Les membres de votre association HEConomist sont toutes et tous lié·e·s par l’envie d’écrire, mais aussi de lire.
Et quoi de mieux qu’une lecture pour accompagner l’arrivée de l’automne, cette saison où les journées raccourcissent, les feuilles tombent et l’air se rafraîchit. Lire quoi, me direz-vous ? Il existe tellement de genres, d’histoires, de goûts et de couleurs que l’on s’y perdrait presque. C’est comme entrer dans une bibliothèque où les murs sont faits de livres, et il faut choisir lequel apporter avec soi pour le lire au calme, peut-être avec une tasse de thé, alors que la pluie tambourine doucement contre les fenêtres.
Nous vous proposons ainsi un choix de lectures et de livres qui nous dessinent et nous donnent plaisir à tourner les pages, aussi lourdes et grandes soient-elles.

Eugène Onéguine, Alexandre Pouchkine – proposition de Dario
Dans les méandres de ces vers où l’amour se fait tourment et exaltation, où la mélancolie danse avec l’insolence d’une âme rebelle, il est un écho russe qui résonne avec une profondeur poigante : Eugène Onéguine d’Alexandre Pouchkine.
Ce roman en stances, tel un opéra de mots, dépeint Eugène, dandy blasé fuyant les salons de Saint-Pétersbourg pour un manoir rural, et tente des réformes insolentes qui l’isolent. Son ami Lenski, poète influencé par Kant et Goethe, l’introduit aux sœurs Larine : Olga la sœur légère et Tatiana l’ardente, nourrie de romans comme La Nouvelle Héloïse. Tatiana déclare sa flamme par lettre ; Eugène la repousse avec franchise. Un bal s’ensuit et puis une jalousie, un duel fatal : Lenski meurt, Eugène s’exile. Des années plus tard, Tatiana, mariée, inverse les rôles, mais reste loyale.
Les thèmes palpitent : spleen existentiel d’Eugène, passion torrentielle de Tatiana, insolence impulsive, regrets de l’orgueil. Pouchkine mêle ironie et lyrisme en tétramètres iambiques, décrivant hivers mordants et apartés philosophiques.
C’est une œuvre classique très importante, qui saura ravir les adeptes de lecture comme d’opéra, notamment par l’influence que cette dernière a eu sur l’œuvre de Tchaïkovski ainsi que le monde du ballet classique. C’est un miroir pour qui cherche le bouleversement en cette fin d’année.
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Domptant la froide intelligence,
Cent fois heureux celui qui croit,
Celui qu’un cœur béat fait vivre
Comme au relais un routier ivre
Ou ( soyons tendre ) un papillon
Buvant la fleur de la passion.
Mais pauvre est l’homme sans vertige,
Qui voit demain dès aujourd’hui,
Qui, mots ou gestes, se traduit
Le moindre élan et qui s’afflige,
L’homme qui porte son passé,
Toujours conscient, toujours glacé.
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Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë – Proposition de Gwendoline
Il y a des romans qui séduisent, et d’autres qui dérangent. Les Hauts de Hurlevent appartient résolument à la seconde catégorie. Emily Brontë n’écrit pas une histoire d’amour : elle a écrit une collision frontale avec les normes sociales, une exploration radicale de la violence intime et de la brutalité symbolique qui structurent les destins. Publié en 1847, son roman déjoue absolument tout ce qu’on attend de la fiction victorienne : pas d’héroïne exemplaire, pas de vertu récompensée, pas de mariage salvateur. Brontë arrache l’amour à toute possibilité de consolation et montre ce qu’il devient lorsqu’il se heurte à l’ordre social, à la propriété, au statut, à la respectabilité, et lorsqu’il naît chez ceux qui n’y ont pas droit.
Heathcliff, d’ailleurs, n’est pas un simple « anti-héros gothique ». C’est un enfant trouvé, racialement codé, socialement relégué, qui grandit en dehors des normes du gentleman. Sa marginalisation – entre violence domestique, humiliation sociale et altérité permanente – façonne tout ce que le roman dit du pouvoir. Catherine, de son côté, est prisonnière d’un système où aimer un homme sans statut revient à s’autodétruire. Leur relation n’a absolument rien d’une passion romantique classique. Brontë dissèque la manière dont les hiérarchies sociales déforment les émotions jusqu’à les rendre monstrueuses. C’est cette lucidité, presque sociologique avant l’heure, qui fait du roman une œuvre avant-gardiste : l’amour y devient une force tragiquement politique.
C’est aussi pour cela que la prochaine adaptation cinématographique inquiète. Prévue pour sortir à la Saint-Valentin, annoncée comme une relecture « romantique, intense, sensuelle », elle semble prête à effacer tout ce qui fait la puissance de l’œuvre : la question de classe, la question raciale, l’étrangeté radicale de Heathcliff, la violence du système victorien, la déconstruction de l’héroïne ou encore la noirceur impolie du texte. Tout ce qu’on voit pour l’instant, c’est un couple glamour, lumineux, lissé, un Heathcliff blanc qui s’inscrit parfaitement dans le marketing romantique contemporain, mais totalement à rebours du roman.
Là où Brontë déconstruit l’idée même de romance, l’adaptation semble vouloir la sublimer. Là où le livre montre les ravages des normes, le film risque d’en rejouer les codes. Et c’est précisément cette tension qui inquiète : Wuthering Heights n’est pas une histoire d’amour, mais une critique de la façon dont la société empêche l’amour. En faire une romance passionnée pour la Saint-Valentin, c’est peut-être passer à côté de l’essentiel, et en quelques sortes trahir l’avant-garde furieuse d’un roman qui n’a jamais cherché à plaire, mais à bouleverser les certitudes.

