Vue sur l’agriculture Européenne

L’agriculture de l’Union européenne, c’est 8.7 millions d’emplois et 552 milliards d’euros de richesses créés en 2023, à quoi on peut rajouter 12 milliards de francs et 160’000 emplois en Suisse. En quelques chiffres l’Union européenne, ce sont 4.2 millions de kilomètres carrés, dont 155 millions d’Hectare exploités (soit presque 40% du territoire) pour nourrir 449 millions d’habitants en plus des exportations. On peut aussi compter parmi cela un total de 16.9 millions d’hectares dédiés à l’agriculture biologique, soit 10% des terres agricoles pour représenter 4% du marché avec 45 milliards d’euros de ventes.

L’Union européenne affiche également un excédent dans sa balance commerciale agroalimentaire, porté par une forte croissance des exportations de produits transformés, au détriment des matières premières.

Dans ce contexte, la notion de retard apparaît comme une question arbitraire. Les productions européennes bénéficient d’une reconnaissance internationale à travers les appellations d’origine protégée. Le véritable enjeu ne réside pas tant dans la compétition internationale que dans l’incapacité de l’Europe à répondre aux défis planétaires, et plus largement, à l’effondrement du vivant sur Terre.

Production, entre la sécurité alimentaire et baisse des coûts 

Observons de plus près le marché des céréales européennes. En 2019, l’Union européenne a enregistré une récolte de près de 300 millions de tonnes de céréales, comme l’illustre l’infographie ci-dessous.

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Les prix sont fixés par le marché, selon la loi de l’offre et de la demande. Toutefois, pour certains types de produits, des prix plancher peuvent être instaurés lorsque les cours sont trop bas, afin d’éviter la vente à perte.

Au regard des chiffres de production, il apparaît clairement que la production annuelle, complétée par les importations, suffit largement à nourrir l’ensemble de la population européenne. Cela explique pourquoi l’Europe affiche l’un des taux les plus bas du Global Hunger Index (GHI). Cette réalité est d’autant plus frappante lorsque l’on considère qu’un Européen gaspille en moyenne 132 kilogrammes de denrées alimentaires par an.

Politique agricole commune (PAC)

Instaurée en 1962 et débattue dès 1957 dans le cadre du Traité de Rome, la politique agricole commune (PAC) poursuit les objectifs suivants, selon le site de la Commission européenne :

1. Garantir un approvisionnement stable et à prix abordable en denrée alimentaire

2. Assurer un niveau de vie décent aux agriculteurs

3. Lutter contre le changement climatique et préserver les zones rurales

4. Promouvoir l’emploi dans les secteurs agro-industriels et associé

Dans cette perspective, un budget de 387 milliards d’euros (le tiers du budget de l’UE) est reversé sur une période de 6 ans en aide aux revenus, développement rural et mesures de marché. Ainsi, un système de paiements directs a été mis en place : des fonds sont versés directement aux agriculteurs en fonction de la superficie de leurs exploitations, afin de soutenir leur production et de compléter leurs revenus.

En moyenne, les agriculteurs de l’Union européenne travaillent 41,2 heures par semaine pour un revenu annuel moyen de 28’800 euros, avec de fortes disparités selon les pays et les types d’exploitations. Il s’agit donc d’un métier exigeant, d’autant plus exposé aux aléas climatiques et à la concurrence internationale.

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Cette politique apparaît donc incohérente au regard des autres activités européennes. L’accord commercial avec le Mercosur en est une illustration : il révèle un décalage manifeste entre l’industrie et l’agriculture. Dans le contexte de la mondialisation, les dirigeants européens ont fragilisé le secteur agricole, privilégiant le renforcement des industries manufacturières.

Sur le même sujet, un des objectifs des politiques européennes était de faire passer l’agriculture biologique à 25% des terres agricoles exploitées d’ici 2030. On voit malheureusement que cette politique ne peut pas coïncider avec des prix stables et bas, la production biologique étant par définition moins productive pour une surface donnée, et donc plus coûteuse. 

Par ailleurs, si le modèle de l’agriculture biologique repose sur un principe louable, il demeure sujet à débat. Il peut en effet apparaître comme injuste et élitiste. Garantir l’égalité d’accès à l’alimentation est essentiel : une conscience écologique ne saurait être un privilège réservé à ceux qui en ont les moyens.

Destruction de l’environnement et de la vie

L’agriculture moderne dépend de plusieurs facteurs de production : la mécanisation, les engrais de synthèse et les pesticides. En moyenne, en Europe, on utilise en moyenne 3,2 kg de pesticides par hectare afin de protéger les récoltes des insectes, des champignons et des mauvaises herbes. Leurs effets sur l’environnement et la biodiversité ne sont plus à démontrer : pollution des sols, de l’air et des eaux, menant à l’élimination de pratiquement les deux tiers des insectes volants et une réduction drastique de la biomasse d’insecte même dans des zones protégées. 

Cela a également de lourdes conséquences sur les populations humaines. Une étude de biosurveillance a révélé que 83 % des participants présentaient la présence d’au moins deux pesticides dans leur organisme. Les principales voies de contamination sont l’alimentation et la respiration.

Ce constat s’inscrit dans une réalité encore plus alarmante : l’eau de pluie est désormais impropre à la consommation partout sur Terre. Même si nous cherchions à inverser la tendance, les polluants éternels laisseront des traces indélébiles, condamnant certains écosystèmes à ne jamais renaître.

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Deux visions 

On distingue ainsi deux approches de l’agriculture en Europe : d’un côté, les grandes exploitations axées sur des prix bas, la productivité et l’efficacité ; de l’autre, une agriculture de taille moyenne ou petite, plus responsable, en harmonie avec la nature et bénéfique pour la santé.

Ces deux modèles ne sont pas nécessairement incompatibles avec la préservation de l’habitabilité de la planète. On pourrait concevoir des parcelles de terres hautement productives destinées à nourrir les populations, limitant ainsi la nécessité de dénaturer davantage d’espaces essentiels à la biodiversité.

Pourtant, aucune de ces voies n’est véritablement privilégiée. Le marché, laissé à lui-même, favorise une surproduction structurelle qui entraîne une baisse des prix et une qualité minimale, au profit des industriels, tandis que les consommateurs, soucieux des coûts, continuent de privilégier les produits les moins chers.

L’avenir reste incertain. Si l’Union européenne apparaît comme une solution pour garantir la sécurité alimentaire, elle constitue également une partie du problème. Le marché commun et les accords de libre-échange encouragent la spécialisation des pays et favorisent les économies d’échelle à travers d’immenses exploitations, fragilisant ainsi la résilience des chaînes d’approvisionnement.

Pour illustrer l’ampleur de la révolution agricole depuis le XXe siècle, un dernier chiffre est révélateur : en Suisse, la part de l’alimentation dans la consommation des foyers est passée de 40 % en 1939 à seulement 11 % en 2006. Une évolution similaire s’observe en Europe de l’Ouest. En simplifiant notre survie, nous avons compromis notre santé et l’équilibre de la planète.

 Adrien Mocaer

 

Sources : 

Paiements direc

La PAC en bref 

Bénéficiaires de la PAC 

Des chiffres 

D’autres chiffres 

Balance agroalimentaire de l’UE 

Gaspillage alimentaire 

Eau de pluie 

Déclin des insectes 

Part de l’alimentation dans la consommation

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