Neutralité carbone en Suisse : l’exportation du CO2 en Islande

Le réchauffement climatique représente l’un des plus grands défis de notre époque. Ce phénomène est universel, ce qui pousse de nombreux pays à chercher des solutions afin de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. La Suisse s’est engagée à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. C’est un objectif ambitieux impliquant des mesures drastiques dans plusieurs secteurs. Pour y parvenir, elle explore différentes approches, et notamment celles des solutions locales.

Néanmoins, ces efforts ne suffiront peut-être pas à atteindre l’objectif de neutralité carbone. C’est pour cette raison que la Suisse étudie aussi des projets en dehors de nos frontières. Notre gouvernement se rend compte que, malgré tous les efforts locaux qui seront fournis dans le futur, il sera impossible de compenser un quart de nos émissions actuelles. Afin d’arriver à un bilan carbone neutre, la Suisse envisage donc d’éliminer ses déchets d’une autre manière. Face à l’urgence climatique et au manque de capacités de stockage sur son propre territoire, la Suisse risque donc d’être obligée d’exporter ses déchets carbones en Islande afin de les neutraliser durablement.

A geodesic dome structure in a field

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CarbFix : Une technologie venant tout droit d’Islande

L’un des projets les plus prometteurs dans ce domaine se trouve en Islande. En effet, la startup CarbFix a mis au point un procédé avant-gardiste permettant de stocker définitivement le CO2 sous forme minéralisée. Il faut savoir que l’Islande est un environnement propice au captage et au stockage de ces déchets. En effet, ce pays volcanique est composé à 90 % de roche basaltique. Cette roche rend le processus d’enfouissement du gaz carbonique bien plus efficient. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’Islande à prévu grand : elle compte s’occuper des déchets provenant des quatre coins de l’Europe !

Le principe de cette technologie est simple mais efficace :

  1. Captage du CO2 : Le dioxyde de carbone est capté soit directement dans l’air, par des installations comme celles de Climeworks, soit à la sortie d’installations industrielles, comme des usines.
  2. Dissolution dans l’eau : Le CO2 est mélangé avec de l’eau pour former une solution acide. Cette étape essentielle facilite la réaction chimique avec la roche sous-jacente.
  3. Injection dans le sous-sol : Cette solution est ensuite injectée à haute pression dans des couches de roche basaltique, situées entre 400 et 2000 mètres de profondeur.
  4. Minéralisation : Une fois dans la roche, le CO2 dissous réagit avec les minéraux du basalte (riche en calcium, magnésium et fer). En deux ans, cette réaction chimique transforme le CO2 en carbonate de calcium et de magnésium, formant ainsi une roche solide et empêchant toute fuite dans l’atmosphère. Naturellement, ce processus prendrait des centaines d’années !

Cette approche se distingue par sa sécurité et son efficacité. Contrairement aux méthodes traditionnelles de stockage souterrain du CO2, Carbfix arrive à transformer la roche et la confine sans aucun risque de fuite. En général, le CO2 est plutôt injecté sous forme gazeuse dans la roche, ce qui permet au gaz carbonique de s’échapper.

 

Processus de minéralisation du CO2

L’exportation du CO₂ suisse en Islande

L’exportation du dioxyde de carbone en Islande semble donc être une solution viable pour une Suisse durable. Néanmoins, cette stratégie nécessitera aussi la présence de plusieurs partenaires différents. Certains acteurs sont d’ailleurs déjà actifs en Islande :

  • L’EPFZ (École polytechnique fédérale de Zurich), qui mène des recherches et pilote des projets visant à acheminer du CO2 suisse vers l’Islande.
  • Climeworks, une startup suisse spécialisée dans la capture directe du CO2 dans l’air, ayant déjà collaboré avec CarbFix sur les projets Orca et Mammoth en Islande.
  • Le gouvernement suisse, qui explore la mise en place d’accords avec l’Islande pour permettre le transport et le stockage du CO2 excédentaire.

Cette collaboration permettrait à la Suisse de compenser ses émissions incompressibles en les neutralisant de façon permanente. Cependant, cette solution soulève certaines questions logistiques et éthiques, notamment en ce qui concerne l’équité environnementale ainsi que l’impact écologique du transport du CO2 jusqu’en Islande.

Une solution viable ?

Bien que la capture et le stockage du CO2 offrent une solution prometteuse, elles soulèvent quelques questions. Voici quelques éléments à considérer :

  • Efficacité : la technologie CarbFix fonctionne bien et assure un stockage permanent du CO2. En prenant en compte le transport du CO2 jusqu’en Islande, le processus serait toujours efficace à 80%.
  • Capacité : les infrastructures suisses actuelles (Orca et Mammoth) peuvent capturer jusqu’à 40’000 tonnes de CO2 par an. D’après ce que notre gouvernement estime, il faudrait pouvoir compenser 12 millions de tonnes via le captage d’ici 2050. Cela ne représente donc qu’un début de solution pour la neutralité carbone.
  • Dépendance à l’Islande : externaliser le stockage du CO2 en Islande soulève des questions sur la responsabilité climatique de la Suisse ainsi que sur l’équilibre géopolitique s’il venait à y avoir des différends entre nos deux pays.

Malgré ces défis, la coopération entre la Suisse et l’Islande pourrait être un exemple à suivre pour d’autres pays cherchant des solutions innovantes pour atteindre la neutralité carbone.

Conclusion

Atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 est un objectif ambitieux pour la Suisse, nécessitant des efforts sur plusieurs fronts. La réduction des émissions locales, le développement des énergies renouvelables et l’amélioration de l’efficience énergétique de nos technologies actuelles sont essentiels. Cependant, des solutions complémentaires comme la capture et le stockage du CO2 sont également nécessaires pour gérer les émissions résiduelles, qui nous seront impossibles à compenser à proprement parler.

L’Islande, grâce à CarbFix ainsi que les startups suisses présentes sur place, offrent une solution innovante permettant un stockage permanent du CO2 sous forme solide. Face à son manque de sites géologiques adaptés, la Suisse a donc peut-être trouvé une solution intéressante en vue de compenser ses émissions de gaz à effet de serre en Islande.

En fin de compte, la transition vers la neutralité carbone nécessitera un amalgame de solutions technologiques et structurelles. Les collaborations comme celles entre la Suisse et l’Islande montrent qu’avec innovation et coopération internationale, des solutions viables vont émerger.

Mammoth

Nicolas Steiner

Sources:

Article RTS stockage CO2

Article RTS Climworks

Article RTS projet pilote EPFZ

Orca

Climworks

Mammoth

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