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De l’air et de l’eau comme prochain substitut à la protéine animale

Aujourd’hui, alors que le secteur agricole représente 24% des émissions de gaz à effet de serre mondiales, 10% de la population souffre de malnutrition à travers le monde. Face à ce double défi environnemental et humain, « Solar Foods » propose une alternative à base d’air et d’eau qu’il estime 20’000 fois plus rentable que l’agriculture traditionnelle.

Une prise de conscience et une réponse progressive.

Que ce soit pour des raisons éthiques ou environnementales, on assiste depuis plusieurs années à une demande croissante de substituts aux protéines animales et c’est ainsi que plusieurs alternatives ont vu le jour. Par exemple, nous avons tous déjà pu voir dans un supermarché des steaks végétariens qui sont souvent à base de soja, de céréales ou de légumineuses. Parallèlement à cela, des entreprises comme « Beyond Meat » ou « Impossible Foods » proposent elles aussi des steaks composés entièrement de végétaux mais qui cette fois ressemblent à s’y tromper à des steaks de viande. On assiste aussi depuis peu à la création de viande de synthèse : un produit carné produit grâce à la culture cellulaire qui ne demande ni élevage, ni abatage d’animaux. C’est ici que le « Solein » intervient et brise tous les codes : une farine composée à 65% de protéines obtenu grâce à l’exploitation d’hydrogénotrophes, des organismes capables d’utiliser l’hydrogène comme source d’énergie.

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Un concept de fabrication qui ne nous est pas tout à fait inconnu

Les humains utilisent la fermentation depuis des milliers d’années pour produire du vin ou de la bière, par exemple. Le principe est simple : la levure, un organisme unicellulaire, va produire de l’alcool et du CO2 à partir de glucose. Dans le cas du « Solein », on va aussi utiliser des bactéries mais celles-ci vont consommer et fournir des intrants et extrants différents. Les deux principaux inputs sont obtenus à partir de l’eau et de l’air : l’hydrogène est obtenu en séparant les composants de l’eau grâce à de l’électricité et le dioxyde de carbone est directement capturé dans l’atmosphère. Dans un bioréacteur semblable à ceux utilisés dans les brasseries, le chimiste ajoute à l’eau et aux bactéries un mélange d’hydrogène, de CO2 et de nutriments comme de l’azote, du calcium, du phosphore et du potassium. Les microorganismes vont alors se développer et se multiplier, puis ils seront séchés. On obtient alors une farine jaune-orangé dont le goût ressemble à celui du blé et dont la composition en macronutriments se rapproche de celle du soja ou des algues. A ce stade, la préparation est prête à être transformée en produit alimentaire comme des pâtes, du pain ou tout ce que l’on peut imaginer.

Un bilan environnemental plus qu’encourageant.

Dans un contexte comme le nôtre, où l’utilisation et l’épuisement des ressources est un enjeu crucial pour l’environnement et l’humanité, le « Solein » semble nous donner une lueur d’espoir.

Sa production est totalement déconnectée de l’agriculture et cela offre donc une certaine sécurité que le monde de l’agroalimentaire actuel ne peut pas garantir. En effet, la production agricole est sujette à de nombreux facteurs comme la météo, le climat ou les maladies qui peuvent totalement ravager les récoltes ainsi que les élevages et provoquer de graves crises alimentaires. De plus, en conséquence du réchauffement climatique, le monde risque d’être sujet à la multiplication des intempéries extrêmes et les choses ne devraient donc pas aller en s’arrangeant.

Si on s’attarde sur la consommation de ressources engendrée par la production de cette fameuse poudre jaune, le bilan est encore plus positif. Pour une même quantité de protéines créée, la production de « Solein » consomme 200 fois moins d’eau que la production de bœuf. En plus de cela, la place nécessaire pour produire un kilo de protéines est respectivement 20 fois et 200 fois moins importante que pour des plantes et du bœuf. Le gain de place que pourrait engendrer le remplacement de l’agriculture traditionnelle par cette solution pourrait être utilisé pour la reforestation. Ainsi, cette alternative pourrait avoir une empreinte carbone négative même si, sans cela, elle est déjà minime comparée aux autres cultures.

 

« Solar Food » n’est peut-être pas la solution miracle à tous les problèmes agroalimentaires et environnementaux auxquels nous faisons face actuellement. Cependant, ce genre de découvertes et d’initiatives sont très prometteuses et ouvrent la porte à tout un champ de possibilités sur les nouvelles façons de produire et de consommer. Les objectifs que l’entreprise doit désormais atteindre pour s’imposer sont de devenir totalement neutre en émission de carbone d’ici 2023, notamment grâce à l’utilisation de panneaux solaires pour s’alimenter en énergie, mais aussi bien entendu de séduire le public d’ici la commercialisation de son produit.

Marceau Bergeon

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