Le lion de Lucerne et l’histoire du 10 août 1792

Presque tout le monde qui est allé à Lucerne a dû remarquer l’immense monument en grès d’environ 10 mètres de long et 6 mètres de large qui est juste derrière un bassin rempli d’eau. Le lion gigantesque est marqué dans une cavité qui ressemble beaucoup à la silhouette d’un sanglier. Ce monument, le Lion de Lucerne, se trouve parmi les plus importants en Suisse. Mais que se cache-t-il derrière cette façade en pierre ? Quelle est l’histoire de cette œuvre et pourquoi est-elle devenue aussi polémique ? Après deux siècles, son caractère polémique semble assoupi, mais il pourrait ressortir à tout moment. D’abord, il faut bien comprendre le contexte dans lequel cette œuvre s’achève et dans quel but cela s’est fait.

Le 26 août 1789 voit le jour de la rédaction de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, confirmant l’abolition de l’Ancien Régime et de la société des privilèges. La division de la société en trois ordres, le clergé, les nobles et les tiers états, est remplacée par l’établissement d’une égalité affirmée par le premier article de cette déclaration : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».

Après avoir refusé dans un premier temps de signer cette déclaration, Louis XVI a changé d’avis lors d’une immense manifestation à Versailles. Il accepte de quitter Versailles pour s’installer au Palais des Tuileries à Paris avec Marie-Antoinette et son fils. Au fur et à mesure que la révolution se déroule, les Gardes-Françaises prennent le parti du peuple et participent aux événements révolutionnaires. Il ne reste que la Garde Suisse pour protéger le roi. Ils sont responsables de défendre le bâtiment.

Sculpture d une lion agonisant

Le 10 août 1792 est l’un des jours les plus décisifs et importants après le 14 juillet 1789 et un cauchemar dans l’histoire du service de la Garde suisse pour la France. Elle aura des conséquences complètement inédites : la chute de la monarchie constitutionnelle, incarnée par Louis XVI, tant décrié depuis un an, et le début de la Terreur, politique répressive menée par Robespierre dans un premier temps. Après d’autres événements, à l’instar du refus par le roi des décrets de l’Assemblée législative, c’est assurément la fuite de Louis XVI et son arrestation à Varennes, en essayant de partir en Autriche chez le frère de Marie-Antoinette, le 20 juin 1791, qui a fini par discréditer sa légitimité souveraine. De plus, depuis avril, la France est en guerre contre l’Autriche. Elle le sera bientôt contre la Prusse. Louis XVI est accusé de pactiser avec l’ennemi. Les Parisiens sont en colère.

Le 1er août, on apprend à Paris que le duc de Brunswick, commandant des troupes ennemies, menace la ville de destruction s’il devait être fait le moindre affront à la famille royale. L’insurrection monte. Ce matin, le 10 août 1792, pendant que quelques royalistes chantent l’air célèbre de Grétry, « O Richard, O mon Roi, l’univers t’abandonne ! », seule, à leurs côtés, une unité d’élite, restée fidèle et en bon ordre, veille à ce que la monarchie s’écroule avec dignité. Ce jour-là, le peuple va envahir les Tuileries. En revanche, le roi a quitté les lieux le matin pour se réfugier auprès de l’Assemblée.

Le premier assaut est donné à 9h30. Les combats dureront jusqu’à 16h30. Pendant ce temps-là, Louis XVI aura fait transmettre l’ordre aux Suisses de déposer les armes et de retourner dans leurs baraquements. En voyant le climat affreux qui règne ce jour-là aux Tuileries, c’est une véritable condamnation à mort. Les Suisses, appelés depuis des décennies à assurer principalement des tâches de police, détestés par les Gardes-Françaises qui sont passés du côté de la Révolution, ancrés dans leur fidélité à un monarque accusé de pactiser avec l’ennemi extérieur, sont clairement à ce moment-là haï par la population. Le carnage sera à l’échelle de cette haine. Des soldats sont égorgés, d’autres littéralement découpés en morceaux. Combien d’entre eux mourront-ils ce jour-là ? Les chiffres changent selon les sources : 760, 630, etc.

« Les uniformes rouges des huit cents Suisses, assis ou couchés sur les paliers, sur les degrés, sur les rampes, faisaient ressembler d’avance l’escalier des Princes à un torrent de sang », écrivit plus tard Lamartine dans son Histoire des Girondins. Quatre cents d’entre eux se sont faits massacrés pendant qu’ils défendaient Louis XVI.

Quelle était la fonction de ces gardes suisses et pourquoi méritent-ils d’avoir ce monument grandiose à Lucerne ?

En 1616, Louis XII constitue un régiment permanent de gardes suisses. Alors que les Cent Suisses assuraient la garde du dedans, les Gardes suisses étaient chargés de celle « du dehors ». Les officiers étaient recrutés exclusivement parmi la noblesse et le patriciat et il y avait des charges qui étaient exclusivement héréditaires. Il ne s’agissait pas officiellement d’un corps de la Maison militaire du roi de France, mais il en prit toutes les fonctions. En plus, ils étaient dépositaires des Sceaux du Roi et gardiens des Joyaux de la Couronne Royale. Ils formaient le deuxième corps permanent étranger au service du Roi.

L’utilisation d’unités de Suisses pour assurer la garde de la royauté se retrouvait dans de nombreuses cours européennes à partir du XVème siècle. En France, on distingue trois catégories d’unités militaires suisses utilisées par le pouvoir royal. Il y a d’abord les unités de la Garde royale, ensuite des unités suisses au sein des autres Gardes : Garde des reines-régentes, des princes du sang, des grands officiers. Finalement, on peut trouver les régiments de lignes suisses qui, même commandés par des officiers venant des Gardes suisses, ne sont pas des unités de gardes.

Près d’un million d’Helvétiques ont servi ainsi la France, jusqu’en 1830. Le service des Suisses en France a eu une fonction précise qui était beaucoup plus grande en durée et en importance que celle tenue par les autres troupes étrangères présentes dans le royaume.

Leonor Piedrafita Alfaro
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SOURCES (cliquez sur les titres pour en savoir plus)

Mémoire des gardes suisses tombés au service de Louis XVI

Reportage

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