Sextoy : 9 erreurs à ne pas faire avec un vibromasseur
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Des temps anciens aux vibrations modernes : l’incroyable saga des vibromasseurs

Cet article vous propose d’explorer l’histoire vibrante du vibromasseur, de sa supposée utilisation médicale controversée à son émergence fulgurante comme accessoire incontournable de la sexualité moderne. Depuis son apparition dans la série emblématique Sex and the City, où il a brisé les tabous, à son rôle actuel en tant que véritable compagnon du quotidien, en passant par une véritable débâcle universitaire, ceci est une invitation à vous plonger dans les profondeurs d’une révolution sexuelle, où un simple appareil a transformé notre rapport à la sexualité.

« L’hystérie » au centre de cette invention ?

L’histoire de l’hystérie remonte à l’Antiquité, où les premières descriptions de symptômes hystériques apparaissent dans des textes médicaux grecs et égyptiens. Le mot lui-même, dérivé du grec hystera signifiant utérus, reflète la croyance ancienne selon laquelle cette condition était causée par des désordres dans l’utérus. On pensait que celui-ci errait dans le corps, provoquant une gamme de symptômes émotionnels et physiques chez les femmes.

Au fil des siècles, l’hystérie a évolué en tant que concept médical, devenant un diagnostic courant au XIXème siècle pour les femmes présentant une gamme de symptômes tels que l’anxiété, l’irritabilité et les contractions musculaires. L’hystérie devient alors un sujet d’intérêt croissant pour des figures influentes du monde médicale et psychiatrique, telles que Sigmund Freud.

La thèse de l’historienne Rachel Maines

Dans sa thèse The Technology of Orgasm de 1999, l’historienne américaine Rachel Maines explique que les médecins recommandaient souvent des massages pelviens comme traitement standard pour soulager les symptômes de l’hystérie. Ces massages étaient souvent fastidieux et longs. C’est dans ce contexte que le vibromasseur est apparu. Les médecins ont commencé à utiliser des appareils mécaniques pour masser les organes génitaux féminins dans le but de soulager ces symptômes. Ces appareils étaient souvent volumineux, compliqués et manuels, nécessitant un personnel médical spécialement formé pour les utiliser. Mais en 1880, le Dr Joseph Mortimer Granville, un médecin britannique, inscrit son nom dans l’histoire avec une invention qui allait à jamais transformer le paysage médical et social : le marteau de Granville. Conçu à l’origine comme un dispositif médical destiné à traiter une gamme variée de maux, allant du rhumatisme à la surdité, il promettait un remède révolutionnaire à une époque où la médecine cherchait encore ses marques.

Ce nouvel appareil était plus efficace et moins fatigant pour les médecins, car il pouvait produire des vibrations rapides et constantes sans nécessité autant d’effort physique. Le vibromasseur électrique est donc rapidement devenu un outil populaire dans le traitement de l’hystérie.

Le premier vibromasseur de l’histoire fut inventé par Joseph Mortimer Granville (1833 – 1900) à la fin du XIXe siècle
L’appareil du Docteur Granville

Cependant, malgré les promesses de remède miracle du Dr Granville, les praticiens médicaux de l’époque restent sceptiques, associant ces appareils à des pratiques charlatanesques. Par conséquent, les fabricants se tournent vers un marché plus large et commencent à produire des vibromasseurs à usage domestique à partir des années 1900. Initialement commercialisés à des fins cosmétiques pour la réduction des rides et le raffermissement de la peau, les vibromasseurs deviennent des objets de consommation courante surtout destinés aux femmes.

Mais les vibromasseurs font aussi leur apparition dans l’industrie des films pornographiques, dès les années 1920-1930. Cela marquera un tournant dans leur perception et leur utilisation, et au fil du temps, ces appareils seront détournés de leur usage initial pour devenir ce que nous connaissons aujourd’hui.

« Un échec du contrôle de qualité académique »

La thèse de Rachel Maines avait tout pour être parfaite : « les patientes sont des victimes, mais les outils utilisés pour les victimiser leur procurent des orgasmes » (Un échec du contrôle de qualité académique : La technologie de l’orgasme, 2018). Cette douce ironie a été admise par la communauté scientifique pendant 19 ans, jusqu’à ce qu’Hallie Lieberman prépare une thèse sur l’histoire des sex-toys et se replonge dans l’ouvrage de Rachel Maines en 2018. Avec son professeur, Eric Schatzberg, ils examinent les références citées pour s’apercevoir que sa thèse ne repose sur rien et qu’elle avait complétement tordu la réalité ! Pour Hallie Lieberman, Technologies de l’orgasme s’avère être « un échec du contrôle de qualité académique » (Journal of Positive Sexuality, 2018) et en tirera un article académique du même nom. Rachel Maines se défendra alors dans le journal The Atlantic en expliquant que ce n’était que des hypothèses et que « les gens se sont jetés dessus » malgré elle.

