Être étudiant, ce n’est pas seulement s’asseoir derrière un pupitre et écouter un professeur débiter son cours. Cette vision réductrice est souvent relayée par ceux qui estiment que la vie étudiante rime avec insouciance, longues vacances et absence de véritables responsabilités. Qui n’a jamais entendu que les étudiants avaient « la belle vie » ?
Pourtant, pour la plupart, étudier signifie aussi travailler. Que ce soit par nécessité financière ou pour acquérir une expérience professionnelle précieuse, jongler entre études et emploi est devenu la norme. D’après l’Office fédéral de la statistique (OFS), 72 % des étudiants en haute école exercent une activité rémunérée en parallèle de leurs études, parfois allant jusqu’à 40 % d’un emploi à plein temps. Un équilibre délicat, source de stress et de pression, qui nécessite une gestion rigoureuse pour éviter l’épuisement. Ce fragile équilibre mérite réflexion : constitue-t-il une richesse formatrice ou un poids qui menace la réussite ?
Travailler pour un étudiant : entre nécessité et opportunité
La question que l’on peut se poser est pourquoi un étudiant s’imposerait une surcharge de travail en plus au lieu de se concentrer exclusivement sur ses projets d’étude ?
En effet, le travail étudiant présente deux facettes : il constitue à la fois une ressource financière et une opportunité d’acquérir de l’expérience professionnelle.
Selon une étude de l’OFS, 65% des étudiants pratiquent une activité rémunérée pour être plus à l’aise financièrement. N’étant pas rémunéré, il est difficile de garder un budget. Les dépenses sont bien plus nombreuses que les rentrées d’argent : il faut payer pour un loyer, la nourriture, les activités sportives, les sorties sociales et les dépenses liées aux études. Dès lors, travailler devient une nécessité, en particulier lorsque le soutien parental fait défaut ou demeure très limité. À cette contrainte s’ajoute une pression supplémentaire, celle de devoir non seulement poursuivre, mais aussi réussir ses études. Par ailleurs, obtenir une bourse d’études reste difficile : dans le canton de Vaud, seuls 11,6 % des étudiants en ont bénéficié en 2023.
Les graphiques de l’Office fédéral de la statistique (OFS) illustrent la réalité du travail et des ressources financières des étudiants en 2024. Le premier montre que la majorité des jeunes de moins de 25 ans occupent un emploi à temps partiel en parallèle de leurs études, tandis que le taux d’occupation augmente avec l’âge.
Le second révèle que le soutien familial reste la principale source de financement des plus jeunes, mais que l’activité rémunérée devient prédominante à partir de 26 ans. Ces données soulignent les défis croissants auxquels font face les étudiants pour concilier études et indépendance financière.
Au-delà de l’aspect économique, de nombreux étudiants privilégient la voie du travail afin d’acquérir des compétences professionnelles bénéfiques pour leur futur. Le marché du travail est un monde concurrentiel où il ne suffit plus d’avoir de bonnes notes pour se démarquer, les étudiants ressentent la pression d’étoffer davantage leur curriculum vitae afin d’y ajouter des expériences professionnelles et des stages.
Cependant, la même étude montre que plus de la moitié des étudiants exercent une activité professionnelle sans lien direct avec leur domaine d’études, faute de temps ou de compétences spécifiques. Ce décalage tend toutefois à s’estomper au fil du parcours universitaire : à mesure qu’ils avancent dans leurs études, les étudiants accèdent plus facilement à des emplois en lien avec leur formation, leur permettant ainsi de valoriser concrètement leurs acquis.
Quels impacts sur la réussite et le bien-être des étudiants ?
Le stress académique et financier n’est pas la seule préoccupation des étudiants, ces derniers rentrent dans un monde du travail exigeant, rigoureux et éprouvant.
Travailler en parallèle des études représente une charge supplémentaire qui demande une organisation méthodique afin de jongler efficacement entre obligations académiques et professionnelles. Pour éviter d’empiéter sur le temps d’étude, nombreux sont ceux qui trouvent des petits jobs le soir, le week-end, voire seulement l’été. Cependant, ces contraintes des horaires dépendent énormément des études poursuivies et de leur emploi du temps. Au fil des années, les horaires deviennent plus flexibles, permettant aux étudiants d’accéder plus facilement au marché du travail.
