« Un spectre hante l’Europe : le spectre du communisme ». Ce sont les premiers mots du Manifeste du parti communiste, écrit par Karl Marx et Friedrich Engels. Il va sans dire que c’est probablement le manifeste qui a eu le plus grand retentissement d’entre tous les autres de son espèce. À tel point qu’il a été distribué comme une bible à ceux qui cherchaient à se révolter contre les Américains et ce qu’ils représentaient durant la Guerre froide. Un autre manifeste qui a su faire parler de lui est La société industrielle et son avenir, par Theodore Kaczynski, plus connu sous le funeste sobriquet de « Unabomber ». Un texte qui vise à dénoncer le consumérisme de la société moderne et son impact néfaste sur la nature. Certains groupes anarchistes d’extrême droite se réclament de sa pensée.
Un manifeste est, selon moi, avant tout un cri du cœur. Aux yeux de ceux et celles qui l’écrivent, c’est une vérité sur notre monde qu’ils cherchent à faire éclater au grand jour. Il arrive que cela soit accompagné d’actes violents, comme dans le cas de Theodore Kaczynski, qui a envoyé des colis piégés à des gens influents. Mais pas toujours, comme nous allons le voir. Ces textes sont parfois marginalisés, voire oubliés, et pour cause : ils sont souvent trop virulents pour la société, et même pour ceux qui partagent leurs convictions.
Mais aujourd’hui, je vous propose que nous remontions nos manches et que nous allions à la rencontre de ceux qui ont exprimé le fond de leur pensée sans se soucier de ce qu’on allait en penser. Laissez-moi vous présenter trois manifestes sur des thèmes aussi variés que le féminisme, la cuisine et l’orthodoxie.
Scum Manifesto :
Valerie Solanas est une Américaine, née en 1936, dans une famille d’ouvriers. Marquée dès le plus jeune âge par des abus de la part de son père, qui lui vaudront un premier enfant à l’âge de 14 ans. Elle sera plus tard de nouveau abusée par un marin. Très tôt, elle quitte sa famille et, pour survivre, elle se prostitue et vend son deuxième enfant (né du viol du marin) à une famille cherchant à adopter. Cet échange lui permettra de financer ses études en psychologie, dont elle ressortira brillamment diplômée.
Elle s’engage dans la lutte féministe, et en particulier dans sa frange la plus radicale. Elle aurait voulu travailler dans la recherche en psychologie, mais aucune bourse ne lui est attribuée. Dès lors, elle se lancera en tant que dramaturge. Elle cherchera à publier des œuvres qu’elle enverra notamment à l’artiste Andy Warhol. Il n’y prêtera pas attention, mais lui proposera des rôles dans ses films. Et puis un jour, Solanas débarque dans son atelier et lui tire dessus à trois reprises avant de se rendre à la police. Warhol sera gravement blessé, mais parvient à s’en tirer. Nous sommes en 1968 et le mouvement pour les droits civiques bat son plein ; son geste est donc hautement politique. Alors qu’elle se rend à son procès, elle déclarera à la foule de journalistes qui se presse pour l’interviewer que, pour comprendre qui elle est et la raison de son acte, il faut lire son manifeste. Ainsi, le monde découvre le Scum Manifesto.

Son image et son œuvre resteront à tout jamais liées à ce geste. Les raisons qui l’ont poussée à attaquer Andy Warhol en particulier ne sont pas très claires. La relation qu’elle entretenait avec Warhol était compliquée. Elle a notamment affirmé qu’il lui volait ses idées. Et, comme on va le voir, à ses yeux, lui ou un autre, il n’y a pas vraiment de différence. On peut donc se douter qu’elle s’en est prise à lui pour faire le plus de bruit possible.