La Douce, Fédor Dostoïevski – proposition de Candelaria
Court, mais vertigineux, La Douce est le style de livre qu’on lit en une soirée et qui continue de résonner longtemps après. À travers le monologue interne d’un homme face au corps de sa femme, Dostoïevski dissèque le silence, l’orgueil, le pouvoir et l’amour mal compris. Ce n’est pas une lecture confortable… Mais c’est précisément pour cela qu’elle est, à mes yeux, essentielle. On y entre pour l’histoire, on en sort avec des questions sur soi.
Je vous recommande cette lecture, car elle est idéale pour le break, qui peut être plus ou moins chargé pour la plupart d’entre nous… Intense sans être longue, exigeante sans être inaccessible. Peut-être aussi, que je vous recommande cet ouvrage, car j’ai un faible pour tout le corpus d’œuvres de Dostoïeski. Cela étant, La Douce nous rappelle que la littérature n’est pas là pour nous distraire seulement, mais pour nous déplacer, surtout quand nos idées tournent toujours autour d’une seule chose (les examens pour ma part, pour la vòtre sûrement aussi). À lire lentement, avec un café, entre deux moments de repos, quand on a envie de quelque chose de beau, de sombre, et profondément humain.

Katabasis, R. F. Kuang – proposition de Jonas
R. F. Kuang’s sixth book, Katabasis, shares a large thematic overlap with her previous work, particularly Babel. Its setting is once again a reality-adjacent world where one can study magick, a field which, despite its wonders, has largely lost its appeal. Alice Law, a PhD student in said field, finds herself in a difficult position: the academic job market is so bleak that securing a position would require a recommendation letter from her supervisor, Professor Grimes, one of the last giants of the field. Too bad he died during one of his experiments. Faced with the grim academic job market, Alice decides that the best course of action is to go to hell and bring him back. On top of that, Peter Murdoch, her colleague and Grimes’ other PhD student, seems to have had the exact same idea.
As Dante did, Kuang takes the reader on a beautifully written journey through the circles of hell. The book is rich with references to those who traveled before, builds an incredible magic system grounded in logic and paradox, contains many nods to real-world events, and includes a healthy dose of humor. Yet at its core, the book is a commentary on academia.
Hell is a campus, and Kuang isn’t exactly subtle. Subtext is for cowards, after all. The novel began as a satire, but as it developed, it gained a sharp, biting edge. Kuang examines academic hubris and the strained, confused, and often toxic relationships it creates. It portrays how academia chews up and spits out those who aren’t strong enough and ponders why anyone would put themselves through this hell, and why, despite everything, it can still be worth it. After all, Kuang, too, is a PhD student.

