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Les FemTech : révolution ou opportunité ?

La santé des femmes est passée du statut de préoccupation secondaire à celui d’intérêt croissant, et constitue aujourd’hui un marché en plein essor. Comment expliquer ce phénomène ?

Qu’est-ce que la FemTech ?

Il s’agit de la contraction de « female » et de « technology ». Cela renvoie donc à l’utilisation de la technologie au sens large pour améliorer la santé féminine et le bien-être féminin. Autrefois un marché de niche, il occupe désormais la place de marché en pleine expansion. Ida Tin, fondatrice de l’application de suivi des règles Clue, a introduit ce terme en 2016, qui est désormais utilisé à l’échelle internationale.

Pendant longtemps, les femmes étaient sous-représentées dans les essais cliniques. Selon Antoinette Pechère-Bertschi, responsable du centre d’hypertension aux Hôpitaux universitaires de Genève, « alors que les femmes comptent pour 49,6% de la population mondiale, elles ne représentaient en 2009 que 38% des sujets inclus dans les études avec financement public publiées dans les journaux de médecine interne à fort impact ». En ce qui concerne la recherche pour la santé des femmes, le potentiel est donc très important.

La médecine évolue avec la société et se focalise désormais davantage sur les besoins des femmes. L’Espagne a ainsi introduit un congé menstruel financé par l’État pour celles qui subissent des douleurs intenses pendant leurs règles, illustrant un changement remarquable.

Le marché de la FemTech comprend de nombreux sous-secteurs, les plus investis sont la grossesse et l’allaitement avec 21%, puis la reproduction et la contraception avec 17% et la menstruation avec 14%.

Ce terme s’applique principalement aux produits, services, applications et logiciels, aux dispositifs médicaux, à la télésanté, aux produits portables, au matériel, aux médicaments thérapeutiques, aux vitamines et aux suppléments, aux plateformes numériques et aux produits de consommation conçus pour améliorer ou soutenir la santé et le bien-être des femmes.

Mais quelles sont concrètement ces innovations technologiques qui concernent la santé féminine ? En voici quelques exemples : un test urinaire détectant les maladies sexuellement transmissibles, une montre connectée indiquant les jours d’ovulation afin de tomber plus facilement enceinte, une application de suivi de règles, un thermomètre connecté à une application qui indique les jours de fertilité, etc.

En Suisse, la start-up Rea Diagnostics a même développé une serviette hygiénique connectée en collaboration avec le CHUV. Une puce miniaturisée est intégrée à l’intérieure de la serviette, qui détecte les biomarqueurs d’une naissance prématurée. Les analyses sont envoyées sur un smartphone, si le test est négatif il n’y a pas de risque de fausse couche pendant les sept prochains jours. Cela permet aux femmes de faire ce test depuis chez elles, et aux docteurs de suivre leurs patientes et de prendre des décisions préventives. La start-up envisage une mise sur le marché pour la fin de l’année 2024.

Un marché en plein essor

Les investisseurs ont rapidement identifié une opportunité dans ce secteur spécialisé. Encore peu connue il y a quelques années, la FemTech est désormais en plein essor en Amérique du Nord, au Royaume-Uni et en Suisse. À l’échelle mondiale, le marché de la santé féminine est déjà estimé à 25 milliards de dollars américains. Les experts considèrent que ce chiffre doublera dans les cinq prochaines années.

Le marché de la FemTech s’est ainsi transformé en un solide écosystème de startups et d’entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies afin de créer des produits destinés à répondre aux besoins des femmes. Ce marché compte plus de 1300 entreprises à travers le monde, dont plus de 80 sont en Suisse.

Ces dernières années, il y a eu un investissement important dans les entreprises de FemTech, avec un montant total des financements atteignant 19,7 milliards de dollars en décembre 2022. Il devrait atteindre 79,4 milliards de dollars d’ici 2025.

Selon le rapport de l’agence FemTech Analytics, une société britannique d’analyse stratégique spécialisée dans l’étude de la FemTech, les pays leaders qui comportent le plus d’entreprises dans le sous-secteur FemTech Longevity étaient en 2022 les Etats-unis (56%), suivi de la Suisse (12,5%), et en troisième position l’Israël (6,3%) et l’Angleterre (6,3%). Enfin, Le plus grand nombre d’entreprises, soit 56 % du total du sous-secteur FemTech Longevity, affichent un chiffre d’affaires estimé entre 1 million de dollars à 10 millions de dollars.

L’intérêt de la Suisse pour les FemTech

Mais malgré un intérêt pour ce secteur ainsi qu’une forte croissance, il demeure sous-financé. Afin de favoriser les investissements dans ces entreprises, plusieurs initiatives ont été mises en place.

La Suisse ne fait pas partie des plus timides en matière d’investissement dans ce secteur : en 2021, elle a investi presque 400 millions de francs. Cela la place au quatrième rang mondial, derrière les États-Unis, Israël et le Royaume-Uni.

En Suisse, l’EPFL et le Groupe Mutuel se sont associés pour lancer Tech4Eva, un accélérateur de start-up consacré à la promotion des FemTech. Le programme Tech4EVA est le premier de ce type en Europe continentale. Il a donné pendant neuf mois l’opportunité à des startups à haut potentiel de participer à des séminaires, recevoir un coaching, rencontrer des investisseurs et d’aller à des roadshows. 20 startups, dont quatre entreprises suisses, ont participé́ à la troisième version de ce programme et présenteront leur parcours à Lausanne.

Parmi les startups sélectionnées pour le programme Tech4EVA de 2022, on retrouve Moona, une startup française qui a créé un oreiller de refroidissement intelligent aidant à réduire l’apparition des bouffées de chaleur et des sueurs nocturnes suite à la ménopause, ou encore FimmCyte, une startup suisse qui a pour objectif le développement d’un traitement contre l’endométriose.

Le Dr Heike Dorninger, associée au sein du Groupe BCG et experte du secteur de la santé, souligne que « dans le monde entier, les investissements en capital-risque dans les FemTech ont triplé au cours des cinq dernières années. En Suisse aussi, de plus en plus d’investisseurs reconnaissent le potentiel du marché, qui est loin d’être épuisé. Les entreprises locales se concentrent surtout sur les questions liées à la grossesse et à la fertilité ».

Nous pourrions nous demander quels risques présentent les FemTech, notamment concernant la récolte de données sensibles et leur utilisation détournée. Dylan Hofmann, doctorant FNS en droit de la santé à l’Université de Neuchâtel, s’interroge ainsi sur le traitement de ces données personnelles et le risque que des autorités pénales s’en saisissent.  En matière d’avortement, cela pourrait s’avérer délicat, puisque cela permet d’obtenir un historique complet de la grossesse et de son interruption.

Victoire Bouquet
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SOURCES (cliquez sur les titres pour en savoir plus)

https://www.letemps.ch/sciences/sante/mieux-prendre-compte-sante-femmes-sousrepresentees-essais-cliniques

https://bigmedia.bpifrance.fr/news/quest-ce-que-la-femtech

https://longread.epfl.ch/dossier/femtech-linnovation-sans-tabou/

https://analytics.dkv.global/femtech-industry-landscape-q4-2022/teaser.pdf

https://www.unine.ch/unine/home/pour-les-medias/communiques-de-presse/femtech–une-bonne-idee-a-mieux.html

https://www.rts.ch/info/economie/13107371-le-marche-de-la-femtech-secteur-prometteur-en-suisse.html

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