En outre, il demeure difficile d’évaluer avec précision les risques d’échec universitaire liés à une activité rémunérée : ceux-ci varient en fonction du taux d’occupation, de l’emploi du temps académique, ainsi que des loisirs poursuivis parallèlement. Certaines études montrent toutefois qu’au-delà de 15 heures de travail par semaine, les effets sur la réussite académique tendent à devenir négatifs. Une bonne organisation s’avère donc essentielle, le travail étudiant réduisant non seulement le temps consacré aux loisirs, mais risquant également d’empiéter sur les études.
Un étudiant ne doit pas perdre de vue son objectif principal : réussir son parcours académique.
Malgré tout, une expérience professionnelle offre d’innombrables avantages. Elle permet aux étudiants d’acquérir le sens des responsabilités, de gagner en maturité et de cerner ses préférences professionnelles. Cela permet à de nombreuses personnes de prendre conscience de la réalité du marché du travail et peut constituer une motivation supplémentaire pour atteindre ses objectifs.
L’impact du job d’étudiant au début de la carrière professionnelle est souvent positif : moins de risques de chômage à la sortie du système éducatif et accès à des emplois plus qualifiés et mieux rémunérés. Outre les compétences techniques acquises, le travail d’étudiant permet de mettre en avant ses aptitudes comme la motivation, le travail en équipe, la gestion du stress et encore pleins d’autres. De plus, une expérience professionnelle est un bon moyen d’acquérir des informations sur le marché du travail et avec de la chance, de déboucher sur une offre d’emploi chez le même employeur.
Conseils et stratégies pour gérer le stress et la pression psychologique
Le monde du travail n’est en aucun cas un monde facile et de nombreux facteurs peuvent devenir des causes de stress importantes comme la charge de travail scolaire ou professionnelle, les conflits entre collègues, des objectifs de performance difficiles à atteindre pour un étudiant, un manque de soutien, des horaires imprévisibles, une quantité de travail incommensurable, du mobbing…
Aujourd’hui, plus d’un quart de la population suisse déclare ressentir un stress constant, ce qui les expose à un risque accru de burnout. Les étudiants ne font pas exception à cette tendance. Travailler à temps partiel tout en assimilant rapidement les exigences du domaine afin de répondre aux attentes de l’employeur, et tout cela, en visant l’excellence académique, représente sans aucun doute un défi de taille. Ce double engagement exige motivation, discipline et courage.
Gérer toutes ces responsabilités peut être une épreuve compliquée, voici donc quelques conseils pratiques.
- Planifier votre semaine : une bonne organisation permet d’éviter le stress lié aux imprévus ou aux tâches oubliées. Il est aussi favorable de prévoir des temps de pause dans la semaine pour se libérer l’esprit. Les tâches doivent être priorisées selon leur importance et leur urgence, le but étant de ne pas se laisser submerger par toutes les tâches encore à accomplir et de ne pas bâcler les tâches essentielles à la dernière minute.
- Communication ouverte : en cas de surcharge, d’épuisement ou de malaise au travail, il est crucial d’en parler à son employeur dans le but de trouver des solutions. Il ne faut pas hésiter à parler à un collègue, ami ou professionnel de la santé mentale si l’on se sent couler afin de ne pas rester isolé et de bénéficier d’un soutien autour de soi.
- Établir des limites : le travail d’étudiant reste un travail à côté des études, il est donc important qu’il n’empiète pas sur ces dernières. Il ne faut donc pas répondre aux mails, messages ou appels professionnels en dehors des heures de travail, sous peine de laisser le stress professionnel atteindre votre vie privée.
- Dormir suffisamment : un manque de sommeil augmente l’irritabilité, les difficultés de concentration et le stress. Une bonne nuit de sommeil permet de bien commencer une journée.
Finalement, il est propre à chacun de trouver le bon équilibre entre travail et études mais aussi de savoir s’il est bon d’assumer une activité rémunérée.
Dans un contexte où la pression économique et la quête de réussite pèsent de plus en plus sur les étudiants, il est primordial de s’interroger sur la manière dont la société valorise leur engagement dans le monde du travail. Travailler pendant ses études peut être une opportunité, mais seulement si l’environnement professionnel permet d’en devenir une source d’épanouissement plutôt qu’un poids supplémentaire. Une réflexion collective s’impose pour que la réussite académique ne devienne pas un luxe réservé à ceux qui n’ont pas à jongler entre emploi et études.
Noémie Caballero
Sources
Pression psychologique au travail 🡪 FR
Étudiants.ch 🡪 !! CH
Job d’étudiant : quel impact ?
Cairn : l’activité rémunérée des étudiants et ses liens avec la réussite des études
Cairn : travailler en cours d’études
8 conseils pour la gestion du stress au travail