Quand j’ai voulu le lire pour la première fois, je n’avais pas encore fait toutes ces recherches. Je savais que Valerie Solanas avait une pensée féministe radicale, mais je n’aurais pas cru à ce point. Étant moi-même un homme, la lecture a été quelque peu désagréable. Pour vous donner un petit aperçu, voici comment elle décrit les gens de mon sexe :
« Le mâle est un accident biologique ; le gène Y (mâle) n’est qu’un gène X (femelle) incomplet, une série incomplète de chromosomes. En d’autres termes, l’homme est une femme manquée, une fausse couche ambulante, un avorton congénital. Être homme c’est avoir quelque chose en moins, c’est avoir une sensibilité limitée. La virilité est une déficience organique, et les hommes sont des êtres affectivement infirmes. L’homme est complètement égocentrique, prisonnier de lui-même, incapable de partager, ou de s’identifier à d’autres ; inapte à l’amour, à l’amitié, à l’affection, la tendresse. Cellule complètement isolée, incapable d’établir des relations avec qui que ce soit, ses enthousiasmes ne sont pas réfléchis, ils sont toujours animaux, viscéraux, son intelligence ne lui sert qu’à satisfaire ses besoins et ses pulsions. Il ne connaît pas les passions de l’esprit ni les échanges mentaux ; il ne s’intéresse qu’à ses petites sensations physiques. Il n’est qu’un mort-vivant, un tas insensible, et pour ce qui est du plaisir et du bonheur, il ne sait ni en donner ni en recevoir. Au mieux de sa forme, il ne fait que distiller l’ennui, il n’est qu’une bavure sans conséquence, puisque seuls ont du charme ceux qui savent s’absorber dans les autres. Emprisonné dans cette zone crépusculaire qui s’étend des singes aux humains, il est encore beaucoup plus défavorisé que les singes parce que, au contraire d’eux, il présente tout un éventail de sentiments négatifs – haine, jalousie, mépris, dégoût, culpabilité, honte, blâme, doute – pis encore, il est pleinement conscient de ce qu’il est et de ce qu’il n’est pas. » (Valerie Solana, Scum Manifesto p.4)

En lisant cette section, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à des figures comme Patrick Bateman, protagoniste du film American Psycho, mais aussi au narrateur de Fight Club, ou à la manière dont Michel Houellebecq dépeint les hommes dans son livre Extension du domaine de la lutte. Ces trois œuvres décrivent, à leur manière, le même type d’homme : des cadres d’entreprises, matérialistes et nihilistes, qui doivent faire face à l’insignifiance de leur existence. Et bien que ce soient des caricatures, le fait que des hommes, sur internet, en aient fait des icônes au travers d’édits les mettant en scène à leur avantage montre que bon nombre d’entre eux s’y identifient, voire en font des modèles, oubliant trop souvent l’aspect minable de ces protagonistes que cherchent justement à dénoncer ces œuvres.
Valérie Solanas réussit donc là où ces auteurs ont échoué, en jetant sur la table et en disséquant la monstruosité de ceux qu’elle a longtemps fréquentés au travers de la prostitution et des abus sexuels.
Pour en revenir au propos du manifeste, il défend l’idée que la société a été construite par et pour les hommes, et que les seules choses qu’ils comprennent sont l’argent et la violence. D’où l’omniprésence des relations de pouvoir dans la société, qui transparaissent dans les institutions comme le mariage, l’armée, la police et le travail salarié.
D’ailleurs, si vous êtes un « performative mâle » ou un « allié » des féministes, je suis au regret de vous annoncer que vos efforts pour vous racheter de la domination patriarcale que vous reproduisez ne vous sauvent pas aux yeux de Solanas. Peu importe : dès le moment que vous êtes un homme, vous êtes, dans le meilleur des cas, un « godemichet ambulant ».
Elle va même plus loin en expliquant qu’avec les progrès de la science, on pourra se passer des hommes pour la reproduction. Ainsi, elle entrevoit une société faite uniquement de femmes, basée sur la créativité, l’authenticité et l’égalité.
