Depuis de nombreuses années, l’ONU désigne des journées, semaines, années et même des décennies internationales comme occasion de promouvoir et agir au niveau mondial sur un thème.
En décembre 2017, l’Assemblée générale de l’ONU vote la décennie 2019-2028 pour l’agriculture familiale (UN Decade of Family Farming).

En mars 2022, l’Assemblée vote l’Année internationale 2026
- Du pastoralisme et des pâturages
- Des volontaires au service du développement durable
- Des agricultrices.
Cette année l’ONU fait la promotion à l’échelle internationale de près de 200 millions de personnes qui vivent du pastoralisme, le plus vieux métier du monde. Des Alpes aux steppes asiatiques et savanes africaines, nombreux sont ceux qui gravitent encore autour de l’économie pastorale, dépendent de ce mode de vie et de cette forme économique.
La place (en hectares) du pastoralisme
Les terres émergées occupent 30% du globe, soit 15 millards d’hectares.

Sur ces 15 milliards d’hectares, la surface exploitable de sols bruns représente à peine 1,5 milliard d’hectares, sur lesquels on compte 820 millions d’hectares arables, c’est-à-dire les plaines alluviales et vallées où les conditions climatiques sont tempérées, les terres favorablement ensoleillées, l’humidité stable, les sols fertiles, directement cultivables de façon intensive de 9 à 12 mois par année (grandes cultures ou élevage « intensif »). L’absence de relief est propice au façonnage : on peut labourer, semer, passer les machines.
C’est aussi sur ce type de terres que les villes sont construites. On estime que le bâti et zones urbaines à l’échelle mondiale a plus que doublé en seulement deux décennies, passant de 33 millions d’hectares en 1992 à actuellement 71 millions.
De plus, l’« or noir » de l’agriculture ce sont les terres les plus rares et les plus précieuses (les surfaces d’élite); celles riches en humus, presque noires, grumeleuses, souples, humides et qui dégagent une odeur de sous-bois ou terre fraiche se trouvent principalement en Ukraine, Russie, Amérique du Nord et Asie centrale. Elles représentent seulement 230 millions d’hectares de surfaces exploitables – non glacées. Malgré leur faible étendue, ces sols portent près de 18% des cultures mondiales et stockent 8% de carbone.
Sur ces 15 milliards, on compte aussi les alpages et pâturages d’altitude pour près 200 millions d’hectares à l’échelle mondiale. L’altitude, la dénivellation et les températures plus fraiches raccourcissent les périodes sans gel et rendent les saisons de croissance plus courtes qu’en vallée.
Normalement, la température diminue de 6,5° par 1’000 mètre de dénivelé. Et en montagne, il pousse de la végétation seulement 4 à 6 mois par année au cours de la saison de croissance ; et c’est principalement de l’herbe et autres végétaux impropres à la consommation humaine, puisque le relief ne se prête pas facilement à la culture de céréales, arboriculture ou maraichage.
La durabilité, moteur du modèle extensif
Cette année, l’ONU consacre le rôle crucial de l’activité pastorale : la forme extensive d’élevage la plus ancienne et la plus durable, consistant à élever et déplacer vaches, chèvres, moutons et autres ruminants une fois la neige fondue, sur ces différentes surfaces fourragères au fur et à mesure qu’elles les broutent (transhumance).
Le pastoralisme, c’est la gestion des ruminants et pâturages qui façonnent les paysages depuis les temps les plus reculés, et transforment l’herbe en calories assimilables pour l’humain.La durabilité de l’activité pastorale se caractérise par l’équilibre entre ses dimensions écologiques, sociales et économiques.
Un effet concret de l’élevage extensif : un paysan de montagne dira facilement qu’il dépend de ce que la nature lui offre. En effet, la capacité de « charge » est plus élevée en plaine qu’en altitude : l’équivalent d’un hectare de fourrage d’un sol de plaine peut nourrir une vache à l’année, tandis que l’herbe pousse moins vite et moins fort en altitude et il faut 5 à 10 hectares de fourrage d’alpage pour nourrir une vache à l’année.
Dans les régions peu hospitalières du monde entier, le pastoralisme a structuré des communautés humaines, créé des traditions et un patrimoine vivant.

Les 13,75 milliards restants de terres émergées
Les autres terres émergées correspondent à plus de la moitié de la surface mondiale, et sont encore plus rudes : plus de 10 milliards d’hectares qui sont soit hostiles par nature (glaciers, déserts, dénivellation abrupte), soit menacés par la dégradation du climat et des sols (érosion, salinisation, étalement urbain).
La recherche par l’humain de terres fertiles a continuellement transformé la géographie et transformé les territoires, avec un grand MAIS : les limites de la nature.
Par nature, les conditions climatiques défavorables et températures non tempérées empêchent l’exploitation des régions montagneuses ou désertiques, où le gel, le froid, l’aridité et la sécheresse sont des obstacles insurmontables à la croissance des plantes aux sols.
Plus les terres se rapprochent des hautes latitudes (celles situées dans l’hémisphère nord, loin de l’équateur) plus l’angle et l’intensité des rayons solaires sont réduits, entraînant un réchauffement des sols plus lent et un début tardif de saison de croissance.

