Tedium

Extraits repensés partie II : Le Tedium

Cet article est le deuxième d’une série de trois articles intitulée « Extraits repensés ». Vous pouvez trouver le premier volet ici en attendant le troisième volet qui sera disponible le 23 avril.

« J’ai envie de sauter cette période et d’être directement en été ». On a tous eu ces périodes, appelons-les les périodes de tedium, où l’on veut juste cliquer sur le bouton magique « passer », pour passer à la prochaine période plus joyeuse et moins stressante. On tombe dans un certain cercle où l’on en a juste marre d’à peu près tout, de la routine, et l’on a juste envie de boire des cocktails sur un transat, avec vue sur la mer, le tout en bonne compagnie. Ces périodes où l’on vit tellement dans la négativité, où l’on délaisse nos passe-temps favoris, ce qui poursuit encore plus le cercle dans lequel on est.

Mais nous devrions prendre un moment et apprécier ces périodes. Prendre un moment et utiliser ces périodes pour faire de nous-mêmes quelqu’un de meilleur et de plus mature. Car ce sont ces moments qui construisent une personne. On nous avait prévenus. On le savait très bien que la vie, ce n’est pas que des roses et des bonbons au caramel. En plus, je n’ai pas une fois entendu quelqu’un me dire que le temps ne passe pas vite. Hier encore j’avais vingt ans, c’est ce que disent les personnes qui avaient vingt ans hier et qui n’ont pas vu le temps passer.

La plus grande phobie de la grande majorité des gens, c’est d’être seul, de se sentir abandonné. C’est aussi pour cela que les périodes où l’on veut juste passer au prochain chapitre semblent les plus difficiles et semblent durer une éternité. Malgré cela, la solitude et la routine sont à la fois nos plus beaux cadeaux et nos plus grandes peurs. C’est en étant seul que l’on apprend à mieux se connaître et à savoir ce que l’on veut réellement. Parce que ce que l’on veut, ce n’est peut-être pas aller à la grande soirée ou au dernier évènement dont tout le monde parle. Qui sait, la soirée sera peut-être un somptueux désastre et on se retrouvera au petit matin en train de regretter d’être allé à cette foutue soirée. J’ai appris à sacrifier l’évènement palpitant du moment et traîner avec moi-même, pour parler de moi-même, avec moi-même et moi-même. Cela ne m’a fait que du bien.

Nous avons tous des problèmes, certains en ont sûrement plus que d’autres et certains moins. Et certains ont déjà eu le même problème que l’on a maintenant et d’autres l’auront dans le futur. Mais le bonheur vient de la résolution de ces problèmes. Vous avez bien remarqué que plus vous faites des choses, plus vous faites des choses. C’est pour cela que je fais mon lit dès que je me réveille le matin. La vie est une constante de problèmes. Lorsqu’un problème est résolu, il en crée un nouveau. Si le problème d’avoir un bébé est résolu, le problème de s’occuper de ce bébé survient. Si le problème de décrocher un prêt est résolu, le problème de le payer survient. Et n’oubliez pas que c’est dingue, mais quand tout va mal, tout peut devenir infiniment pire.

Notre cerveau est très puissant, assez puissant pour nous faire croire des choses qui ne sont pas. Et après tout, c’est nous qui choisissons comment on se sent. Je suis d’accord que la situation est parfois plus forte que nous et qu’il n’y a aucun moyen d’échapper à certaines fatalités, mais c’est quand même nous qui sommes constamment en train de choisir comment on se sent, notamment de se sentir mal lors de ces évènements fort déplaisants. Si ta copine ou ton copain a soudainement décidé de te quitter après deux ans de relation, c’est terrible, mais c’est quand même toi qui décides d’être triste, ou toi qui décides d’aller voir ailleurs. Ne blâme pas tes actions et tes émotions sur les actions des autres. C’est aussi toi qui décides d’être complexé parce que ton prof de sport t’a dit au collège que tu cours comme une marionnette, ou que tu ne sais pas jouer au basket.

Sauf si l’on a plusieurs vies, il est impossible sur Terre d’exceller dans tous les domaines. Le Rockstar problem de M. Manson nous montre que beaucoup d’artistes, même s’ils ont vécu toutes leur vie couronnés de succès et aimés par une grande audience internationale, finissent par souffrir car ils n’ont pas atteint un certain niveau de notoriété et de réussite égal à leurs concurrents, ou parce qu’ils n’ont pas réussi à fonder une famille dans un environnement sain. Beaucoup de sportifs de classe mondiale sont des abrutis et beaucoup sont tous simplement hantés par le fait de ne pas avoir pu poursuivre leurs rêves de devenir astronaute ou de décrocher un prix Nobel. Alors que d’autres sont très satisfaits par moins. D’autres n’ont pas atteint le dixième du talent ou du succès des personnes qui les entoure, mais ils vivent toutefois heureux et satisfaits. On lira sur leur épitaphe qu’ils ont bien vécu. Mais alors si le but n’est pas d’exceller, à quoi bon ?

Au bon vieux temps, aux temps de nos arrière-grands-parents, un homme ayant l’impression de ne pas être comblé, se retournera vers sa femme et lui dira : « Louise, aujourd’hui je me sens comme de la merde de vache, mais je suppose que c’est ça la vie », et il continuera de pelleter. C’est ce comportement de nonchalance que j’essaie d’adopter dans mes périodes de tedium. Et à force, je prends du plaisir au fait de vivre la routine.

Dans cette vie, on regrettera plus les choses que l’on n’a pas faites que les choses qu’on a faites. Alors à quoi bon se coincer dans un cercle vicieux dans lequel, en plus de s’ennuyer, on n’essaie pas de se construire. Ce n’est pas une histoire de courage, mais on a bien remarqué que pour exceller dans un domaine, on doit se donner corps et âme à cette cause. Certains diront que le seul endroit où le succès se trouve avant le travail, c’est le dictionnaire.

J’ai accepté le fait qu’il y a des périodes où tout est bonbon et chocolat, et que ces périodes sont suivies par des périodes de tedium. Suivant cette dynamique, j’ai compris que si l’on n’apprécie pas ce que l’on a, on ne sera pas rassasié si l’on a ce que l’on veut, on voudra toujours plus, et c’est normal, c’est le trait le plus commun chez l’être humain. En acceptant cela, je m’occupe dans mes chapitres de tedium, et j’essaie d’apprendre et d’être actif. Comme l’a dit Socrate, le seul bien est la connaissance et le seul mal est l’ignorance.

Le monde a été créé avec une parfaite balance de bien et de mal. S’il n’y pas de mal, comment peut-on établir le bien ? Essayez de faire une analogie avec notre situation. S’il n’y a pas de périodes de tedium, l’été ne sera pas aussi amusant. Mais Khalil, à quoi ça sert tout ce que tu nous racontes ? Vous remarquerez que dans ces articles, je ne vous apprends pas énormément, mais en vous récitant des faits, je vous fais réaliser les plus banales vérités. Et c’est ainsi que je vous ouvre les yeux pour que vous sachiez profiter de chaque instant avant qu’il ne soit trop tard. Pour que lorsque vous faites les cent pas et que vous vous retournez, vous comprenez comment la Terre va tourner.

Je vous dis à la semaine prochaine.

Tedium
Khalil Elaouani
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