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Que se passe-t-il dans le monde n°2 ? Les élections brésiliennes de 2022, répercussions d’un problème démocratique sous-jacent ?

Le 8 janvier 2023, des partisans pro-Bolsonaro envahissent la Place des Trois Pouvoirs à Brasilia. Véritable centre de la démocratie, la place regroupe le Palais du Planalto, centre de l’exécutif brésilien, le Congrès national, centre du pouvoir législatif, ainsi que le Tribunal Suprême Fédéral, centre du pouvoir judiciaire. Retour sur une crise démocratique de grande envergure.

Le Brésil, de colonie portugaise à pays libre et démocratique

Le Brésil a connu une histoire complexe et mouvementée, qui a été marquée par une série d’événements et de transformations politiques, économiques et sociaux. De la proclamation de l’indépendance en 1822 à l’adoption de la Constitution de 1988, le pays a traversé des périodes de monarchie, de république, de régimes autoritaires et de démocratie, qui ont façonné son identité et son destin.

La proclamation de l’indépendance le 7 septembre 1822 constitue le début de la monarchie constitutionnelle brésilienne, avec Dom Pedro I (alors prince héritier du Portugal) comme premier empereur. Cette période est caractérisée par une modernisation économique, une consolidation de l’unité nationale et une croissance démographique. Cependant, la domination politique et économique de l’élite foncière et esclavagiste a maintenu une forte inégalité sociale et raciale. Ce n’est qu’en 1888, que le Brésil abolit l’esclavage, mettant fin à une institution qui a marqué l’histoire et la société brésiliennes depuis l’époque coloniale. Il est alors l’un des derniers pays au monde à encore le pratiquer. Cependant, l’absence de politiques publiques pour l’intégration des anciens esclaves dans la société brésilienne a conduit à une persistance des inégalités sociales et raciales. En 1889, la proclamation de la République met fin à la monarchie brésilienne, mais conduit également à une instabilité politique et à une alternance de régimes politiques.

Les années 1930-1945 sont marquées par le régime autoritaire de Getúlio Vargas, mis en place après un coup d’État militaire qui a renversé le gouvernement démocratique en place. Pendant cette période, le gouvernement autoritaire met en place des politiques de modernisation et de développement économique, notamment dans les secteurs de l’industrie et des infrastructures. Malheureusement, celles-ci sont souvent mises en place au détriment des droits des travailleurs et de la population rurale. Le régime met également en place une politique nationaliste qui vise à renforcer la souveraineté brésilienne sur ses ressources naturelles, en particulier le pétrole. Cette politique conduit à la création de la compagnie pétrolière brésilienne Petrobras. Violations des droits de l’Homme (emprisonnements et exécutions de dissidents politiques et de leaders syndicaux) censure de la presse et répression des mouvements sociaux sont monnaie courante. Le régime autoritaire de 1930 est finalement renversé en 1945, après la participation du Brésil à la Seconde Guerre mondiale et la pression internationale pour le retour à la démocratie.

Le Brésil organise alors des élections présidentielles, qui sont remportées par Eurico Gaspar Dutra, qui représente un groupe politique conservateur. Pendant son mandat, il met en place des politiques économiques de libéralisation, favorisant le développement de l’industrie et des échanges commerciaux avec les pays étrangers. Toutefois, la politique économique de Dutra ne répond pas aux attentes de la population, qui réclame plus de progrès social et de démocratie. En 1950, le leader populiste Getúlio Vargas est élu président pour la deuxième fois. Pendant son mandat, il va renforcer l’Etat-providence, défendre la souveraineté brésilienne et industrialiser le pays. En 1954, après des accusations de corruption, Vargas se suicide, provoquant une crise politique majeure. Après sa mort, le Brésil connaît une période d’instabilité politique et économique, avec une succession de gouvernements qui se succèdent sans parvenir à stabiliser la situation du pays. C’est dans ce contexte que se produit le coup d’État militaire de 1964, soutenu par les États-Unis, qui considérait que le gouvernement de gauche élu démocratiquement menaçait leurs intérêts dans la région.