Mais alors comment est né le vibromasseur ? La thèse de Rachel Maines a au moins quelque chose de vrai : le Dr Granville a bien inventé une machine vibrante. Mais son origine n’a rien à voir avec l’hystérie. Son but était de soigner les nerfs malades en percutant la peau à un rythme régulier afin de soulager la douleur du patient. Il le fait pour tout type de conditions : de la surdité aux rhumatismes, en percutant les pieds, les dos, les visages, etc. mais sans jamais faire mention de l’intimité féminine. Bien au contraire ! Il précise, en 1883, dans son ouvrage présentant son appareil : « j’ai évité et j’éviterais toujours de traiter les femmes par percussion, tout simplement parce que je ne veux pas me laisser abuser et contribuer à tromper les autres par les caprices de l’état hystérique ou les phénomènes caractéristiques de la maladie mimétique ».

Symbole féministe par excellence ?

Malgré la débâcle académique, l’origine du premier vibromasseur à des fins sexuelles reste floue. Néanmoins, l’être humain n’a certainement pas eu besoin du corps médical pour utiliser un appareil vibrant et le transformer en un sex-toy.

Depuis le début du XXème siècle, le vibromasseur a parcouru du chemin pour devenir un symbole de la lutte féministe et de l’autonomisation sexuelle. Dans les années 1920, alors que les femmes se battaient pour leurs droits civiques et leur émancipation sociale, le vibromasseur a commencé à apparaître dans des films hollywoodiens et dans des publicités de magazines, bien que souvent de manière voilée et humoristique. Pendant la Grande Dépression des années 1930, l’usage du vibromasseur a été relégué à l’arrière-plan, en grande partie en raison de la pénurie économique et de l’austérité sociale. Mais dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle ère de prospérité et de changements sociaux a émergé.

La petite histoire du vibromasseur | La Presse
Anciens vibromasseurs issus du musée du Sexe de New York, qui datent respectivement de 1930-40, 1911 et 1900-20.

Dans les années 1950 et 1960, une époque marquée par une agitation croissante pour les droits civiques et l’égalité des sexes, le vibromasseur a connu une révolution en tant que symbole féministe. Dans ce contexte de changement social, les mouvements de libération sexuelle et les luttes pour l’autonomie des corps des femmes ont embrassé cet objet comme un outil de plaisir et d’émancipation. Les femmes ont commencé à se réapproprier le vibromasseur, le considérant comme un moyen de revendiquer ouvertement leur sexualité et leur plaisir.

Féministes en Mai 68: PAS DE REVOLUTION SANS EMANCIPATION DES FEMMES – Révolution Féministe
Féministes de la deuxième vague, manifestations de mai 68

Parallèlement, dans les années 1960 et 1970, le mouvement de libération féminine aux États-Unis a également adopté les vibromasseurs comme des symboles de revendication du plaisir féminin, en particulier du plaisir clitoridien, et de l’autonomie sexuelle des femmes. Ce fût une rupture avec la conception traditionnelle de la sexualité centrée sur la pénétration vaginale. La fameuse Hitachi Magic Wand est devenue emblématique de cette réappropriation féministe du plaisir sexuel, promue notamment par l’artiste Betty Dodson.

Hitachi Magic Wand Original
Un authentique Hitachi Magic Wand, renommé aujourd’hui « Magic Wand Original », véritable objet du militantisme féministe

Sex in the city ?

L’évolution du vibromasseur en tant que symbole féministe a surtout été renforcée par la série télévisée emblématique Sex and the City, diffusée à partir de la fin des années 1990. L’impact de la série sur la perception du vibromasseur et sur la sexualité féminine en général va bien au-delà de sa simple représentation à l’écran. En effet, la série a créé un véritable phénomène culturel qui a influencé des générations de femmes et a contribué à façonner les discussions sur la sexualité et l’émancipation féminine.

