Le rose n’existe pas.
Tes yeux te trompent.
Le tapis de cônes sur ta rétine ne perçoit que les ondes lumineuses correspondant au bleu, au vert et au rouge. En mélangeant le bleu et le rouge, seul le violet peut apparaître.
Et pourtant, bien qu’invisible, ton cerveau te le rend perceptible. Le rose est partout quand tu ouvres les yeux.
Ce mois-ci, la campagne « Octobre rose » vise à en faire de même : t’ouvrir les yeux sur un danger invisible et pourtant omniprésent autour de toi. Que tu sois une femme ou un frère, un fils, un mari, un ami… le cancer du sein te concerne.
En chiffres
Journal HEC étant, il convient de résumer l’ampleur du risque en quatre chiffres.
1/8 — Une femme sur huit développera un cancer du sein au cours de sa vie.
Il s’agit du cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez les femmes dans les pays occidentaux.
6 000 — Chaque année, 6 000 nouveaux cas sont diagnostiqués en Suisse.
Bien que la recherche ne cesse de progresser, le cancer du sein a été à l’origine de 1 600 décès l’an dernier.
20 % — Aucune tranche d’âge n’est à l’abri. Si la majorité des diagnostics positifs concernent des femmes de plus de 50 ans, cette pathologie ne connaît pas d’âge. En effet, 20 % des cancers du sein touchent de jeunes femmes. Il faut donc s’armer de vigilance toute sa vie.
1 % — Messieurs, le cancer du sein peut également vous concerner directement. Vestiges de l’évolution, vous possédez, vous aussi, des structures anatomiques à risque. Elles vous dispensent peut-être de l’allaitement, mais pas du cancer. Bien qu’anecdotique avant l’âge de 60 ans, il faut savoir qu’un peu moins d’1 % des cancers du sein sont diagnostiqués chez l’homme.
Que se cache-t-il derrière le mot « cancer » ?
Chaque être humain est composé de plusieurs milliards de cellules qui collaborent et intéragissent de manière coordonnée. Cependant, il peut arriver que certaines d’entre elles se mettent à dysfonctionner, puis à se multiplier au détriment de leurs voisines.
Les plus biologistes d’entre vous n’apprendrons rien, mais dans chaque cellule du corps humain se trouve de l’ADN (acide désoxyribonucléique), une sorte de carte mère, qui code pour une série de gènes. Si cet ADN natif est modifié ou endommagé, on dit que la cellule a subi une mutation.
Chaque jour, nos cellules subissent plusieurs milliers de ces mutations. Attendez, je vous vois vous affoler… n’oubliez pas que le corps humain est la plus belle machine du monde ! La plupart de ces erreurs sont détectées et corrigées par des systèmes cellulaires complexes.
Comme vous vous en doutez, il peut arriver que, à l’instar d’un article d’HEConomist, une coquille passe au travers des mailles du filet. Une accumulation d’erreurs non corrigées dans le génome d’une cellule va finir à la rendre anormale. La cellule mutante devient « égoïste » et commence alors à s’accaparer les ressources de l’organisme pour croître de manière incontrôlée. C’est ce phénomène que l’on appelle « cancer ».
Il peut aussi arriver que ces cellules cancéreuses se sentent des âmes conquérantes. Un peu comme Jules César dans l’Antiquité, ces cellules malades vont alors chercher à se disséminer dans le corps entier via la circulation sanguine, chemin encore plus efficace que les voies romaines. Elles forment ainsi une sorte de deuxième cancer à distance de la tumeur primaire : une métastase.
Comme tout organe, le sein peut être victime de ces processus.
On parle souvent de « cancer du sein » comme s’il s’agissait d’une seule et unique maladie. En réalité, c’est un peu plus compliqué, car il existe de nombreux types de cancers du sein, chacun avec ses caractéristiques. Nous vous en épargnerons ici le détail. Toutefois, ce que l’on peut dire, c’est que le cancer du sein est, dans la plupart des cas, lié aux hormones sexuelles féminines. Les cellules mammaires étant dotées de récepteurs spécifiques pour ces hormones, toute variation hormonale affectera, par conséquent, les cellules du sein. La sensibilité aux hormones sexuelles féminines explique aussi pourquoi il touche majoritairement les femmes, bien qu’il puisse survenir également, dans de plus rares cas, chez l’homme.