J’ai cherché s’il y avait des héritières qui avaient repris ce manifeste comme base idéologique, et je n’en ai pas trouvé. Même des groupes comme le 4B en Corée ne revendiquent pas son manifeste, bien qu’ils partagent cette volonté d’une communauté, voire d’une société sans hommes.
J’ai en revanche trouvé une artiste qui a repris ce texte pour en faire une performance artistique sur scène. C’est une pièce plutôt brutale. Aussi, une femme juive a repris l’idée du manifeste pour dénoncer la misogynie intrinsèque à sa religion (voir la bibliographie). Valérie Solanas me fait penser à Virginie Despentes, une activiste féministe qui a aussi écrit sur son expérience des hommes au travers de la prostitution et qui soutient la liberté sexuelle des femmes.
En effet, malgré le retentissement de sa tentative d’assassinat sur Andy Warhol et de son manifeste, Valérie Solanas est une figure un peu oubliée du féminisme, considérée comme trop radicale par ses comparses. D’ailleurs, pour son crime, elle n’écopera que de trois ans en hôpital psychiatrique.
Bien que ce texte soit brut et violent, il faut admettre qu’il ne manque pas de style, et c’est peut-être grâce à cela qu’il continue d’être réédité avec autant de succès de temps en temps.
Don’t eat before reading this :
Pour notre deuxième manifeste, je vous propose un peu de légèreté, car ce texte n’a pas été défini par son auteur comme un manifeste. Mais voilà : à mes yeux, il coche les cases pour en être un. Il expose les quatre vérités sur le milieu de la cuisine des restaurants sans rien épargner, dans un style chirurgical et joliment imagé. Ce texte a eu un vrai retentissement.
Son auteur, Anthony Bourdain, connaît bien le milieu : il a été chef cuisinier pendant plusieurs décennies, voyageant de cuisine en cuisine, notamment à New York, où il a fini par travailler dans une brasserie française. Par son père, il est lui-même français. C’est d’ailleurs durant l’un de ses voyages pour rendre visite à sa famille qu’il découvre sa passion en mangeant pour la première fois une huître.

Durant sa carrière de chef, il finit par s’ennuyer. De son propre aveu, il a eu quelque problème avec la drogue durant cette période. Il cherche quelque chose pour exprimer plus librement sa créativité. C’est ainsi qu’il publiera deux livres qui ne connaîtront pas un grand succès. Malgré sa passion pour la nourriture, il semblerait qu’il ait longtemps nourri le rêve de fuir les cuisines. C’est pourquoi, dans un élan désespéré, il écrit et envoie un article qu’il intitule Don’t Eat Before Reading This au journal The New Yorker. À sa grande surprise, il sera publié et deviendra même un best-seller. C’est ainsi qu’il se fera vraiment connaître aux yeux du grand public. Dans ce texte, il expose les travers du monde de la cuisine sur un ton particulièrement sardonique.
Pour commencer, il passe en revue différents aliments phares des cartes de restaurant, comme le poisson. Souvent, il est servi alors que cela fait trois ou quatre jours qu’il traîne dans un frigo que l’on ouvre et referme presque en permanence en cuisine. Pour avoir du poisson frais, il vaut donc mieux réserver une table le jour où le restaurateur reçoit sa livraison, c’est-à-dire le vendredi.
Vous commandez une viande cuite à point ? Merci, espèce de lourdaud : voici le morceau de semelle plein de nerfs et de muscles qui traînait dans un coin et que le chef ne pouvait dresser sur l’assiette d’un client au goût plus raffiné. Vous, avec votre palais de doberman, vous allez le broyer et l’apprécier sans problème.
