La nuit du 4 au 5 décembre 2024 a marqué un tournant historique : le bitcoin a dépassé la valeur symbolique de 100’000 dollars. Cet événement fortement médiatisé peut pourtant laisser perplexe, tant le bitcoin semble être une aberration spéculative. Crée il y a plus de 15 ans, cette cryptomonnaie possède aujourd’hui une notoriété plus grande que jamais. Mais quelles technologies soutiennent réellement cet actif et quels points historiques lui permettent aujourd’hui de représenter une réelle puissance dans l’économie mondiale ? Nous allons donc explorer aujourd’hui dans cet article l’écosystème bitcoin, son fonctionnement et son histoire.
Le bitcoin ?
Le Bitcoin a vu le jour à la suite du crash financier de 2008, événement qui a profondément ébranlé la confiance envers l’économie traditionnelle. Cette crise eut pour effet de remettre en doute l’efficacité des banques commerciales et centrales, en tant que gestionnaires de tous les moyens de paiement. Il émergea donc, de cette perte de confiance, un projet : celui de créer une monnaie fonctionnant sans banques régulatrices, uniquement grâce à des procédés informatiques. Plusieurs prototypes ont donc été lancés durant cette période, mais aucune monnaie ne possédait une technologie lui permettant d’assurer la sécurité de ses transactions. C’est en 2009 qu’un certain Satoshi Nakamoto publia le livre blanc, sorte d’article descriptif, d’une nouvelle monnaie : Le Bitcoin, appelé « A Peer-to-Peer Electronic Cash System ».
Cette nouvelle monnaie réunissait de nombreuses technologies déjà existantes, mais apporta aussi une grande nouveauté : la blockchain. Ce système cryptographique permit à la monnaie de Satoshi Nakamoto de prétendre à la notoriété qu’on lui connaît aujourd’hui. En effet, le concept de chaîne de blocs apparut comme la pièce informatique manquante permettant de créer une monnaie totalement libérée des organes officiels de contrôles, car elle possède un moyen sûr et durable d’authentification cryptographique.

Chemin d’une transaction dans la blockchain
Le Bitcoin ne fonctionne pas comme une monnaie traditionnelle comme le dollar ou le franc suisse. Afin de garantir l’intégrité des transactions et des portefeuilles des utilisateurs, elle emploie la technologique cryptographique baptisée la blockchain. Une blockchain peut donc être définie comme une page accessible à tous sur laquelle toutes les transactions réalisées sont stockées et où les avoirs de chaque utilisateur sont publics, mais dont les noms sont codés ce qui permet à chacun de rester anonyme. Cette page blanche est téléchargeable par tout le monde ce qui signifie que chacun peut posséder chez lui une copie de la blockchain du bitcoin par exemple. Les données sont stockées dans des blocs contenant un nombre défini de transactions financières. Chaque bloc contient aussi des informations du bloc précédent. Pour qu’un bloc soit « fermé » et reste immuable dans le temps, il doit être vérifié pour s’assurer qu’il ne contient aucune fraude. Les personnes chargées de cette validation sont appelées « mineurs » de cryptomonnaies, et leur activité est désignée sous le terme de « minage ». De plus, un code doit être trouvé afin de fermer le bloc, un code cryptographique. En effet, la validation de ces blocs est nécessaire à la fonctionnalité du bitcoin : si les blocs ne sont pas validés, les transactions ne pourront donc pas être réalisées, et tout le système sera donc gelé. Mais ce processus de minage est très énergivore, ce qui engage donc des coûts pour les personnes voulant tenter ce processus.
Afin de rétribuer les valeureuses personnes prêtes à engager leurs machines dans ce procédé, le système du bitcoin a prévu une récompense pour la validation de chaque bloc. Cette récompense, en bitcoin, représente en réalité la seule source de « création » de cette monnaie. Mais cette récompense a une spécificité, chaque 4 ans, le nombre de bitcoins reçu par le mineur ayant fermé un bloc est réduit par deux. Ce qui induit, pour les plus matheux des lecteurs, que le nombre de bitcoins total tend vers une valeur. Cette valeur est de 21 millions de bitcoins, et elle signifie donc qu’il n’y aura jamais plus de 21 millions de bitcoins sur le marché.
Chaque 4 ans donc, un mineur de bitcoin se voit récompensé de 2 fois moins de bitcoins, cette réduction étant appelée le « Halving » du Bitcoin. Elle induit une création monétaire déflationniste qui entraîne une rareté progressive de la monnaie, ce qui tend à augmenter sa valeur si la demande reste stable ou croît.
Bitcoin, les grandes dates
Après cette partie technique, passons maintenant à petit historique pour réussir à comprendre comment une valorisation de 100’000 dollars a pu être atteint pour cet actif numérique. Cette valeur ne découle pas d’un simple hasard spéculatif, mais d’une histoire, bien que brève, jalonnée par des événements marquants qui ont contribué à forger la légende de cette néo-monnaie.