C’est alors le retour de la dictature, qui durera jusqu’en 1985. Malgré la répression politique et la violation des droits de l’Homme, le gouvernement introduit des réformes économiques et sociales importantes, telles que la création de l’industrie pétrochimique et sidérurgique, l’expansion de l’éducation et de la santé publiques, consolidant ainsi l’État providence.

En 1985, le Brésil connait une transition démocratique après plus de deux décennies de régime militaire. Cette année-là, le pays tient des élections présidentielles et a élu Tancredo Neves à la présidence. Cependant, Neves est décédé avant sa prise de fonction et a été remplacé par son vice-président, José Sarney.

Il gouverne le Brésil de 1985 à 1990 et met en place des réformes économiques pour stabiliser l’économie du pays. En 1988, le Brésil adopte une nouvelle Constitution, qui établit un système démocratique multipartite et renforce les droits des citoyens. Cette Constitution est toujours en vigueur aujourd’hui et est considérée comme l’un des documents constitutionnels les plus progressistes d’Amérique latine. Elle représente un tournant dans l’histoire brésilienne, en rétablissant la démocratie et en renforçant les droits civiques, sociaux et économiques. Elle renforce la décentralisation du pouvoir politique et administratif, en renforçant les pouvoirs des gouvernements locaux et des régions.

Au cours de cette période, le Brésil a également connu une inflation élevée et une dette extérieure croissante, ce qui a entraîné une crise économique majeure dans les années 1990. Malgré cela, les réformes économiques initiées par Sarney ont posé les bases pour une croissance économique future.

Le Brésil du XXIe siècle

Au cours des dernières décennies, le Brésil connait une série de président.e.s aux orientations politiques différentes et avec eux, des périodes de stabilité politique, mais aussi des crises politiques et économiques.

Le président Fernando Collor de Mello, élu en 1990, est le premier président élu au suffrage universel direct après la fin de la dictature. Son mandat est marqué par des réformes économiques importantes, mais aussi par des scandales de corruption, conduisant à sa destitution en 1992. Son successeur, Itamar Franco, poursuit les réformes économiques et lance le Plan Real, qui stabilise l’inflation et permet une croissance économique soutenue. Le président Fernando Henrique Cardoso, élu en 1994, poursuit les réformes économiques et introduit des politiques sociales importantes, telles que le programme Bolsa Familia, qui vise à réduire la pauvreté.

En 2002, le Parti des travailleurs remporte les élections présidentielles au Brésil, avec l’élection de Luiz Inácio Lula da Silva, ancien ouvrier métallurgiste et syndicaliste. Le gouvernement de Lula met en place des programmes sociaux pour lutter contre la pauvreté et l’inégalité, salués au Brésil et à l’étranger. Lula est réélu en 2006 avec une forte majorité. En 2010, Dilma Rousseff, qui avait été ministre des Mines et de l’Énergie et chef de cabinet de Lula, remporte les élections présidentielles et devient la première femme élue présidente du Brésil. Cependant, son gouvernement est touché par des scandales de corruption et une économie en difficulté, ce qui conduit à son impeachment en 2016.

Depuis lors, le Brésil a connu une polarisation politique croissante, avec des manifestations populaires, des scandales de corruption et une instabilité politique persistante. Le dernier président, Jair Bolsonaro, a été élu en 2018 en promettant de lutter contre la corruption et de relancer l’économie, mais son mandat est affecté par des controverses et des tensions politiques, notamment en raison de ses positions sur les droits de l’homme et l’environnement.

Le Brésil a connu des défis importants tout au long de son histoire, tels que la corruption, les inégalités sociales et raciales, les tensions politiques et ethniques, et les problèmes économiques et environnementaux. Cependant, le pays a également connu des moments de développement et de progrès, grâce à la mobilisation sociale, aux réformes politiques et économiques, et à la consolidation de la démocratie. Aujourd’hui, le Brésil est un pays en développement avec des défis et des opportunités pour construire son avenir. Il se classe aujourd’hui en 8ème puissance économique mondiale.

Jair Bolsonaro, un « Trump tropical » ?

