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Le Papy-Boom de 2020

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Nous avons tous déjà entendu parler du baby-boom : cette soudaine hausse du nombre dʼenfants suivant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Car avec la baisse de la mortalité infantile, le nombre dʼenfants atteignant lʼâge adulte augmente. La fécondité de la génération suivante a tendance à sʼy adapter. Mais avec ce décalage dʼune génération, il en résulte une soudaine augmentation de la population. Cʼest bien ce qui caractérise une transition démographique.

À lʼéchelle mondiale, les pays développés se trouvent à la fin de cette transition, à un moment critique où le rapport entre la population inactive et active est à son maximum. Encore plus intéressant, le taux de natalité des pays développés est même inférieur au taux de renouvellement des générations : la population mondiale va même décroître rapidement.

Notre génération sera celle du baby-blues et du papy-boom. Comment une population dʼactif décroissante va-t-elle pouvoir soutenir une population de plus en plus importante de retraités ?

En effet, cʼest un problème doublement vicieux : il y a dʼabord une forte pression financière sur les actifs pour payer les retraites, alors que le taux de croissance sʼest naturellement stabilisé : la génération qui doit maintenant payer nʼa, quant à elle, pas connu les trente glorieuses.

Le problème des retraites

Comme énoncé précédemment, le problème est facilement compréhensible et les indicateurs ne peuvent pas être plus clairs. Le système de financement des retraites est en danger dans tous les pays post-transition démographique. En Suisse, on prévoyait déjà la faillite du système des retraites avant même l’augmentation de lʼAVS. La situation suisse démontre l’existence dʼun déséquilibre : on a dʼun côté la somme des cotisations qui perd de sa valeur dans le contexte économique actuel (en raison de l’inflation), et un nombre de retraités devenant trop important par rapport au nombre de travailleurs.

Lʼétau se resserre petit à petit sur la population salariée qui doit, en plus, faire face à lʼinflation et soutenir la population inactive des jeunes et des étudiants. On espère que la situation économique suisse ne perdra pas de sa vigueur, que les revenus des classes populaires et moyennes ainsi que le taux de chômage resteront assez consistants pour soutenir cet effort décidé légitimement par lʼinitiative populaire. On peut seulement remarquer quʼétant donné la taille de la population retraitée ou proche de la retraite, cela leur confère également un certain poids démocratique.

Je ne voudrais pas que le propos devienne sulfureux, mais je me permets tout de même dʼafficher les résultats de ce sondage provenant de 20 Minutes/Tamedia :

Papy-boom

Cependant, la situation est beaucoup plus à craindre en dehors de la Suisse ; si la situation française a fait énormément de bruit, certains pays font face à des pressions plus importantes encore. En effet, certains pays post-transition doivent également faire face à des complications économiques. Le meilleur exemple est celui du Japon ayant dû subir la crise de 1990 ainsi quʼune longue période de récession, période durant laquelle il était difficile pour les salariés de cotiser pour la complémentarité de leur retraite. On peut également ajouter le cas de la Grèce qui non seulement doit faire face à la crise de 2008 alors qu’un quart de la population à plus de 65 ans.

La politique nataliste

Lʼapparition récurrente et sérieuse de lʼidée de la politique nataliste a un certain effet de surprise : le projet de « réarmement démographique » proposé par un célèbre mari sans enfant, nʼa pas été très bien reçu. Durant mes précédents articles, cʼest sans trop peu de peine que jʼai discuté de chiffres pour parler dʼéconomie. Seulement, ici, se cache la naissance dʼêtres vivants derrière ces chiffres. La décision dʼun couple à concevoir un enfant relève du cercle privé et est une décision sacrée sur laquelle lʼintervention de lʼÉtat paraît intrusif. Mais quoi quʼil en soit, notons que les politiques natalistes ne sont que rarement efficaces, à moins quʼelles ne soient lancées dans un pays en dictature.

De plus, jʼai rarement vu exprimer le double tranchant dʼune telle solution : plus dʼenfants rajouteraient une charge dʼinactifs : il faudra alors attendre plus de 18 ans avant que ceux-ci ne deviennent actifs.

En outre, on ne peut pas non plus lutter contre plus fort que soit : la baisse de la fécondité est une tendance naturelle, et une politique nataliste ne serait donc que non permanente.

