Cet article fait partie d’une série de trois articles sur la politique suisse. Vous pourrez retrouver le deuxième article ici et le troisième article ici.

Tome 1 : Apprendre à voter

Vous prenez le courrier dans votre boîte aux lettres et découvrez, entre une facture et un dépliant publicitaire, une lourde enveloppe en papier recyclé. Sans même juger la compétence du graphiste de votre canton, vous soupirez déjà à l’idée d’ouvrir cette enveloppe et y découvrir un tas de feuilles que vous ne comprenez pas. On vous demande une fois de plus de donner votre avis sur un sujet que vous ne comprenez pas, et ce, gratuitement. A croire que l’on attend de vous d’être un expert en fiscalité, commerce international, trafic ferroviaire, assurance-maladie et agriculture, en plus d’être suffisamment patriote pour aller voter. Cette fois encore, vous le savez, cette enveloppe finira à la déchetterie ou tombera dans l’oubli derrière un meuble ou sous une pile de papiers à l’entrée de votre domicile. De toute façon, à quoi ça sert de voter ?

Pourquoi on vote ?

Les premières formes de démocratie et de vote nous viennent de l’Antiquité grecque. Aussi intéressantes que soient ces pratiques d’exercice de la démocratie, elles sont assez éloignées de nos systèmes politiques actuels. Pour comprendre le vote dans le sens où on l’entend aujourd’hui en Europe et particulièrement en Suisse, il convient de remonter à une période finalement pas si lointaine, la Révolution française. Nous avons toutes et tous appris en cours d’histoire que le 14 juillet 1789 marquait la fin de la monarchie en France. Ce moment où les peuples se soulèvent progressivement est un changement majeur dans l’histoire de l’humanité. A partir du moment où l’on chasse le roi, tout devient à reconstruire. Le système qui avait perduré pendant des siècles disparaît subitement et cède la place au néant, où tout peut être inventé.

C’est dans ce contexte que l’on mettra en place, progressivement et au rythme des tumultes de l’histoire, une démocratie moderne qui se propagera aux autres États. Le peuple ne sait peut-être pas ce qu’il veut à ce moment précis, mais il sait ce qu’il ne veut pas : être esclave d’un pouvoir tout-puissant. La démocratie est un mot bien compliqué pour dire simplement que le peuple décide pour lui-même. Évidemment, tous les citoyens suisses ne peuvent prendre en commun toutes les décisions quotidiennes, il faut donc déléguer une partie du pouvoir à des autorités choisies par le peuple. Mais pour toutes les affaires importantes, en particulier en Suisse, le pouvoir reste dans les mains de chaque citoyen. Sans s’en rendre vraiment compte, nous avons toutes et tous un grand pouvoir qui nous permet de décider de ce que nous voulons pour nous et pour toutes les personnes qui partagent notre pays. Même sans grande connaissance de la politique, nous sommes capables de dire ce qui nous plaît ou non. Et ce qui nous plaît sans doute beaucoup, c’est de pouvoir vivre dans un État en paix qui reconnaît et protège les droits de sa population. Malheureusement, l’histoire nous a prouvé maintes fois que la démocratie est aussi précieuse que fragile et qu’il suffit de très peu d’inattention pour que le peuple perde le pouvoir et regarde le pays basculer dans l’autoritarisme.

Maintenant que la peur vous prend à la gorge, vous vous interrogez enfin sur le contenu de cette enveloppe qui traîne bien trop souvent sur le meuble de l’entrée…

Oui, mais on vote pour quoi ?

Saviez-vous que vous n’êtes pas seulement citoyen·ne suisse ? En effet, au niveau du vote, vous êtes à la fois membre d’un État, d’un canton et d’une commune où vous résidez. Ces trois entités peuvent toutes vous demander de voter sur des objets très différents. Évidemment, un vote sur l’achat de nouveaux avions de chasse se fera au niveau national, tandis qu’une initiative concernant la construction d’une fontaine sur la Place de l’Hôtel de Ville d’Echallens ne sera soumise qu’au vote des challensois·e·s. Si l’objet peut être très différent, pas de panique, la manière de voter demeure identique. D’ailleurs, des votations à différents niveaux (fédéral, cantonal ou communal) ont généralement lieu lors d’un même scrutin. On insère donc dans la même enveloppe une réforme de la TVA et la construction d’une piscine municipale.

Attention toutefois à un détail, et non des moindres ! Si la Constitution fédérale précise qui peut voter au niveau fédéral, les lois sont différentes aux autres niveaux. Dans le canton de Glaris, le vote cantonal se fait dès 16 ans. Dans les cantons de Neuchâtel et du Jura, les étrangers peuvent voter au niveau cantonal, sous certaines conditions. De même, plusieurs centaines de communes des cantons de Neuchâtel, Vaud, Fribourg, Appenzell Rhodes-Extérieures, des Grisons et du Jura accordent le droit de vote aux résidents non-suisses, sous conditions. Ainsi, même si vous n’êtes pas suisse, on peut vous inviter à voter. Une excellente nouvelle, sans nul doute.

Oui, mais on vote pour qui ?

De nouveau, l’organisation fédéraliste de la Suisse se met en travers de notre chemin dans notre quête du vote. On nous demande d’élire des personnes, que l’on ne connaît souvent pas ou qu’on a à peine vues à la télévision. Encore une fois, on élit à différents niveaux, pour le national, le cantonal et le communal. Les élections nationales ont lieu tous les 4 ans et sont composées des élections législatives des deux chambres du Parlement, à savoir les 200 membres du Conseil national répartis par cantons et les 46 membres du Conseil des États, dont chaque canton élit un à deux représentants. Petite subtilité, le Conseil des États n’est pas le Conseil d’État ! Comble de malchance, certains cantons comme Vaud et Genève utilisent des termes très similaires pour parler de deux entités différentes. Le Conseil d’État est donc bien l’exécutif cantonal, qui est élu tous les 5 ans sauf si un siège est libre en cours de législature. Le législatif cantonal est aussi élu pour 5 ans et on l’appelle Grand Conseil. Finalement, les communes s’organisent librement, avec un exécutif de 5 à 7 membres élus pour 5 ans sauf en cas de vacance. L’exécutif communal porte un nom différent selon le canton, tout comme le législatif, celui-ci étant très différent aussi dans sa composition suivant la taille de la commune. Dans le canton de Vaud, l’exécutif communal se nomme Municipalité, tandis que le législatif est assuré par le Conseil communal ou l’Assemblée communale.

Lors d’élections, les partis politiques présentent des candidats sur des listes que l’on retrouve dans le matériel de vote. C’est le cas à tous les niveaux, sauf lors des élections dans les petites communes où les personnes élues le sont généralement grâce à leurs contacts avec leurs voisins. Si l’on ne connaît pas les candidat·e·s, les solutions les plus simples sont de voter pour un parti qui nous correspond ou pour des individus proches de nos idées, ce qu’on peut découvrir dès aujourd’hui grâce à des sites web comme Smartvote ou Easyvote.

Et si cette fois c’était différent ?

Forts de toutes ces explications, vous décidez donc de voter cette fois-ci. Par sens du devoir civique ou par curiosité, vous prenez cette bonne résolution. Pourtant, vous n’avez pas l’impression d’avoir vraiment mieux compris comment faire…

Souvent, lorsqu’on demande aux vilains abstentionnistes que vous êtes pourquoi ils ne votent pas, ceux-ci ont tendance à répondre qu’ils ne savent pas comment faire et n’ont pas le temps de s’y intéresser. Si le temps peut parfois manquer, sachez que ces enveloppes sont envoyées dans un délai de 3 à 4 semaines avant la votation (ni plus, ni moins, c’est dans la loi !), de quoi vous laisser le temps de prendre connaissance des enjeux de la votation.

Admettons que vous sachiez ce que vous voulez voter, est-ce que vous savez le faire ? Question absurde et pourtant 3’000 Vaudois·e·s ont vu leur vote annulé lors des dernières élections fédérales pour non-respect des règles en vigueur. Dans ce contexte, un petit rappel des règles s’impose :

  • N’oubliez pas d’inscrire votre date de naissance et votre signature sur la carte de vote.
  • Utilisez toujours le même stylo ou au moins des encres de la même couleur.
  • Complétez votre bulletin de vote et glissez-le dans l’enveloppe de vote. Si plusieurs votations ont lieu lors du même scrutin, mettez tous les bulletins dans l’enveloppe de vote.
  • Ne mettez jamais votre carte de vote (qui contient votre nom) dans l’enveloppe de vote (qui contient votre vote).
  • Mettez l’enveloppe de vote avec votre carte de vote dans l’enveloppe de transmission. Vous pouvez jeter (ou plutôt recycler) les fascicules de recommandation de vote ainsi que les bulletins non utilisés.
  • Postez votre enveloppe de transmission. Attention aux délais lorsque vous l’envoyez par la Poste en courrier A ou B. Le plus sûr reste de l’amener directement dans l’urne de votre commune.
  • À propos, n’oubliez pas de mettre un timbre sur votre enveloppe si vous l’envoyez par la Poste. De nombreuses communes ne prennent pas en compte les envois non affranchis.

Vous voilà en possession de toutes les informations essentielles pour remplir un bulletin de vote. En attendant la prochaine votation, vous pouvez toujours évaluer votre degré de connaissance du système politique helvétique grâce à ce quiz du journal Le Temps. Seul un score de 15 points vous dispensera de la lecture du prochain numéro de ce petit guide de la politique suisse !

Deborah Intelisano
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