Le premier événement fondateur du mythe bitcoin n’est autre que sa première valorisation, c’est-à-dire la première fois que l’on a attribué de la valeur réelle à cette crypto-monnaie. Le 12 octobre 2009, deux utilisateurs s’échangent pour la première fois 5050 bitcoins pour 5,02 dollars, consistant donc au prix, aujourd’hui dérisoire, de 0,001 $ par bitcoin. À titre comparatif, le prix de 5’050 bitcoins au 8 décembre 2024 s’élève approximativement de 500 millions de dollars.
Le 9 février 2011, le bitcoin atteint la parité symbolique avec le dollar, 1 BTC = 1 USD. Et le 29 novembre 2013, le bitcoin dépasse le prix de l’once d’or, soit 1 BTC = 1250 USD. Un pic notable surgit alors en 2013, mais il est vite étouffé par une revente massive de bitcoins par leurs détenteurs et stagne ensuite autour des 50 $. Cette stagnation a notamment eu lieu car, à ce moment-là, cette monnaie n’est absolument pas adoptée par le grand public et peu de gens voient une réelle valeur transcendante dans sa technologie.
Le second pic notable se produit en 2017. Le Bitcoin monte jusqu’à 20’000 USD, avant de retomber sous les 3’700 USD en fin 2018. Il perd donc près de 80% de sa valeur. En 2021, un second pic l’amène jusqu’à 60’000 USD ; il redescendra sous les 17’000 USD en 2022. Ces fluctuations permettent de comprendre la réelle volatilité de cet actif. L’une principale cause de cette volatilité est la forte dépendance de cette monnaie numérique à la confiance que veut bien lui attribuer le marché.
Actuellement, le bitcoin vaut 99’000 USD et il fluctue autour de la barre symbolique des 100’000 USD qu’il a dépassé en début de semaine (décembre 2024). Ce pic représente un tournant dans l’histoire du bitcoin et des cryptomonnaies. Les causes de cette hausse sont multiples, et permettent de comprendre quels leviers financiers et technologiques agissent sur la valeur de cet actif aussi singulier que novateur.
Les causes du dernier pic
Il est difficile d’imaginer qu’une monnaie numérique, composée de 0 et de 1, puisse atteindre de si hautes valeurs. Mais plusieurs aspects structurels permettent un tel sommet.
D’une part, le concept de blockchain, apporté par le bitcoin, commence aujourd’hui à se faire connaitre comme technologie ouvrant la porte à de nombreuses utilisations dans une multitude de secteurs d’activités. Bien que la chaîne de bloc traditionnel de Satoshi Nakamoto se voit un peu changée, les nouveaux champs d’expansion de ce même concept sont très variés, allant de la comptabilisation de votes électroniques à la traçabilité de denrées alimentaires. Dans l’exemple de la traçabilité d’un produit, la chaîne de supermarché Walmart utilise aujourd’hui un nouveau système de traçabilité sur ses produits frais. Cette chaîne de blocs contient des informations quant à la provenance, la qualité ou la température de garde du produit. La technologie permet donc, si un lot se trouve affecté par un problème, de pouvoir le retirer du marché de manière précise et efficace. Servant de « valeur boursière » au concept de blockchain, le bitcoin voit donc aujourd’hui sa valeur boostée par la diffusion de la technologie blockchain.
Deuxièmement, en avril 2024, le bitcoin a vécu un « halving ». Ce concept, expliqué plus haut, revient à une division par deux de la récompense accordée aux mineurs ayant validé un bloc de transactions, passant de 6,25 BTC répartis entre les mineurs à 3,125 BTC. On comprend donc que le minage devient moins profitable, ce qui incite moins de gens à tenter de valider les transactions en bitcoins. Afin de contrer cette tendance destructive pour tout l’écosystème le bitcoin, la valeur d’un bitcoin a souvent tendance à augmenter après un « halving ».
Troisièmement, c’est en 2024 que le bitcoin s’est vraiment institutionnalisé. En effet, en janvier 2024, la SEC (Securities and Exchange Commission) autorise les banques à mettre sur le marché des ETF (Exchange Traded Funds) sur le bitcoin. Le fait que la SEC autorise ce type d’actifs a massivement attiré les investisseurs à investir dans ces ETF. Pour faire simple, un ETF est un fonds d’investissement coté en bourse qui suit un indice boursier. Dans ce cas, pas un indice, mais simplement le Bitcoin puisque le titre est composé uniquement de bitcoins. L’ETF est réglementé, c’est pourquoi il est si rassurant. Il permet aussi à des investisseurs traditionnels, comme des fonds de placements ou des grands investisseurs d’investir dans le bitcoin à travers des institutions connues et stables.