Et puis, selon Bourdain, il n’y a rien de pire que les végétariens et les brunchs. Car c’est une cuisine souvent pauvre et peu intéressante. Bien qu’il admette que les végétariens n’aient pas complètement tort d’éviter la viande au vu de son traitement dans certains élevages et des conditions de conservation en cuisine. Mais les brunchs sont vraiment une insulte : ce ne sont que quelques omelettes, du bacon et des pommes de terre sautées. Un autre plat sans intérêt pour un chef. Ils font seulement plaisir au patron parce qu’ils permettent de vendre des produits peu chers, comme des œufs, à un prix faramineux.
Et oui, un chef doit composer avec les exigences de sa clientèle, mais aussi avec celles du propriétaire du restaurant, qui veut à tout prix éviter la fermeture. C’est pour cela qu’on ne jette rien et qu’on recycle tout, jusqu’au pain et au beurre qu’on met sur les tables. Pas par souci de ne pas gaspiller, mais simplement pour limiter les coûts.

Bref, la cuisine, c’est un drôle de bunker dans lequel on enferme des malins génies obsédés par la qualité du goût, censés faire oublier la qualité des aliments, qui triment comme des malades pendant des horaires impossibles. Ils sont plongés dans une atmosphère que peu de gens normaux supporteraient, à cause de la pression, des odeurs d’huile de friture et de poisson plus très frais. Ils sont surveillés par un chef qui suit et orchestre leurs manœuvres avec la plus grande précision pour assurer le timing du service.
Bien que ce « manifeste » ne s’inscrive pas dans le développement d’un mouvement de cuisiniers radicaux et que son propos ne soit pas, à mon sens, politique, il apporte un regard singulier sur ce que nous consommons et sur cet « art de la table » qui fait partie intégrante de nos cultures, quel que soit son style.
D’ailleurs, la notoriété qu’Anthony Bourdain gagnera grâce à ce texte lui permettra de quitter les cuisines pour vivre de son écriture. Il fera plusieurs émissions de télévision où il voyagera à travers le monde pour rencontrer des cuisiniers de tous les pays et goûter leurs spécialités. Certains épisodes sont sur YouTube et je ne peux que vous recommander de les découvrir, si ce n’est pas déjà fait. Vous y découvrirez un amoureux de la cuisine flegmatique, à la recherche d’autres passionnés.
Death to the World :
Ce texte est, à mon sens, l’un des plus intéressants de cette petite sélection. Un punk, faisant partie d’un groupe de métal, devient un moine orthodoxe. On m’a souvent dit que cela ressemblait au début d’une blague. Mais non.
Dans les années 90, Justin Marler est le guitariste du groupe Sleep, qui fait partie de la scène métal punk américaine. Il s’est converti à l’orthodoxie et en fait la promotion autour de lui. Sa foi doit prendre une part de plus en plus importante dans sa vie, car il cherche à la partager le plus largement possible. C’est pourquoi, lors des concerts, il distribue un zine (une forme de petit magazine autoédité) qui s’intitule Death to the World.

Ce texte vise à présenter la foi orthodoxe aux punks qui viennent assister à ses concerts. Il veut s’adresser à ces rebelles pour les convaincre que c’est la voie de ceux qui se rebellent contre le monde moderne. Le zine, à l’esthétique très singulière, fait beaucoup parler de lui et gagne une vraie notoriété. Et puis Marler quitte le groupe et se fait moine dans un monastère en Alaska. Durant cette période, il écrit d’autres livres où il développe sa pensée antimoderniste.
Laissez-moi maintenant vous présenter les idées principales de Death to the World : Il s’adresse aux punks, qui sont ceux en quête de vérité. Une quête qu’ils remplissent à moitié en rejetant le monde moderne. Selon lui, ceux qui ont découvert la vérité sont les moines, grâce à une vie de privations et de douleurs. Pour ce faire, ils sont « morts », c’est-à-dire qu’ils ont fui le « monde ».
Par « monde », il entend toutes les passions qui détournent l’Homme de cette quête de vérité et donc de Dieu, de Son amour. Les passions sont l’amour de la richesse, le désir de posséder, le plaisir de la possession, l’amour de l’honneur et la soif de pouvoir. La souffrance physique est la meilleure voie pour atteindre l’amour de Dieu. Pour cela, il faut par exemple se priver de nourriture pendant un ou plusieurs jours.