Enjoy These Sex And The City Themed Cocktails To Celebrate 20 Years! | by The New York Exclusive by Columnist, Tony Bowles | Medium

L’un des aspects les plus marquants de la série était sa capacité à aborder ouvertement et sans tabou des sujets qui étaient traditionnellement considérés comme intimes, voire honteux, notamment la sexualité féminine. À travers les aventures des quatre protagonistes, la série a normalisé la discussion sur les désirs, les fantasmes et les pratiques sexuelles des femmes, brisant les barrières de la décence sociale qui avaient longtemps restreint la libre expression de la sexualité féminine. Dans cet environnement de liberté sexuelle affichée, le vibromasseur a trouvé sa place comme un accessoire important de la vie sexuelle moderne. Le personnage de Samantha Jones en particulier, a été représenté comme une femme indépendante et émancipée, parfaitement à l’aise avec son propre plaisir et son exploration sexuelle. Son ouverture à utiliser des jouets sexuels, y compris le vibromasseur, a été présentée de manière positive et sans jugement, ce qui a contribué à normaliser leur utilisation chez les femmes.

L’effet de cette représentation à la télévision a été profondément ressenti dans la société. De nombreuses femmes ont trouvé une validation et une affirmation de leur propre sexualité à travers les personnages de la série, ce qui les a encouragées à explorer et à revendiquer leur propre plaisir sexuel, y compris par le biais de l’utilisation de jouets sexuels comme le vibromasseur.

Sex and the City (OCS), série révolutionnaire sur la sexualité féminine | myCANAL
Dans l’épisode 8 de la saison 4, Samantha Jones essaye par tous les moyens d’avoir un orgasme, et notamment grâce à son vibromasseur.

Sex and the City a donc révolutionné la perception sociale du vibromasseur, le faisant passer d’un objet honteux à un symbole d’autonomie sexuelle et de liberté, consolidant ainsi son rôle dans la cause féministe. Ces avancées ont été accompagnées d’une démocratisation de l’industrie du plaisir, avec l’émergence de boutiques spécialisées pour femmes et la popularisation de produits comme le Rabbit, célèbre pour son double stimulateur clitoridien et vaginal. Cette tendance a néanmoins soulevé des interrogations sur la réaffirmation potentielle de la norme du coït et du plaisir vaginal, en contradiction avec les idéaux de sexualité alternative et clitoridienne défendus par les mouvements féministes.

Le vibromasseur, un vulgaire sex-toy ?

Le vibromasseur incarne bien plus qu’un simple objet de plaisir physique : il symbolise la lutte pour l’autonomie et l’égalité des sexes dans tous les domaines de la vie, y compris la sexualité. Son histoire mouvementée et sa transformation en symbole féministe témoignent de la quête continue des femmes pour l’égalité, la liberté et le respect de leur autonomie corporelle et sexuelle.

La série télévisée Sex and the City a joué un rôle primordial dans cette révolution, en normalisant l’utilisation des jouets sexuels et en encourageant les femmes à revendiquer ouvertement leur plaisir sexuel. La série a sans cesse brisé les tabous et a présenté le vibromasseur comme un accessoire banal de la sexualité moderne, tout en consolidant sa place en tant que symbole de l’autonomie sexuelle des femmes.

Cette évolution n’est pas sans susciter des questions et des débats, notamment concernant la réaffirmation potentielle de la norme du coït et du plaisir vaginal, encore très (trop) ancré dans les mentalités collectives. Malgré ces défis, le vibromasseur représente donc bien plus qu’un simple jouet sexuel : il incarne les aspirations des femmes à une sexualité épanouissante, décomplexée et pleinement assumée. Son histoire tumultueuse et sa transformation en symbole féministe attestent de la capacité des femmes à se réapproprier leur corps et leur plaisir, et à revendiquer leur place dans une société en constante évolution.

Gwendoline Munsch
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SOURCES (cliquez sur les titres pour en savoir plus)

Lieberman, Hallie & Schatzberg, Eric, “A Failure of Academic Quality Control: The Technology of Orgasm”, Journal of Positive Sexuality, Vol. 4, No. 2, August 2018.

Histoire du vibromasseur par Brut 

Vulgarisation de l’histoire de la sexualité 

Non, le vibromasseur n’est pas né pour soigner les femmes hystériques 

Histoire du vibromasseur admise avant 2018 

Sources images

Image de titre 

Anciens vibromasseurs 

Image de mai 68 

Image du Hitachi Magic Wand

Image des quatre héroïnes de Sex and the City 

Image de Samantha Jones 

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