En défense du capitalisme

Avant de le défendre, je vais d’abord le définir. Qu’est-ce que le capitalisme ? Ou plutôt, quelle est l’idée du capitalisme ? Selon moi, le capitalisme est plusieurs choses. Une de ces choses est une promesse : d’une part, d’avoir la liberté de travailler et de prendre des risques ; d’autre part, d’avoir la possibilité de récolter les fruits de ce travail et de ces risques. Cette promesse est importante. Du point de vue de l’individu, cela lui permet de faire ce qu’il veut et d’en récolter les fruits ; du positif ou du négatif. En d’autres mots, cela lui laisse la potentialité de découvrir ce qu’il fait de mieux, et d’en gagner sa vie.

Mais avant tout, et selon moi c’est ce qui est primordial pour avoir un système qui fonctionne – et pour qu’on puisse l’appeler capitalisme d’ailleurs –, c’est la garantie d’un environnement économique gouverné par des lois, dans lequel il n’y a pas d’intervention : on établit les paramètres et on laisse tourner tout seul. Dans cet environnement, les entreprises devraient être comme des explorateurs en environnement inconnu : elles doivent penser au long-terme, prendre des risques mesurés, et assurer leur survie avant tout. Les entreprises se doivent donc d’être prudentes, faire des réserves, créer de bons produits de qualité et assurer leur pérennité plutôt que d’utiliser leur cash pour racheter leurs propres actions, réduire les coûts en supprimant des postes, en réduisant la qualité de leurs produits ou en émettant plus de carbone que nécessaire. Est-ce que nous vivons dans une société capitaliste aujourd’hui ? Selon moi, la réponse est non. Pourquoi ? Car les gouvernements, et plus précisément les banques centrales, ne font qu’intervenir. Car dans notre société ce sont les entreprises à la pensée court-terme, prenant des risques démesurés qui sont récompensées. Par exemple, Boeing qui rachetait ses propres actions afin de faire gonfler sa valeur boursière jusqu’au début du COVID-19 où – surprise – ils n’ont désormais plus de réserve pour faire face à une diminution des commandes. Mais pas de panique, le gouvernement américain et la banque centrale sont là pour les sauver. C’est win-win : faire une pratique risquée sans risque !

En Suisse nous avons aussi des problèmes liés à la banque centrale. Cela fait maintenant des années que les taux d’intérêts sont négatifs en Suisse. Dorénavant, les banques vont faire passer les diminutions de capitaux dus au taux d’intérêt négatif à leurs clients. C’est-à-dire que les individus ayant plus 100’000 francs sur leurs compte épargne PERDERONT de l’argent chaque année. Bon, de toute manière, dans le climat économique et financier actuel, on ne se sent pas bien concerné car on a peu de chance de les atteindre ces 100’000 francs ! Cependant, nous devrions être irrités, énervés, même enragés par cette pratique frauduleuse et immorale qui nous dérobe notre avenir. Il était une fois, nous avions des taux d’intérêt de 3% ou 4% et c’était un moyen sans risque de se créer une épargne. Et l’épargne c’est quoi ? C’est de la sécurité ou peut-être une maison pour sa famille.

Rapidement, c’est quoi un taux d’intérêt ? Un taux d’intérêt de 1% veut dire que, dans 1 an, j’aurai 1,01 fois plus d’argent qu’aujourd’hui. Donc si j’ai 1000 francs aujourd’hui, j’aurai 1010 francs dans 1 an. Avec un taux de 4% et une épargne de 10’000 francs, après 10 ans j’aurai presque 15’000 francs, après 20 ans presque 22’000 francs, après 30 plus de 32’000 francs et après 40 ans presque 50’000 francs. Cela veut dire que j’aurai quintuplé mes sous sans risque et sans rien faire et seulement avec un investissement initial de 10’000 francs. Imaginez ce que cela pourrait donner si nous rajoutions de l’argent chaque mois ! Aujourd’hui, cette épargne sans risque n’est plus possible car, même si vous aviez de l’argent à épargner, cet argent disparaîtrait petit à petit, et le peu qu’il resterait ne vaudrait plus rien à cause de l’inflation qui, elle, reste positive.

Comment la banque centrale suisse manipule-t-elle la valeur de notre monnaie ? C’est simple, c’est l’offre et la demande. Ce qui est rare est cher, donc elle rend les francs suisses moins rares. Comment ? En en créant plus ! La Banque Nationale Suisse (BNS) crée des francs suisses, puis les utilise pour acheter des actions américaines, qu’elle détient à près de 120 milliards (120’000’000’000 francs). La BNS n’est pas la seule banque centrale à utiliser cette pratique. En fait, elle est pratiquement universelle en ces temps de COVID-19. Offre et demande encore une fois : grosse demande pour les actions, prix qui augmente, et c’est ce que nous voyons. En ce moment, nous observons une des plus grandes divergences entre le PIB et les index boursier majeurs, digne des plus grosses bulles.

