi d’un projet d’aéroport, ne vit jamais le jour.

A titre de compensation à de nombreuses candidatures refusées, le CIO offrit à Lausanne, en 1944, l’opportunité d’organiser un jubilé olympique pour le 50e anniversaire de la rénovation des JO. Ce jubilé prit la forme d’une immense fête tout au long du mois de juin dans nos célèbres installations Lausannoise, qui ne sont autres que la piscine de Montchoisi ou la plage de Vidy. La Seconde Guerre Mondiale était alors un réel obstacle à l’organisation des jeux, et eut raison de ceux qui auraient alors dû se tenir à Londres en cette même date.

Il y eu ensuite 5 postulations de la ville de Lausanne aux JO, dont les plus sérieuses furent en 1956 et 1960, année pour laquelle Lausanne fut battu par Rome. Cette défaite, difficile à digérer pour la ville de Lausanne, mit en lumière la taille trop petite de la ville pour organiser de tels jeux.

Pensez-vous que nous pouvons rêver de l’organisation de futurs Jeux Olympiques en Suisse ?

Rappelons d’abord que la Suisse et plus précisément Saint-Moritz ont accueilli les JO d’hiver 1948. Cependant, avec le succès de ces derniers, les choses se sont compliquées, en effet la ville de Sion doit faire face à deux échecs dans leurs candidatures, l’un en 2006 et le second, tout récent, concernant les futurs JO d’hiver de 2026.

Il semble maintenant peu envisageable d’organiser les Jeux dans une station de la taille de Saint-Moritz qui accueillerait difficilement les 300’000 visiteurs quotidiens. Seulement, deux solutions semblent alors imaginables de nos jours pour accueillir les Jeux, à savoir les villes de Zurich et Genève. Or, Zurich a déjà refusé l’organisation des Jeux Olympiques lors d’un récent referendum. Reste alors la seconde solution, et pas des moindres, la ville de Genève qui avait d’ailleurs déjà un projet de candidature pour 2018. Genève aurait en effet toutes ses chances dans l’organisation des prochains Jeux d’hiver selon JL Chappelet, un récent revirement de situation jouerait même en la faveur de cette dernière. En effet, le CIO a récemment ouvert à la ville hôte la possibilité de s’associer à un second pays. Mais ce n’est pas tout, le comité demande également à ce que les Jeux d’hiver soit organisés dans des stations existantes. Au regard de la grande richesse de la région dans ce domaine il ne serait pas ridicule de rêver d’une prochaine organisation des Jeux ici même, en Suisse.

Et la durabilité dans tout ça ?

Tout d’abord, notons que le thème général de la durabilité a succédé au thème plus précis de l’environnement lors de la candidature de Sion en 2006, la dimension sociale ayant toujours un peu été oubliée. C’est un thème qui doit être au cœur des JO et présent sous ses 3 formes, à savoir la durabilité financière, sociale et bien sûr environnementale. La récente construction du vortex est le parfait exemple d’un bâtiment que l’on peut qualifier de durable sous ses 3 formes.

Que vont être les impacts des JOJ pour la ville et le canton ?

On peut premièrement se concentrer sur l’impact économique qui se ressentira principalement pendant les JOJ au travers de la vague de visiteurs. Les Hôtels, Transports et Hébergements seront alors pleins à une période qui devrait alors être creuse, ce qui produira donc un impact économique très positif.

Ensuite, l’impact social sera beaucoup plus immatériel. En effet parmi les 18’000 personnes qui travaillent ou qui seront volontaires, une grande majorité aura acquis plus ou moins d’expérience mais aussi appris beaucoup de choses en termes de formation, de langue ou même de management de projet. L’impact social se retrouvera donc même après les jeux.

Et pour finir, quand est-il de l’impact environnemental ? Ce dernier est essentiellement lié à la construction qui doit répondre à de nombreux critères environnementaux. Mais il faut également ajouter à cela l’impact sur les transports, nous parlons en effet de 300’000 visiteurs qui viendront en grande partie en avion, train ou voiture. L’impact environnemental est donc considérable mais cela est propre à l’organisation même d’un événement, le tout étant donc de le réduire au minimum.

Pour conclure ?

Ce livre a été écrit dans le but de comprendre comment la Suisse est devenue cette place du sport mondiale et ce que nous pouvons imaginer pour le futur, car cette place que nous occupons est bien évidemment très convoitée. La situation sera-t-elle toujours la même d’ici quelques années ?

La FIFA songe déjà à déménager son siège de Zurich, que pourrait donc faire la Suisse pour éviter cette émancipation ?

Cet article a été écrit en collaboration avec l’association Haskins HEC Lausanne.

Lucas David