Lʼaccès au travail

Tandis que la génération baby-boom part à la retraite, de nombreux emplois sont également libérés. Seulement, le remplacement par des plus jeunes nʼest pas systématique : on dénote de nombreuses pénuries de main dʼœuvre dans de nombreux secteurs. La Commission européenne ayant étudié ce phénomène indique tout dʼabord un manque de personnel hautement qualifié, particulièrement dans le domaine des sciences, ingénierie, médecine et de lʼinformatique. Second point, de mauvaises conditions de travail, notamment chez les aides-soignants, chauffeurs, cuisiniers, médecins et agents dʼentretien. Troisième point extrêmement intéressant : 86 % des professions connaissant des pénuries sont soit majoritairement occupées par des femmes, soit par des hommes, cʼest-à-dire des professions quʼon qualifierait aujourdʼhui de « genrées ».

Lʼindicateur important pour mettre en perspective les pénuries de travailleurs est le taux de chômage. Dans des pays comme la France où il est relativement haut, le problème ne vient pas dʼun manque de bras. Ici, lʼimmigration ne serait pas la solution directe : la Commission européenne préconise plutôt un effort social :

  • Améliorer les conditions de travail dans des emplois spécifiques afin de les rendre attractifs.
  • Fluidifier lʼéducation et le rendre plus adéquat à lʼemploi (remarquez dʼailleurs le grand succès des HES en Suisse et de lʼécole 42 dans le monde ; il y a fort à penser quʼil sʼagit du système éducatif de demain).
  • Rendre abordables et accessibles les services de gardes des enfants : il est primordial que les femmes ayant des enfants en bas âge n’ait pas de difficultés à réintégrer le marché du travail.

Dans des cas comme la Suisse où le taux de chômage est faible, la question est beaucoup plus globale : il y a un manque de main dʼœuvre général à lʼintérieur du pays. Lʼimmigration devient alors la solution principale.

Néanmoins, encore faut-il que cette solution soit acquiescée par le peuple et les politiques. Au-delà du débat, il faut également mesurer lʼinsertion professionnelle ainsi que la capacité dʼaccueil. Si lʼon se rapporte au problème de la pénurie de main dʼœuvre dans des domaines professionnels précis, on parle dʼimmigration professionnelle ciblée.

Comme nous lʼavons vu, la question du financement des retraites se retrouve en lien avec de nombreux enjeux actuels : la redéfinition du modèle familial, lʼattractivité des métiers difficiles, la situation des femmes dans le monde du travail, lʼaccès à lʼéducation ou encore lʼimmigration. Toutefois, un point central doit être également abordé : le rapport intergénérationnel. Celui-ci nʼest pas, dans la généralité, de très bonne qualité : boomer, soixante-huitard, Peter Pan, swipper… On remarque que dʼune génération à une autre, la différence de mentalité est remarquablement différente, et cela peut causer, avec regret, un certain clivage.

Le système des retraites lie les générations entre elles, et même si les intérêts sont divergents, il est important dʼinstaurer un dialogue constructif. Surtout, il est assez malheureux de savoir les jeunes concernés par des votations, alors que le taux dʼabstention des 18-25 ans est deux à trois fois plus grands que celui des 70-80 ans. Les citoyens suisses ont la chance de participer aux décisions politiques de leur pays dès leurs 18 ans. Lʼopinion de chacun importe, il est important de le faire valoir.

Mathieu Pardoux
Mathieu Pardoux
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SOURCES (cliquez sur les titres pour en savoir plus)

https://www.unige.ch/lejournal/numeros/journal153/article-point-fort/

https://www.forbes.fr/business/__trashed-33/

https://www.swissinfo.ch/fre/place-economique-suisse/le-marché-suisse-dutravail_pourquoi-la-suisse-a-besoin-de-main-d-œuvre-étrangère/45810586

https://fr.euronews.com/business/2024/02/07/crash-course-la-penurie-demain-doeuvre-en-europe

https://ec.europa.eu/social/main.jsp langId=en&catId=89&furtherNews=yes&newsId=10619#navItem-3

https://www.24heures.ch/13e-rente-avs-les-aines-disent-oui-contre-lavis-desjeunes-647156456377

https://www.nippon.com/fr/in-depth/a08702/

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