Le 11 novembre dernier a été publié en ligne un documentaire intitulé « HOLD-UP ».  Pour rappel, ce film de 2h40 prétend dénoncer les mensonges et manipulations liés à la crise du Covid-19. Mais bien plus que ça, ce que les auteurs veulent vraiment exposer, c’est surtout le complot mondial visant l’extermination en masse des populations à base de 5G, de nanoparticules et de vaccins anti-covid. Si d’habitude cette catégorie de film se cantonne à une audience plutôt réduite, c’est le contexte très particulier du moment qui l’a propulsé sur les devants de la scène médiatique. Si quantité de reportages, d’émissions et de plateaux ont été consacrés à le démystifier, c’est étonnamment sur YouTube ou l’on peut trouver les tentatives les plus solides d’adresser les problèmes liés à ce film.

Improbables chevaliers du net

Sur la chaine « Partager c’est Sympa », Vincent Varzat, vidéaste et activiste, se concentre principalement sur les raisons du succès énorme du film. Dans sa vidéo, HOLD-UP : Qui Sème le Vent… Récolte la Tempête, il explique comment le film déploie un large éventail de techniques pour manipuler son audience.

« Si ça nous parle, c’est parce que tous les outils cognitifs sont là, dans ce film, pour générer notre adhésion »

Tout d’abord, le film emploie beaucoup ce qu’on appelle le pouvoir de suggestion. Dans « HOLD-UP », on trouve quantité de discours et d’affirmations, au final, assez vagues, sans vrai fond argumentatif. L’objectif est qu’en se référant plus à une émotion ou à un ressenti, qu’à un fait précis, le message du film peut, dès lors, toucher un public beaucoup plus large.

« J’ai été frappé de voir qu’à de nombreuses reprises, la voix-off du réalisateur nous présente un fait, mais que la conclusion qu’on est censé en tirer n’est jamais explicitée. C’est un film en 3 petits points… »

Et ensuite, si le documentaire a été autant partagé sur les réseaux sociaux, c’est surtout à cause de l’appel constant à l’émotion. En effet, tout au long du docu-fiction, les différents intervenants pointent du doigt, parfois la larme à l’œil, ceux qui restent passifs, alors que la « dictature mondiale progresse ». Bref, en générant un sentiment de culpabilisation et d’urgence, « HOLD-UP » incite celui qui regarde à partager en masse le film et ainsi contribuer à la propagation de son message.

Qui parle ?

Sur la chaine « La Tronche en Biais », Thomas Durand de son pseudonyme Acermendax, se concentre plus spécifiquement sur les auteurs, intervenants et « prétendus experts » de Hold-Up. L’objectif de sa vidéo « HOLD-UP — La vérité c’est important ! », est de mettre en évidence à quel point les différents chimistes, médecins et scientifiques qui sont interviewés parlent de sujets dont ils n’ont au final aucune expertise.

« [Le film] enchaine les témoignages de faux experts, ou de marginaux du monde scientifique, de personnes qui ont quitté la prudence de la démarche scientifique pour donner libre cours à leurs sentiments personnels. »

Par exemple, le cas de Luc Montagnier dont le statut de Prix Nobel de Médecine lui permet, depuis des années, d’affirmer sans preuve tout et son contraire. Il y a aussi la présence du docteur Laurent Toubiana, épidémiologiste, qui a toujours affirmé l’impossibilité d’une deuxième vague au Covid. Ou encore Silvano Trotta, entrepreneur qui prétend, entre autres, que la Lune est creuse. Le reste des intervenants se trouvant plus au moins dans cette gamme.

En somme, le film se sert à outrance du statut, de la réputation et des prétendus postes prestigieux de ces participants comme d’un cache-misère. Dissimulant ainsi le manque flagrant de preuves réelles aux différentes affirmations qu’ils portent tout au long du film.

Ce que révèlent ces Youtubeurs.

Même s’il y a eu plusieurs vidéos sur YouTube voulant démystifier « HOLD-UP », si ces deux exemples sont révélateurs c’est de par leur efficacité. En effet, ils sont particulièrement réussis en raison de la pertinence non seulement de leur propos, mais aussi des méthodes qu’ils utilisent pour le faire passer.

Et c’est là que le contraste subsiste avec le traitement médiatique qu’a eu « HOLD-UP » à sa sortie. Là où ces Youtubeurs maîtrisent l’art de démystifier, les grands médias, eux, sont souvent tombés dans les pièges que leur a tendus « HOLD-UP ».

Par exemple, en plus de dénoncer sans cesse les « médias mainstream », le film entraine aussi son audience à mieux résister à leur contre-discours. Typiquement, les termes comme « consensus scientifique » ou « complotisme » sont traités comme de simples outils de rhétorique utilisés pour discréditer ou cacher la vérité. Et ça les Youtubeurs l’on très bien compris. Comme l’explique Vincent Varzat :

« En brandissant l’étiquette complotiste, les médias mainstream ne font que renforcer le mépris que ces gens [le public de « HOLD-UP »] vont avoir pour eux. »

Et c’est là qu’est réellement le nœud du problème. Un démystificateur ne sert à rien s’il ne s’adresse qu’à un public déjà septique à la base. Pour avoir un effet réel, il est crucial de savoir s’adresser à des personnes réellement concernées par des productions comme « HOLD-UP ».

La plupart des Youtubeurs ne sont pas du tout tendres avec les auteurs ou les différents intervenants du film, mais tous sont d’accord avec l’important de ne pas ridiculiser les personnes qui, pour des raisons ou d’autres, sont plus susceptibles de croire à ces théories. Ne pas être condescendant, ne pas être moqueur et savoir descendre de son perchoir. Toutes ces choses sont nécessaires si l’on souhaite réellement changer les mentalités chez les personnes concernées par ces entreprises de désinformation. Comme nous l’explique Acermandax :

« Il faut prendre en compte le contexte. Il permet de comprendre pourquoi des gens normaux, ni stupides ni fous, prêtent l’oreille à ce film. Et considérer ce contexte peut permettre à ceux qui croient ce film de se demander si son contenu offre réellement une explication factuelle, rigoureuse des faits. Ou juste se contente de jouer sur les cordes sensibles… »

Et l’échec des médias mainstream, c’est bien d’avoir mis tout ça au second plan. En voulant trop souvent chercher la facilité, leur discours devient la caricature faite par ceux qu’ils voulaient démystifier.

Malgré leur manque de crédibilité, beaucoup des intervenants de « HOLD-UP » ont, pendant toute l’année 2020, fait plusieurs passages répétés sur différents plateaux de télévision ou émissions de radio. Pourquoi ? Avant tout parce que, dès le début de la pandémie, ils affirmaient déjà détenir toutes les réponses aux questions que pouvait se poser la population. Aux inquiétudes des gens, ils pouvaient offrir des fables qui donnent la sensation de comprendre un peu mieux une situation parfois anxiogène. Contrairement à la communauté scientifique et politique, qui a dû plusieurs fois changer de discours en fonction des nouvelles circonstances et informations qui lui parvenait.

« C’est peut-être qu’il n’y a pas de grand secret, et qu’on est juste face à la triste réalité des choix économiques, sociaux, humains et d’une pandémie… »

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Armin Azarmehr
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