Début novembre, le média spécialisé Cointribute titre : « 1,1 milliard $ en un jour : L’ETF Bitcoin de BlackRock défie les attentes ». Le titre est évocateur : 1,1 milliard de USD ont été investis par des investisseurs particuliers et institutionnels sur cet ETF en 24 heures, de quoi mettre en perspective la confiance accordée par les investisseurs. Ces trois raisons sont les principales qui ont eu un impact sur les cours du bitcoin et sa large acceptation par le grand public. Le ton des médias a aussi évolué. Il suffit de voir combien d’entre eux en parlent pour sentir l’engouement autour de cet objet numérique.
Enfin, une cause non-négligeable de cette hausse est également l’élection de Trump comme nouveau président des Etats-Unis. Cette élection a eu un fort impact sur la valeur globale des crypto-actifs. En contraste avec la politique restrictive sur les cryptomonnaies – menées par Joe Biden, le directeur de la FED Jerome Powell et de la SEC Gary Gensler – Trump souhaite en effet assouplir les législations prises à l’encontre de celles-ci, afin de faire des États-Unis la « capitale mondiale du bitcoin et des cryptomonnaies ». La première mesure a été sans appel, la décision étant de faire tomber toutes les têtes influentes à la SEC et la FED, réfractaires aux nouvelles formes d’actifs numériques. Ces annonces, favorisant une acceptation plus large des cryptomonnaies, ont eu un impact notable sur leur valeur, en particulier celle du bitcoin.
Conclusion
Le franchissement du cap des 100’000 dollars par le Bitcoin représente une étape majeure pour les cryptomonnaies. Ce palier représente à quel point leur histoire est le fruit d’une évolution combinant technologie novatrice, mécanismes économiques, traditionnels comme inédits, ainsi qu’une adoption institutionnelle croissante. Depuis son lancement en 2009, le Bitcoin a redéfini la sécurité et la transparence des transactions et des monnaies grâce à la blockchain, tout en bâtissant sa valeur sur un modèle déflationniste porté par les halving successifs. Elle continue aujourd’hui son objectif initial consistant à prouver la légitimité d’une monnaie entièrement auto-gérée de manière informatique, déresponsabilisant donc les banques centrales et commerciales, responsables selon Satoshi Nakamoto, des dérives financières du siècle passé. L’autorisation récente des ETF de cryptomonnaies par la SEC a marqué un tournant, rendant le Bitcoin accessible à un large éventail d’investisseurs, des particuliers aux institutions. Cette marche réalisée symbolise non seulement la confiance grandissante en ce néo-actif, mais également laisse transparaitre une transformation sociétale plus profonde dans la manière d’envisager les monnaies à l’ère moderne.
Arthaud Widmer & Nils Kundert
Sources :
Articles web:
- Ruche, S. (2024, 25 août). Dramane Meite: « Les ETF sur le bitcoin ont créé une nouvelle demande ». Le Temps.
- Mikaia, A. (2024, 8 novembre). 1,1 milliard $ en un jour : l’ETF Bitcoin de BlackRock défie les attentes. Cointribute.
- Niklowitz, M. (2021, 29 octobre). Le bitcoin, exhausteur de goût. Le Temps, page 1.
- Garessus, E. (2022, 30 mai). Une nouvelle classe d’actifs est née. Interview de Ray Hindi, Le Temps, page 15.
- Jurus, A. (2022, 30 mai). Les cryptomonnaies dans la crise. Le Temps, page 10.
- Ruche, S. (2022, 30 mai). Vers un système décentralisé plus efficace. Le Temps, page 13.
- Lex. (2022, 14 juin). Chain block, crypto lender feels the strain. Financial Times, page 20.
Sites web :
- BlackRock. (2024). iShares Bitcoin Trust.
- Bitcoin.fr. Les grandes dates du bitcoin. (Mis à jour en 2022, consulté le 20 juin 2022).
- Bitcoin.fr. Nombres de bitcoin à travers le temps. https://bitcoin.fr/wp-content/uploads/2015/08/nb-de-btc-sur-le-march%C3%A9-%C3%A0-travers-le-temps.jpg. (Mis à jour en 2022, consulté le 20 juin 2022).
- Coin Academy. CoinMarketCap, classement 2022 des cryptomonnaies par prix, capitalisation, variation de prix, volume. (Mis à jour en novembre 2022, consulté en septembre 2022).
- Statista. Nombre de transactions journalières de Bitcoins dans le monde entre le 1er trimestre 2013 jusqu’au 1er trimestre 2022. https://fr.statista.com/statistiques/812054/nombre-moyen-transactions-bitcoins-par-jour-monde/. (Mis à jour en janvier 2022, consulté le 14 mars 2022).
- Kriptomat. Cours Bitcoin. https://kriptomat.io/fr/cours-crypto-monnaies/bitcoin-btc-valeur/. (Mis à jour en novembre 2022, consulté le 28 octobre 2022).