Il s’attaque aussi à l’iconisation des politiciens, notamment dans les régimes autoritaires, qui détourne le peuple de Dieu. Il donne pour exemple l’histoire du père Gabriel, qui a brûlé le portrait de Lénine pendant une manifestation en Géorgie. Selon la légende, il aurait appelé le peuple à se détourner de ses fausses idoles. Il sera violemment lynché par la foule et s’en sortira de justesse. Après quoi, il vivra dans la honte et le mépris général. Même l’Église orthodoxe se détournera de lui.

Ainsi, il illustre le fait que les moines, les religieux, sont les vrais rebelles de ce monde, ceux qui connaissent la vérité (Dieu).
Pour certaines communautés orthodoxes, ce texte est considéré comme un véritable manifeste en faveur de la philosophie orthodoxe, en particulier en ligne où l’on trouve des vidéos mettant en scène ses mots. Mais il ne fait pas l’unanimité.
Quelque chose que je ne vous ai pas dit sur Marler, c’est qu’après sept ans de vie monacale, il est retourné dans le monde. Les raisons derrière cette sortie ne sont pas claires. Ce n’est pas un cas isolé : de nombreux religieux quittent chaque année les rangs des ordres. Les témoignages sont variés ; cela dépend beaucoup des personnes. Il arrive que quelqu’un cherche dans la vie religieuse quelque chose qu’il ou elle ne trouve pas ou qui n’advient pas. C’est une vie qui peut aussi être exigeante et difficile sur bien des aspects.
Mais il faut croire qu’il n’a pas quitté la communauté en étant trop fâché avec la religion, puisqu’il a par la suite créé un groupe de metal chrétien. Pour ma part, je crois qu’au vu de ce que prônait Marler, notamment une vie particulièrement ascétique et la quête qui a animé sa conversion, que ce soit un peu des deux. Mais ce n’est qu’une intuition, ça vaut ce que ça vaut.
Conclusion :
Comme je l’ai dit dans l’introduction, un manifeste est un cri du cœur. Il vient des entrailles de ceux qu’on ignore ou qu’on ne voit pas et qui savent que, s’ils ne font rien, ils resteront des marginaux. Ces cris ont chacun leur signification, mais, généralement, ils cherchent à lutter contre ou pour quelque chose.
Solanas voulait détruire le patriarcat, Bourdain sortir des cuisines desquelles il ne voyait plus d’issue, et Marler avait sa quête de vérité à accomplir.
Au travers de ses mots, la personne se lance dans une charge solitaire vers la reconnaissance. Le prix à payer est lourd, car elle s’offre au monde et celui-ci en fera dès lors ce qu’il veut : un marginal oublié ou une icône plate.
C’est pourquoi, j’ai tenté de remettre ses textes dans leur contexte, car pour vraiment comprendre un manifeste, il faut s’intéresser à la démarche de ses auteurs. Je vous invite chaudement à les lire vous-mêmes pour que vous ayez votre propre avis. Dans la bibliographie, vous trouverez des liens vers leurs versions PDF.
D’ailleurs, s’il vous venait l’envie d’écrire un manifeste, grand bien vous fasse ! Mais n’oubliez pas que, dès lors, votre destin sera lié à ses lignes à tout jamais, pour le meilleur comme pour le pire.
Matthieu Sahli
Sources des images :
« It’s why all chef are drunks » image :
Photo shema monk tenant un crâne :
Bibliographie :
Don’t eat befor reading that :
Image Valérie Solana dans le style d’Andy Warhol :
Valerie Solana, un peu de contexte :
Performance basée sur le scum manifesto :
Don’t eat befor reading that :
Présentation d’Anthony Bourdain :
Pourquoi quitter la vie religieuse ?:




