Une des histoires les plus racontées est l’histoire du héros. Généralement, le récit héroïque prend la forme suivante : le héros vit paisiblement puis est appelé à partir à l’aventure. Lors de cette aventure, il doit faire face à des épreuves difficiles et vaincre. Après cela il récolte les fruits de ses actes, et rentre chez lui changé. Frodon, dans le Seigneur des Anneaux par exemple, mène une vie tranquille dans La Comté, mais est appelé à l’aventure pour détruire l’Anneau.

Les détails, personnages et lieux de cette histoire changent d’itération en itération, mais le schéma est toujours le même. Une des premières versions, le récit de Enlil, nous vient de Sumer, une civilisation ancienne existant 3500 ans avant l’ère commune. Si nous répétons cette histoire depuis au moins l’invention de l’écriture c’est qu’elle doit certainement accomplir une fonction. Cette fonction est en partie psychologique car il est possible de tirer des leçons de vie réelles à partir d’histoires fictives. Comme dit plus haut, les particularités changent pour refléter le contexte du moment, mais si la structure générale reste identique c’est qu’elle doit refléter une réalité psychologique. On pourrait dire que ces histoires marient la « forme » de notre psychologie, comme un gant marie la forme de la main.

L’héroïsme est donc important, mais qu’avons-nous besoin de faire pour faire preuve d’héroïsme ? Le courage est une des caractéristiques de l’héroïsme. Cependant, il va contre notre instinct de survie : pourquoi prendre un risque qui n’est pas absolument nécessaire ? En effet, c’est beaucoup plus confortable de rester chez soi. Mais nous allons voir que l’héroïsme est une source de sens : triompher face à l’adversité est une manière de créer un îlot de sens, face à l’océan inintelligible de l’existence.

L’homme a une nature. Nous sommes des animaux, piégés dans un corps de chair et d’os, entravé par des désirs, des besoins et de pulsions animales : manger, déféquer, se reproduire. Nous naissons, nous vivons ou survivons, et nous mourrons. Mais cela n’est pas tout. L’homme est dual. Nous sommes nature et culture, à la fois animal et être symbolique. Nous sommes également dotés d’un esprit capable de contempler les plus grands mystères de l’univers : l’infinitude de l’espace, l’existence du temps ou pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien. Étant des êtres symboliques nous créons des choses et les infusons de sens. Ces choses que nous créons sont des extensions symboliques de nous-même, des expressions de nos valeurs, de notre personnalité ou des choses que l’on ressent. C’est pour cela que la musique est une forme de thérapie pour beaucoup : le compositeur y déverse ses peines et ses joies. Ces choses ne sont pas limitées aux créations artistiques et peuvent être aussi des idées, des monuments, des sociétés.

Nous sommes également conscients de notre mortalité. Enfin, le sommes-nous ? Vivons-nous comme si nous savions, instant après instant, la finitude de notre existence ? Nous le savons, bien évidemment, mais de manière abstraite. Le poids de cette réalité est écrasant, et il ne serait pas possible de vivre en étant perpétuellement conscient de notre mortalité car nous serions paralysés par la peur et l’angoisse que tout s’arrête d’un instant à l’autre. Néanmoins, c’est une réalité, mais cette réalité est enfouie profondément dans notre inconscient.

Ainsi nos créations, qui sont la résultante de nos actes héroïques quotidiens, jouent un rôle particulier. Les projets que nous entreprenons, les familles que nous fondons, les idées que nous défendons sont une manière inconsciente de protester. Ce sont notre manière de dire, de crier, de hurler de toutes nos forces face à l’injustice de l’existence : je ne suis pas qu’un animal, je suis ici pour une raison, mon existence a un sens ! En effet, si je peux infuser une partie de moi-même dans ma création, symboliquement cet objet devient une source d’immortalité. Et si je suis immortel, j’ai une signification cosmique. J’ai de la valeur car je ne suis plus qu’un grain de poussière à l’échelle de l’univers. Cette envie, ou plutôt ce besoin de signification cosmique, de sentir que notre existence apporte une plus-value à l’univers, d’avoir un impact, n’est pas à prendre à la légère, car il est une des sources d’énergie qui nous anime.

Tyler Kleinbauer
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