Il semble finalement important de préciser qu’il s’agit d’une maladie dont le nom est entouré d’une forte symbolique. Se voir diagnostiquer un cancer du sein entraîne un bouleversement de l’image de soi, du regard porté par ses proches et de la perception que l’on a de son propre corps.
C’est pourquoi le mois d’Octobre Rose ne se limite pas à la prévention : il représente aussi une occasion de rendre hommage au courage et à la résilience de toutes celles qui luttent, ou ont lutté, contre le cancer du sein.
Comment dépiste-t-on le cancer du sein ?
Maintenant que vous êtes experts·es du cancer du sein, encore quelques informations concernant le dépistage de cette maladie.
Dans le canton de Vaud (comme dans tous les cantons de Suisse Romande), il existe un programme de dépistage accessible à toutes les femmes dès l’âge de 50 ans. Ce dépistage systématique consiste en la réalisation d’une mammographie, une sorte de radiographie du sein qui permet d’y détecter la présence d’anomalies. Cet examen est remboursé par l’assurance maladie obligatoire.
Pour nos plus jeunes lectrices, il existe également quelques recommandations vous concernant. Premièrement, prêter attention à la survenue de symptômes évocateurs de la maladie, tels que l’apparition d’une masse dans un sein ou sous l’aisselle, un changement de forme ou de taille d’un sein, une modification d’aspect des mamelons ou de la peau de la poitrine, ou encore un écoulement au niveau du mamelon. Bien entendu, ces signes requièrent un examen plus approfondi par un médecin, car ils ne sont pas nécessairement spécifiques au cancer du sein. Les consultations de contrôle régulières chez un gynécologue sont également une occasion pour le spécialiste d’examiner votre poitrine, de répondre à vos questions et de vous orienter face à cette problématique. Un article tel que celui que vous lisez ne saurait en aucun cas remplacer les conseils d’un professionnel de santé.
Le message se veut simple : qu’il soit fait lors d’un programme de grande ampleur ou à sa petite échelle individuelle, le dépistage a un objectif : détecter le plus précocement possible la maladie afin d’accroître au maximum les chances de guérison.
En bref
Le cancer du sein est une maladie complexe qui se caractérise par la prolifération incontrôlée de cellules anormales au niveau des glandes mammaires. Plusieurs mesures de dépistage existent pour le détecter et ainsi permettre d’offrir les soins requis le plus tôt possible.
Le cancer du sein est une maladie complexe qui se caractérise par la prolifération incontrôlée de cellules anormales au niveau des glandes mammaires. Plusieurs mesures de dépistage existent pour le détecter et ainsi permettre d’offrir les soins requis le plus tôt possible.
En octobre, plus encore que les autres mois, n’oublions pas que ce sont 6000 femmes qui commencent une lutte contre ce cancer chaque année en Suisse. Au-delà des chiffres, souvenons-nous surtout que chaque combat est avant tout une histoire de courage et d’espoir ; car, comme le rappelait Antoine de Saint-Exupéry : « on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »… même la couleur rose.
Merci pour votre lecture,
Charlotte et Alexandre Leyvraz
Nos remerciements à Madame Julie Carrier, infirmière cheffe du service de gynécologie du CHUV, pour son aide dans la relecture de notre texte
Sources :
Dépistage Sein Vaud. Le dépistage [Internet]. Lausanne : Unisanté; [cité 2025 oct 8].
Loscalzo J, Fauci AS, Kasper DL, Hauser SL, Longo DL, Jameson JL, éditeurs. Harrison’s Principles of Internal Medicine. 21ᵉ éd. New York : McGraw-Hill Education; 2022.