Democrats warn of consequences if Bolsonaro denies vote results

Peu après son arrivée au pouvoir en janvier 2019, le président a déclaré qu’il fallait « déconstruire et défaire beaucoup de choses ». Le mandat du leader d’extrême droite a entraîné une déshumanisation de l’opposition politique, ainsi qu’une propagation généralisée de fausses informations, qui ont convaincu de nombreuses personnes mal informées que le communisme représentait une menace réelle. Il a mis en œuvre cette vision en lançant une croisade contre « l’idéologie de gauche », en supprimant le ministère de la Culture et en réduisant les financements pour la science. Les églises évangéliques ont également accru leur influence, au point d’influencer les manuels scolaires. La diplomatie brésilienne s’est tournée vers l’antimondialisme et le Brésil se retrouve isolé sur la scène internationale. Selon Gaspard Estrada, expert de l’Amérique latine à Sciences Po, ce fut « un mandat de destruction de ce qui avait été construit depuis le retour de la démocratie ». La sécurité publique s’est basée sur l’armement massif des Brésiliens, avec une augmentation de 474% des permis de possession d’armes à feu de 2018 à 2022, malgré la violence généralisée dans le pays. Le taux de pauvreté a également bondi et la faim a progressé de 73% depuis 2020.

Sous la présidence de M. Bolsonaro, la déforestation de l’Amazonie a augmenté de manière significative, avec une hausse moyenne annuelle de 75% et une réduction des budgets et des prérogatives des organismes de surveillance. Les militants écologistes considèrent que le bilan environnemental du président, qui est ouvertement climatosceptique, est catastrophique. En fait, ses politiques ont été tellement destructrices pour l’environnement qu’il est surnommé « Capitaine Tronçonneuse » par ses opposants. Il a notamment nié que l’Amazonie est un patrimoine mondial de l’humanité et a affirmé que la forêt amazonienne ne joue pas un rôle crucial pour la planète. Les terres indigènes ont également subi plus de 300 invasions en 2021, soit une augmentation de 180% par rapport à 2018, malgré les protestations de la communauté internationale.

La seconde moitié du mandat a été marquée par une forte polarisation et des tensions. L’opinion publique a largement rejeté le président, qui s’est opposé à la vaccination contre le Covid-19. Les citoyens ont été outrés par la réaction du président, qui a minimisé la pandémie responsable de plus de 685’000 décès et a provoqué de nombreuses demandes de destitution. Ses partisans ont soutenu qu’il avait réussi à protéger l’économie en s’opposant aux mesures de confinement. Le président d’extrême droite a également critiqué violemment la Cour suprême, ses juges et le système électoral, une stratégie qui, selon le politologue Geraldo Monteiro, visait à instaurer un gouvernement autocratique. Malgré tout, les institutions brésiliennes ont globalement réussi à préserver la démocratie. Les ministres du gouvernement ont été remplacés à plusieurs reprises, notamment à la Santé et à l’Education, en raison de divergences d’opinions avec le président ou de scandales. Survivant à l’hécatombe politique, le ministre de l’Économie, Paulo Guedes, a mené à bien des réformes majeures des retraites et des privatisations.

En raison de ses discours véhiculant des idées sexistes, homophobes et racistes, ainsi que sa nostalgie pour la dictature militaire de 1964-1985, il est considéré comme un leader d’extrême droite sur l’échiquier politique. Avant sa candidature à la présidence en 2018, il était largement perçu comme un personnage politique marginal, dont la notoriété reposait principalement sur ses déclarations controversées.

Face à ce bilan du mandat de Bolsonaro, il est souvent surnommé le « Trump tropical » en raison de leurs approches politiques similaires. Donald Trump et Jair Bolsonaro partagent un positionnement politique que l’on peut catégoriser comme populisme de droite. Ils ont tous deux adopté des discours nationalistes, anti-establishment et promis de rendre le pouvoir au peuple. Leurs politiques conservatrices, en particulier sur les questions de l’immigration, des droits LGBTQ+, de l’environnement et des droits des peuples autochtones, ont également été similaires.

Le style de communication de Trump et Bolsonaro est caractérisé par des déclarations controversées et des interactions souvent agressives avec les médias et les opposants politiques. Ils ont su exploiter les médias sociaux, en particulier Twitter, pour communiquer directement avec leurs partisans, contourner les canaux traditionnels et façonner leur image publique. Cela a conduit à des polémiques fréquentes et à une polarisation croissante au sein de leurs pays respectifs.