Arc-en-ciel le plus beau poisson des océans, Marcus Pfister – proposition de Samantha
En tant qu’étudiants, il faut bien admettre qu’en période d’examens, nous avons parfois tendance à nous renfermer sur nous-mêmes et à oublier l’importance du partage, même lorsqu’il s’agit simplement d’échanger nos notes ou nos résumés. L’album Le Poisson Arc-en-ciel, écrit et illustré par l’auteur suisse Marcus Pfister, nous rappelle justement à quel point la générosité peut transformer nos relations.
Cela peut vous faire sourire, mais cette histoire ancienne trouve un écho très actuel dans un monde où l’on pense souvent davantage à soi qu’aux autres. On y suit un poisson magnifique aux écailles multicolores, admiré, mais profondément seul. Parce qu’il refuse de partager ce qui fait son éclat, les autres poissons s’éloignent. Après avoir consulté un sage poulpe, il comprend que le véritable bonheur naît du partage : en offrant ses écailles une à une, il découvre l’amitié, la proximité et la joie, même si son apparence perd un peu de son éclat.
À ce stade, on pourrait être tenté de reprendre certaines critiques adressées au livre, mais il est important d’en comprendre le véritable sens. Il ne faut pas s’arrêter à l’idée selon laquelle le poisson « renonce à ce qui le rend unique ». Il conserve son identité, car son éclat prend simplement une autre forme, celle de la générosité. Le message est clair : le partage enrichit les relations et rend la vie plus belle. Si vous contribuez au succès des autres, ils contribueront aussi au vôtre. Alors n’hésitez pas à offrir, vous aussi, une petite « écaille » de résumé à un camarade en détresse !
Ce vieil ouvrage que nous avons tous lu un jour ou l’autre nous rappelle la valeur de la générosité et de l’empathie. Ce récit universel est pour moi un grand classique que nous devrions continuer à partager, autant avec les enfants qu’avec les adultes !

The City of Dreaming Books, Walter Moers – proposition de Domenic
Part of Moers’ Zamonia-Oeuvre, the City of Dreaming Books illustrates the journey of a young and impressionable Lindwurm, who ventures forth into the distance to find the city of dreaming books. Surrounded by iconic characters and fearsome monsters, the protagonist Hildegunst von Mythenmetz tells the tale of how he found the mythical font of inspiration called the Orm. Walter Moers masterfully depicts his renowned Zamonia setting anew, with the same outlandish and humorous way of writing as always. An absolute classic of german literature, it is a great gift for the holidays and an even better read for winter break.

Guérir par la marche, Dr. Éric Griez – Proposition de Charlotte
10’000 pas par jour pour rester en bonne santé. Vous connaissez sûrement cet adage. Et bien détrompez-vous, en réalité ce chiffre est né de la créativité d’un publiciataire japonais des années 60 à la recherche d’un slogan fort pour vendre des podomètres.
Vous êtes déçus … je le sais bien, je l’étais tout autant que vous en apprenant cela. C’est pour cette raison que je me suis retrouvée à lire l’ouvrage du Docteur Éric Griez, psychiatre licencié en philosophie, intitulé : « Guérir par la marche ».
En cette période, où, les examens approchant, notre anxiété croit au détriment de notre forme physique, ce livre arrive à point nommé. En un peu plus d’une centaine de pages, l’auteur expose le lien intime qui unit la santé mentale à l’exercice physique et offre une série de solutions simples pour lutter contre la sédentarité. Je ne vous en dirai pas plus et laisserai les plus curieux d’entre-vous découvrir par cette lecture combien de pas vous devriez faire chaque jour.

À la vie – Entretien avec Robert Badinter, Darius Rochebin – Proposition de Alexandre
Les biographies de grands hommes, aussi érudites soient-elles, sont parfois ennuyeuses. Les faits, les dates, quelquefois les citations, nous informent sur leur histoire, mais rarement sur l’homme ou la femme qu’ils ont été vraiment. Quelles ont été leurs joies, leurs regrets, leurs espérances ? Qu’est-ce qui a animé leur vie ? Quelles ont été leurs contradictions, leurs erreurs, leurs hontes ?
Si vous souhaitez percer l’humanité authentique d’un personnage illustre, au-delà des nombreuses biographies déjà écrites à son propos, alors il vous faut lire À la vie, entretien avec Robert Badinter par Darius Rochebin. Ce dialogue entre un journaliste affûté et un brin taquin, et cet homme immense qu’est Robert Badinter, vous ravira par sa clarté, sa vérité et son authenticité. Vous y découvrirez non seulement une histoire, mais surtout un homme au sens plein du terme qui, au-delà des exploits que vous connaissez probablement déjà, raconte sa vie, ses épreuves, mais aussi cette lumineuse foi dans l’avenir, le bonheur de vivre et une profonde humanité.

the vegetarian, han kang – proposition de Anna
This book starts of with hilarious, albeit on the nose, commentary on the modern male. But as we go further, it becomes so much more than that. For me, it ended up being a hearthwrenching reminder: humans cannot rest until they define everything around them. We will use our last bit of energy to define others, flatten them; to make their personalities translatable into dimensions a human brain can operate in. It’s thus important that you don’t get attahed to visions of others, becuase they will always be missing some parts of who you are. You don’t own anybody a certain perosnality. Trust only yourself to define you, and don’t be afraid to change. And try not to get psychotic in the process.
L’équipe HEConomist

