Pesticides, au service de l’humain ? 

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L’autre jour, je regardais le film Goliath, réalisé par Frédéric Tellier (oui, il y a Pierre Niney dedans). C’est une histoire autour de l’interdiction de la “tétrazine”, un désherbant fictif qui aurait de graves conséquences sur la santé humaine.

Mais heureusement que, dans le monde réel, nos gouvernements démocratiques servent avant tout les intérêts et la santé de leurs concitoyens, aux dépens des pires pratiques du capitalisme sauvage. Il serait impossible d’envisager des acteurs opaques s’immisçant au sein des institutions pour servir des intérêts toujours plus destructeurs.

Bref, assez rigolé : dans le présent article, nous allons mettre la lumière sur le danger phytosanitaire des expositions aux pesticides sur le continent européen. Étape par étape, nous allons d’abord nous pencher sur les différents pesticides, leurs usages sur les sols européens, et leurs dangers pour la santé.

 

Les produits 

(À noter que l’on ne parlera a priori pas des produits autorisés en agriculture biologique.)

Sont disponibles à la vente et à l’usage quelque 163 produits différents, soit au total 293 000 tonnes de pesticides écoulées sur le marché européen en 2023 — une diminution par rapport à 2011 (350 000 tonnes). Parmi ces 163 produits, on retrouve :

Le glyphosate : 

L’incontournable des désherbants. C’est le pesticide le plus utilisé, le plus vendu et le plus présent en Union européenne. C’est un désherbant souvent employé dans les vignes ou bien pour nettoyer les bords de champs. Il est aussi classé comme cancérogène probable par l’Organisation mondiale de la santé (O.M.S.), en plus d’être un perturbateur endocrinien suspecté. On notera ici l’utilisation des mots probable et suspecté, cependant il existe bien des preuves de la génotoxicité du glyphosate.

Pourtant, aucun risque majeur d’après l’Autorité Européenne de Sécurité des aliments (E.F.S.A.), si bien que la Commission européenne a renouvelé l’autorisation du glyphosate jusqu’en 2033. Geste hautement contestable, d’autant plus que l’E.F.S.A. se permet d’ignorer certaines études en invoquant de sombres prétextes de certification. 

Pyréthrinoïde : 

C’est une large classe d’insecticides représentant à peu près un tiers du marché mondial. Ils sont très utilisés en raison de leur faible toxicité (par rapport à d’autres insecticides) et d’un spectre d’action assez large, si bien qu’on peut en retrouver dans la consommation courante.

Ils auraient des effets néfastes sur le système nerveux, principalement sur le développement neurologique des jeunes enfants ; mais là encore, c’est le dosage qui fait le poison. On peut y être exposé principalement par l’alimentation, via la consommation de fruits ou de légumes. Vous trouverez ci-dessous un tableau tiré d’une étude menée par Santé publique France, mise en parallèle avec d’autres recherches sur la présence de pyréthrinoïdes dans des échantillons d’urine.

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Triazoles : 

C’est un groupe de fongicides efficaces sur un large spectre de champignons ; on parle plus généralement de fongicides triazolés. Ils sont donc utilisés pour protéger les cultures des maladies fongiques, mais peuvent ensuite se dégrader en 1,2,4-triazole dans l’environnement.

Le 1,2,4-triazole est dit reprotoxique : il représente donc un risque pour la fertilité humaine et le développement des enfants, et peut provoquer une diminution du poids corporel et du poids cérébral chez le rat. D’ailleurs, une récente étude publiée en septembre 2025 a mis en évidence une présence de 0,7 microgramme de 1,2,4-triazole par litre dans l’eau du lac Léman, soit une quantité sept fois supérieure au maximum admis, et qui se retrouverait donc dans l’eau potable, sachant que nombre de villages puisent directement leur eau dans le lac (notamment tout le réseau d’eau potable genevois, qui fut/est concerné).

Heureusement, les autorités suisses, se basant sur une publication de l’E.F.S.A., soutiennent que ces doses ne présentent aucun risque, puisque l’exposition humaine ne devrait pas dépasser 0,023 milligramme de 1,2,4-triazole par kilogramme et par jour,  à moins que quelqu’un ne réussisse l’exploit de boire 50 litres d’eau par jour.

À noter que cette mésaventure n’est pas liée à l’agriculture, d’après le site du canton de Genève, mais au site chimique de Monthey, en Valais — un site partagé par plusieurs sociétés, dont Syngenta, le géant chinois (auparavant suisse) spécialisé dans la chimie et l’agroalimentaire (toute ressemblance ou connivence avec l’agriculture serait parfaitement fortuite).

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Industrie globale en Europe 

Donc pour revenir à quelques chiffres : l’industrie des pesticides représentait approximativement 12 milliards d’euros d’achats pour les agriculteurs européens, ainsi que 5,8 milliards d’euros d’exportations en 2019. Les deux tiers du marché mondial sont partagés par quatre grandes multinationales : Syngenta /ChemChina, Bayer, BASF et Corteva.

(Pour l’histoire, Bayer et BASF sont tous deux des conglomérats allemands issus en partie du démantèlement d’IG Farben, le fameux géant chimique nazi, complice de la « solution finale » et d’actes d’esclavagisme durant la Seconde Guerre mondiale.) 

Une question intéressante serait cependant de mesurer le coût réel de l’activité liée à ces industries, en prenant aussi en compte les risques et les dégâts environnementaux et sanitaires qui en découlent directement. Une O.N.G. indépendante (Pollinis, entre autres), que vous retrouverez dans les sources, s’est essayée à cet exercice, les chiffrant à 105 milliards d’euros, en plus de coûts sociétaux non estimables.

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Réglementations et Lobby 

Pour finir, j’aimerais vous partager les actions et les méthodes par lesquelles ces acteurs exercent leur influence au sein des institutions démocratiques.  

À cet exercice, je vous présente CropLife Europe (anciennement l’ECPA), lobby majeur de l’industrie agroalimentaire en Europe. Ils représentent les intérêts des industriels du phytosanitaire et disposent d’un budget avoisinant le million d’euros chaque année à cette fin.

Mais pourquoi s’arrêter là ? The Guardian a même révélé qu’un rapport d’étude du gouvernement allemand aurait été directement plagié d’autres études provenant d’industriels, notamment Monsanto. On comprend ainsi mieux les divergences entre l’O.M.S. et l’E.F.S.A.

Adrien Mocaer

 

Sources :

Données Eurostat  

Pesticides in food 

Toute l’europe  

Glyphosate etudes wtf 

Santé Publique France pyréthrinoïdes  

Triazole dans le Léman

Étude de l’E.F.S.A. sur le 1,2,4-triazole 

Pollinis, pesticides et estimation de coûts de l’activité 

Infos sur Croplife 

The guardian EU glyphosate

 

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