La pandémie de Covid-19 a été un test majeur pour Trump et Bolsonaro. Les deux dirigeants ont minimisé la gravité de la situation, remis en question les mesures de santé publique et adopté une approche plus laxiste vis-à-vis des confinements et des restrictions. Leurs déclarations controversées et leurs politiques ont été vivement critiquées, en particulier lorsque les décès liés à la maladie ont augmenté de manière significative.

Tant Trump que Bolsonaro ont adopté une approche plus conflictuelle vis-à-vis des institutions internationales et des alliances. Ils ont remis en question les accords internationaux, adoptés une attitude plus unilatérale dans leurs politiques étrangères et favorisé des relations bilatérales plutôt que des partenariats multilatéraux. Cela a suscité des préoccupations quant à l’impact sur la coopération mondiale et la stabilité géopolitique.

La comparaison entre Donald Trump et Jair Bolsonaro met en évidence des similitudes frappantes dans leurs approches politiques et leur style de leadership. Leur populisme de droite, leurs politiques conservatrices, leurs styles de communication controversés, leur gestion contestée de la pandémie et leur approche conflictuelle des relations internationales sont autant de facteurs qui ont suscité des débats et des critiques.

Si l’on va plus loin (dans le temps), nous pouvons également comparer la défaite électorale des deux anciens présidents, ainsi que la non-reconnaissance de leur défaite.

Les élections brésiliennes de 2022

Dans un retournement de situation surprenant, l’ancien président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva remporte les élections présidentielles brésiliennes de 2022, décrochant ainsi son troisième mandat présidentiel. Au premier tour, Lula devance le président sortant d’extrême droite Jair Bolsonaro de cinq points. Au second tour, Lula obtient 50,90% des suffrages exprimés, un écart très serré, tandis que Bolsonaro récolte 49,10% des voix.

Cette élection marque un tournant important pour le Brésil, avec Lula devenant le plus vieux président de l’histoire du pays à 77 ans. Malgré une victoire plus difficile que prévu, Lula parvient à décrocher la présidence, après avoir été qualifié de « mort politiquement » par la presse jusqu’en 2019, lorsqu’il était encore en prison.

En reconnaissant sa défaite, Jair Bolsonaro devient le premier président sortant depuis 1997 à ne pas être réélu immédiatement après son premier mandat. Sa réaction était très attendue, compte tenu de ses remises en cause du système électoral, suscitant des craintes quant à une transition difficile avant la passation de pouvoirs prévue pour le 1er janvier 2023.

L’élection de Lula est accueillie avec joie par ses partisans, qui célèbrent sa victoire dans les grandes villes du pays. Son retour au pouvoir est perçu comme un signe d’espoir en matière de politique climatique après les quatre années de gestion controversée de l’Amazonie par Bolsonaro.

Malgré sa défaite, Bolsonaro laisse entrevoir l’implantation durable de son mouvement politique bolsonariste. Pendant la période électorale, ses alliés ont envisagé un assaut similaire à celui du Capitole des États-Unis en 2021 en cas de défaite. Des incidents graves, tels que la violence politique, la brutalité policière et l’intimidation des électeurs, ont également été signalés à travers le pays. Les partisans de Bolsonaro ont utilisé les réseaux sociaux pour répandre de fausses informations sur la fraude électorale, incitant à des manifestations.

Enfin, Bolsonaro annonce finalement qu’il « respectera la constitution » lors d’une conférence de presse après 48 heures de silence et des manifestations de ses partisans. La transition entre les deux administrations présidentielles est faite, mais les tensions politiques et les défis restent présents pour le nouveau président Lula, qui devra composer avec un parlement majoritairement à droite. La prise de pouvoir de Lula est ainsi marquée par des attentes élevées et la volonté de relever les défis auxquels le Brésil est confronté, tout en espérant instaurer des changements significatifs dans le pays.

Resté silencieux à la suite de sa défaite lors des élections du 30 octobre, Jair Bolsonaro sort de son mutisme le 9 décembre. Devant sa résidence officielle, dont il ne sortait presque plus, il s’adresse à ses partisans :

“Rien n’est perdu. La fin vient seulement avec la mort. Ceux qui décident de mon futur, où j’irai, c’est vous. Ceux qui décident où vont les forces armées, c’est vous.”