Qui bénéficie de ces pratiques ? En Suisse, les exportateurs évidemment, car ces pratiques diminuent la valeur du franc. Au niveau mondial, ce sont les personnes fortunées qui en bénéficient le plus. Qui perd ? Les jeunes, les personnes peu fortunées et finalement la société en général. Pourquoi ? Les personnes fortunées ont suffisamment d’argent pour pouvoir en risquer une partie dans les marchés. Le prix des actions augmente dû aux actes des banques centrales et le résultat est que les Jeff Bezos et Bill Gates du monde voient leur fortune augmenter de manière absurde durant une des plus grosses crises sanitaires de l’histoire récente. Pendant ce temps-là, les plus démunis voient leur épargne se faire grignoter petit à petit dû à l’inflation qui surpasse le taux d’intérêt. Tout cela contribue à exacerber les inégalités, ce qui génère toute une série de conséquences négatives dont je n’ai pas besoin de parler ici.

Qui est le fautif ici ? Les gouvernements et les banques centrales d’une part, car ils confondent les modèles économiques et la réalité et pensent pouvoir gérer un système aussi complexe que l’économie et le système financier. Mais nous également, le peuple, car nous leur faisons confiance. Il existe beaucoup de systèmes complexes tels que l’économie. Un exemple est la biodiversité terrestre qui est un système complexe, autogéré par les forces évolutives et qui généralement se trouve à un point d’équilibre. C’est généralement l’intervention humaine qui pose problème. L’île de Macquarie a été découverte en 1810 et fut déclarée un site d’héritage mondial en 1997 car c’est l’unique lieu de reproduction du pingouin royal. Malheureusement, au moment de sa découverte, des rats et des souris s’échappèrent des bateaux des explorateurs et commencèrent rapidement à se reproduire sur l’île. Ces derniers commencèrent ensuite à manger les provisions des explorateurs. Rapidement, les explorateurs introduisirent des chats afin de contrôler la population de rongeurs. Soixante ans plus tard, des lapins furent également introduits sur l’île. Ces espèces invasives y prospérèrent à tel point qu’en 1970 des biologistes introduisirent une maladie censée cibler les lapins : le myxomatosis. Cela fut trop efficace car les chats, en manque de nourriture, commencèrent à chasser les pingouins royaux. Une déclaration fut émise : il faut éradiquer les chats de l’île et cela fut fait, mais cela permit à la population de lapins de fleurir à nouveau.

En 1944, les Etats-Unis, le Canada, les pays d’Europe de l’ouest, l’Australie et le Japon signèrent les Accords de Bretton-Woods. Ce système clouait le dollar à l’or et les autres monnaies mondiales au dollar. Cela voulait dire qu’une certaine quantité d’or valait une certaine quantité fixe de dollars, limitant la quantité de monnaie en circulation car la quantité d’or sur terre est finie. Le 15 août 1971, le président américain Richard Nixon mit fin à cet accord. Regardez ce qui se passa ensuite :

 

(J’ai obtenu ces graphs de https://wtfhappenedin1971.com/ qui en contient bien d’autres. Ce site vaut le détour !)

Durant cette période, les « schoubidous » macroéconomiques étaient limités, dû à la quantité fixe de monnaie, tout comme les interventions gouvernementales.

Nous ne savons pas comment gérer des systèmes complexes. Nous ne savons pas quelle entreprise sauver, combien d’argent imprimer, quel taux d’intérêt réaliser. Nous ne savons pas non plus les conséquences de ces actions. D’ailleurs, bien souvent, les conséquences sont désastreuses et le traitement est pire que la maladie. L’économie, comme la nature, est un système « auto-nettoyant » : une entreprise qui prend trop de risque, qui n’innove plus assez ou qui traite mal ses employés est vouée à disparaitre, comme un animal qui n’est plus adapté à son environnement. « Sauver » ces entreprises, c’est créer une économie « Frankenstein », mort-vivante, remplie d’entreprises qui auraient dû céder leurs places à de nouvelles entreprises jeunes, agiles et méritantes. Vous ne pensez pas qu’une entreprise comme Gulfstream, qui fabrique des jets privés, aurait adoré empocher un gros contrat pour des avions passagers qui maintenant ira à Boeing car on l’a sauvée ? Et que se passera-t-il lorsque la prochaine crise frappera une économie brinquebalante ? Le problème avec des systèmes complexes comme celui-ci, c’est que prévenir une crise c’est transférer son énergie à la suivante, comme prévenir un feu de forêt. Si chaque année vous prévenez un feu qui devait brûler, le bois qui aurait dû être consommé demeure. Puis finalement arrive le jour où nous n’arrivons à pas prévenir le feu et la flambée sera d’autant plus grande.

Dans ce texte j’ai essayé de relayer ce que je pense être les problèmes majeurs d’aujourd’hui : une société focalisée sur le court-terme et qui ne reconnait pas les limites de ses connaissances. Je ne sais pas quelle est la solution, mais si je devais émettre une hypothèse, je dirais que la solution se trouve quelque part dans les conditions mise en place en 1944 lors de l’établissement de Bretton-Woods. Selon moi, ces conditions étaient plus proches de l’essence du capitalisme et je pense que nous devrions les remettre au goût du jour. La question est donc comment instaurer un système comme celui-là qui ne peut pas être éradiqué d’un coup de stylo ?

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Tyler Kleinbauer
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