Grèce, démocratie et Alstom

En ces temps troublés, les idées prennent souvent le dessus sur les pensées. Dans ce contexte, je vous invite à participer à un petit exercice de réflexion. On est vite amené à croire en la supériorité de la démocratie représentative, résultat de siècles de luttes acharnées contre le féodalisme, les oligarchies et autres dictatures il-libérales. Dans le présent article, je vais essayer de vous amener à porter un regard nouveau sur la démocratie.

De la démocratie en Grèce antique

Notre histoire commence à Athènes, d’abord oligarchie dirigée par des familles nobles dites les Eupatrides. C’est par les réformes de Solon, nommé archonte en 594 avant Jésus Christ, qu’Athènes prit la forme d’une proto démocratie, le pouvoir relevant du peuple. Ainsi, tous les citoyens d’Athènes étaient autorisés à participer aux réunions de l’ecclésia, ayant lieu quatre fois par mois. Cependant, tous les citoyens athéniens n’étaient pas égaux. Solon avait pris soin de les répartir en quatre classes distinctes, en s’inspirant des différents grades de l’armée athénienne.

À la suite de Solon, les guerres médiques légitimèrent et renforcèrent l’influence du peuple athénien sur ses institutions. On voit ainsi que c’est par des réformes successives qu’une oligarchie s’est métamorphosée peu à peu en se rapprochant d’une démocratie, en garantissant l’égalité devant la loi pour une partie de ses citoyens, et en permettant une participation directe de la population aux décisions.

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Toutes ces réformes permirent l’Âge d’or de la Grèce antique. Les philosophes et les penseurs, libres de débattre et de partager leurs idées, firent d’Athènes le centre culturel et philosophique du monde. Cependant, Athènes nous enseigne aussi les possibles revers de la démocratie. À titre d’exemple, l’histoire de Socrate, l’un de ses critiques, est éclairante : il jugeait la démocratie instable, démagogique et, surtout, relevant de l’ignorance collective. Paradoxalement, c’est son procès et sa mort, prononcés par une justice populaire de cinq cents jurés tirés au sort, qui mirent en lumière les échecs de la démocratie directe.

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Pour synthétiser, on peut voir que la démocratie athénienne s’est fondée sur une ancienne oligarchie et que, malgré les progrès réalisés quant à l’égalité des citoyens, le pouvoir s’est encore retrouvé concentré entre les mains d’un petit nombre d’individus, allant à l’encontre de la volonté initiale qui présida à l’instauration de telles institutions.

La deuxième oligarchie

On peut généraliser ce principe aux institutions démocratiques contemporaines, où le pouvoir se retrouve encore concentré entre quelques acteurs, médias et même syndicats. Cela recrée le type d’écarts que l’on observe traditionnellement dans les oligarchies, au sein des démocraties représentatives.

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La population se retrouve ainsi distinguée entre les participants, ceux qui jouent un rôle dans ces administrations et qui en canalisent le pouvoir, et, de l’autre côté, la population qui doit se contenter de soutenir les candidats en vogue et de participer à d’éventuelles manifestations contre d’autres candidats. On peut alors parler de polyarchies ou de technocratie, selon le niveau de mérite et de compétences que l’on retrouve chez les dirigeants, mais l’idée générale reste la même quant à la distinction entre, d’une part, les gouvernants et, d’autre part, les gouvernés.

Ainsi, la ligne entre démocratie et oligarchie est bien plus fine qu’on ne le croit initialement. Dans nos sociétés modernes, on pourrait même parler d’un spectre entre démocratie et oligarchie, selon le taux d’implication de la population au sein des institutions et l’importance qui lui est accordée.

Les partis politiques

Dans une telle organisation, les partis politiques sont essentiels pour encadrer le débat public. À quoi bon se forger une opinion pour ensuite aller voter ! Toutes les idées sont déjà représentées, il suffit de choisir une couleur, de la glisser dans l’urne et, magiquement, un politicien professionnel associé à ladite couleur l’appliquera.

C’est justement cette forme de déresponsabilisation de la population face à la chose publique qui tend à faire basculer les démocraties en oligarchies. D’autant que, par définition et par leurs agissements, tout parti politique a pour but initial de croître, soit par son influence, soit par son soutien. Cela explique généralement la complaisance des partis politiques à l’égard de la dégradation du débat public : il est plus facile de prêcher des convertis.

De cette caractéristique, je conclus que l’existence de partis politiques va paradoxalement à l’encontre d’un idéal démocratique et qu’à l’avenir il serait judicieux d’en envisager la suppression. Malheureusement, je ne vois pas pour quel parti je pourrais voter afin d’espérer un tel résultat.

Et les médias ?

Avant de conclure, j’aimerais illustrer ces propos par un simple exemple. Le nom d’« affaire Alstom » est souvent utilisé en France au sujet de la désindustrialisation, mais c’est surtout un excellent exemple de l’influence d’une classe supérieure, qui déforme la démocratie et la souveraineté d’un État dans le but unique de servir ses propres intérêts.

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Alstom est une multinationale spécialisée dans les transports et l’énergie, essentielle à la fabrication et à l’entretien des turbines de centrales nucléaires et d’autres équipements stratégiques pour la souveraineté de l’État français.

L’histoire commence par un conflit entre Alstom et la justice américaine. Alstom est poursuivie au titre du Foreign Corrupt Practices Act pour corruption d’agents publics étrangers. Au cours de cette procédure, Frédéric Pierucci, cadre supérieur d’Alstom, est arrêté sur le sol américain. À la suite de cette arrestation, il en vient à s’entendre avec le concurrent américain General Electric afin de faire pression pour qu’Alstom lui vende sa division Énergie, dans l’espoir de voir sa peine diminuée.

C’est là que le groupe Bouygues, dirigé par Martin Bouygues, conglomérat actif dans l’immobilier, la construction et les télécommunications, entre en scène. Le groupe possédait alors, en 2014, presque le tiers des parts d’Alstom et cherchait à s’en défaire. Bouygues aurait alors utilisé sa propriété de TF1 pour exercer des pressions au sommet de l’État français et forcer le ministère de l’Économie à valider la vente.

En conclusion, la vente à General Electric a bel et bien eu lieu, et le ministre de l’Économie, Arnaud Montebourg, qui s’y opposait, a finalement été remplacé par un banquier d’affaires, beaucoup plus enclin à la vente, un certain Emmanuel Macron, juste avant la mise en place de l’accord.

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Adrien Mocaer

 

Sources :

Démocratie Athénienne

Procès de Socrate et Athènes

Note sur la suppression générale des partis politiques

Du Bazard sur les méthodes Américaines

Vidéo sur Alstom

 

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