Lula est alors investi pour son troisième mandat le 1er janvier 2023.

Le 8 janvier, tentative bolsonariste de coup d’état ?

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Bien que Bolsonaro admette implicitement sa défaite, ses partisans refusent de reconnaître la victoire de Lula. Depuis le 30 octobre, l’extrême droite brésilienne demande à l’armée d’intervenir pour empêcher Lula d’accéder au pouvoir, avec des partisans qui se rassemblent devant des casernes et des installations militaires à travers le pays, dans l’espoir d’obtenir une réponse. Le 7 janvier 2023, plus de 100 bus venant de toutes les régions du Brésil arrivent à Brasilia, transportant des partisans de Bolsonaro. Ils rejoignent les 200 personnes qui campaient déjà devant le quartier général de l’armée, portant ainsi leur nombre total à plus de 4000 personnes.

Le 8 janvier 2023, dans l’après-midi, les manifestants marchent depuis le quartier général de l’armée, où certains d’entre eux ont campé pendant des semaines lors des manifestations électorales de 2022, en demandant un coup d’État militaire. Le gouvernement de Lula da Silva a tenté d’expulser ces camps et a ordonné un renforcement de la sécurité lorsque cela s’est avéré impossible. Le ministre de la Justice a également réaffirmé, au cours de la semaine, que les camps seraient démantelés.

Cependant, les manifestants ont brisé les barrières policières et ont affronté des policiers armés de bâtons, qui ont fait usage de gaz lacrymogènes. Les manifestants ont réussi à pénétrer dans le palais du Planalto, siège du pouvoir exécutif, ainsi que dans le bâtiment de la Cour suprême fédérale situé en face, de l’autre côté de la place des Trois Pouvoirs, causant ainsi d’importants dégâts. Les soldats de l’armée brésilienne ont réagi, et deux hélicoptères ont tenté de disperser la foule.

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Au moment des émeutes, Lula da Silva n’était pas à Brasília mais à Araraquara, dans l’État de São Paulo, tandis que Bolsonaro se trouvait à Orlando, en Floride, aux États-Unis. La responsabilité de l’ancien président brésilien, qui était précisément en Floride pour entretenir sa rancœur auprès de son mentor américain avant la prise de pouvoir de son successeur, est remise en question. Son incapacité à reconnaître clairement sa défaite et sa tendance à sélectionner les résultats électoraux qui favorisent son mouvement, tout en ignorant ceux qui ont mis fin à ses ambitions personnelles, ont préparé le terrain pour cette tentative de coup d’État. Sa réaction médiocre après les événements de Brasilia ne fait qu’accentuer sa discréditation.

La responsabilité des forces de l’ordre peut également être remise en question lors de ces émeutes. Étant donné que les partisans de Bolsonaro n’ont pas réussi à empêcher l’investiture du leader du parti travailliste, qui a eu lieu le 1er janvier, ils ont tenté de provoquer le chaos afin de faire intervenir l’armée.

Quel avenir pour l’ancien président ?

Après un séjour de trois mois en Floride, où il s’était rendu peu avant l’investiture de Lula, Bolsonaro est rentré au Brésil le 30 mars pour affronter la justice brésilienne et répondre à plusieurs chefs d’accusation. Le nombre total d’enquêtes ouvertes contre lui est impressionnant : 16 enquêtes du Tribunal supérieur électoral (TSE) et 6 enquêtes du Tribunal suprême fédéral (STF). Si ces accusations aboutissent, il risque d’être déclaré inéligible pendant huit ans, perdant ainsi son immunité présidentielle et se voyant interdire de se présenter à l’élection présidentielle de 2026.

Le 5 avril, Bolsonaro a déjà été interrogé par la police fédérale dans le cadre de l’affaire des « diamants saoudiens ». On lui reproche d’avoir fait entrer clandestinement au Brésil des bijoux d’une valeur de plus de 3 millions d’euros offerts par l’Arabie saoudite, dans le but de les ajouter frauduleusement à sa collection privée. Il risque d’être poursuivi pour appropriation illégale de biens publics et fraude fiscale.

En plus de ce scandale, l’ancien président d’extrême droite est également dans le viseur du Tribunal suprême fédéral (STF) qui mène plusieurs enquêtes à son encontre, pouvant potentiellement lui valoir des peines de prison. Ces enquêtes portent notamment sur des sujets sensibles tels que « l’existence de milices numériques antidémocratiques » pendant son mandat, la diffusion de fausses informations lors de la pandémie de Covid-19 et une possible incitation de ses partisans à participer aux émeutes survenues à Brasília le 8 janvier.

Il a récemment été auditionné à propos de son rôle dans ces émeutes, qui ont conduit à plus de 1800 arrestations et rappelé les événements tragiques de l’invasion du Capitole par les partisans de Donald Trump à Washington en janvier 2021. À la suite de ces émeutes, le juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes a ouvert une enquête pour déterminer si Bolsonaro était impliqué. Une vidéo publiée par l’ex-président sur les réseaux sociaux deux jours après les émeutes, dans laquelle un procureur remettait en cause la légitimité de l’élection de Lula, a été l’un des éléments déclencheurs de cette enquête. Bolsonaro a toutefois nié toute implication dans ces troubles.

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Du côté du Tribunal supérieur électoral (TSE), une procédure avancée concerne une réunion qui s’est tenue en juillet dernier au palais présidentiel en présence de plusieurs diplomates étrangers. Au cours de cette réunion, Bolsonaro s’est violemment attaqué au système de vote électronique, diffusant de fausses informations et remettant en question la fiabilité du scrutin.

Le 3 mai, les agents fédéraux ont effectué une perquisition chez Bolsonaro à Brasília, dans le cadre d’une enquête sur la présumée falsification de certificats de vaccination contre le Covid-19, y compris celui du président lui-même, par des membres. Ces faux certificats ont été émis peu de temps avant le voyage de Jair Bolsonaro et de ses proches vers la Floride, fin décembre 2022, juste avant la passation de pouvoir à son successeur. Ils leur auraient permis de contourner les exigences de vaccination obligatoire alors en vigueur aux États-Unis.

Si ces accusations aboutissent, Bolsonaro pourrait non seulement être condamné à des peines de prison, mais aussi se voir interdire de se présenter à l’élection présidentielle de 2026. Les perquisitions chez lui et les interrogatoires auxquels il a été soumis témoignent de l’ampleur des investigations en cours. L’avenir politique de Bolsonaro reste incertain, mais ces enquêtes et leurs conséquences potentielles auront certainement un impact sur le paysage politique brésilien.

Ces événements soulignent la fragilité de la position politique de Bolsonaro et l’importance du système judiciaire brésilien dans la préservation de l’État de droit et de la démocratie. Les institutions du pays ont démontré leur résistance face aux tentatives de déstabilisation, rappelant ainsi l’importance de la loyauté des forces de l’ordre envers le régime démocratique.

Le mot de la fin

Dans un contexte où de nombreux défis persistent, il est essentiel de s’interroger sur l’intégrité des institutions et de promouvoir la transparence et la responsabilité politique pour garantir un avenir démocratique et prospère pour le Brésil.

Aujourd’hui, le Brésil se trouve à la croisée des chemins, confronté à des défis et des opportunités pour façonner son avenir. La voie à suivre dépendra de la capacité du pays à surmonter ses problèmes démocratiques sous-jacents, à renforcer l’état de droit, à promouvoir l’égalité sociale et raciale, à protéger l’environnement et à favoriser le dialogue et la coopération. Le Brésil, en tant que huitième puissance économique mondiale, a le potentiel de devenir un acteur majeur sur la scène internationale, tout en garantissant le bien-être et la prospérité de ses citoyens.

Gwendoline Munsch
Gwendoline Munsch
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SOURCES (cliquez sur les titres pour en savoir plus)

Partie historique : cours de science politiques

Le bilan du mandat de Bolsonaro :

Le bilan du mandat de Bolsonaro 2 :

Evènements du 8 janvier

L’attentat déjoué avant l’investiture de Lula :

Les enquêtes en cours sur Bolsonaro :

Bolsonaro pris par la justice :

L’audition de Bolsonaro sur les émeutes du 8 janvie

Images du 8 janvier (UESLEI MARCELINO / REUTERS) :