Dans l’hémisphère sud, les terres émergées sont beaucoup moins nombreuses que dans l’hémisphère nord et les zones sont presque exclusivement occupées par l’océan Austral.
À l’équateur (Amazonie, bassin du Congo), la fertilité des sols des régions tropicales est interrompue au moment des pluies torrentielles qui rincent les sols, emportant les nutriments et minéraux, et la chaleur et l’humidité accélèrent la décomposition de la matière, recyclée instantanément par les racines des arbres qui ne laissent pas le temps au sol de constituer l’humus.
On calcule aussi environ 4 milliards d’hectares de forêts, dont 1,15 milliards est exploité (production de bois).
Si on résume, on constate que les ressources sont limitées et que pour 2026, la stratégie de l’ONU face au changement climatique, aux incertitudes économiques et politiques mondiales est de se concentrer et défendre l’héritage pastoral ancestral comme modèle de durabilité.
Les défis
Le pastoralisme, l’alpage, l’estivage, les pâturages sont autant d’éléments qui symbolisent particulièrement la durabilité.
À échelle locale, le canton de Vaud représente 11% de la production agricole suisse. Les alpages vaudois représentent près de 40’000 hectares sur les environ 108’000 hectares de surface agricole vaudoise. Mettre en lumière le pastoralisme ne doit pas occulter les difficultés qui le menacent : raréfaction de la main d’œuvre, sécheresse, appauvrissement des sols, érosion, embuissonnement, etc.
Dans toute la Suisse, le nombre d’exploitations diminue et leur taille augmente, de sorte qu’on assiste à une polarisation : les exploitations de taille moyenne reculent, tandis que les plus petites et les plus grandes progressent.
Le salaire horaire de la main d’oeuvre agricole (y compris l’exploitant) ne dépasse pas les 19,60 frs de l’heure, et est à 15,30 frs au minimum.

En été, si le bétail ne broutait pas les surfaces herbagères montagneuses, alors les paysages s’embroussailleraient et reviendraient à leur état naturel : forêt. Les pistes de ski enneigées sont praticables l’hiver en particulier parce que les animaux d’alpage broutent le terrain.
Ajouté à cela, les aléas météorologiques rendent la santé des animaux et la production fragiles, faisant du métier d’agriculteur un défi de résilience.
Les décennies internationales
La première décennie internationale 1960-1970 fût celle pour le développement. La décennie 70 pour le désarmement. 1971-1980 ; 1972 – 1981 ; la décennie 1973-1983 contre le racisme ; 1976-1985 pour l’égalité homme-femme ; celle des années 80 pour le développement de l’Afrique. 1983-1992 pour les personnes handicapées. Les années 90 pour la prévention des catastrophes naturelles, pour le droit international et pour l’élimination du colonialisme. 2005-2015 pour l’eau. 2008-2017 contre la pauvreté. Certains thèmes (désarmement, lutte contre le racisme, pour le développement) se répètent plusieurs décennies.
En octobre 2015, l’Assemblée générale de l’ONU vote un programme de 17 Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030. L’objectif n°15 prévoit de « préserver et restaurer les écosystèmes terrestres, en veillant à les exploiter de façon durable, gérer durablement les forêts, lutter contre la désertification, enrayer et inverser le processus de dégradation des terres et mettre fin à l’appauvrissement de la biodiversité ». La décennie pour l’agriculture familiale est l’occasion pour l’ONU d’atteindre son ODD n°17.

La FAO (l’Organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture) est chargée d’en organiser le plan d’action mondial. Son plan d’action tout au long de la décennie se segmente en piliers :
1/ Développer un environnement politique qui favorise l’agriculture familiale
2/ Soutenir les jeunes et veiller à ce que l’agriculture familiale s’inscrive à travers les générations
3/ Promouvoir l’égalité homme-femme et le rôle de leader des femmes rurales
4/ Renforcer les capacités des agriculteurs
5/ Améliorer l’inclusion, la résilience et le bien-être des agriculteurs
6/ Encourager l’alimentation durable et résiliante face au climat
7/ Promouvoir les innovations qui préservent la biodiversité et l’environnement
En résumé, l’année 2026 du pastoralisme, des pâturages, des alpages et des agricultrices s’inscrit parfaitement dans la décennie dédiée à l’agriculture familiale.
En effet, on a tous une origine paysanne, nous ancêtres étaient tous paysans et rien de mieux que la famille pour parler du pastoralisme, une activité primaire, durable qui implique tous les membres de la famille depuis les temps les plus reculés.
La promotion de l’agriculture familiale s’inscrit néanmoins dans un contexte alimentaire actuel tendu : population croissante, urbanisation sans commune mesure, changement climatique, dégradation des ressources naturelles (biodiversité en danger, raréfaction de l’eau, épuisement des sols).
La déconnexion à la nature et au vivant reste peut-être le souci majeur dans les zones urbaines.

La notion d’agriculture familiale fait référence à un modèle d’échelle familiale. Elle place au centre de ses priorité les paysans, peuples autochtones, communautés traditionnelles, pêcheurs, agriculteurs de montagne, utilisateurs des forêts et éleveurs.
Le paysage pastoral est bien plus qu’un décor : c’est un territoire nourricier, façonné par des éleveurs durant des siècles grâce à des pratiques pastorales vertueuses. Ses pâturages abritent l’une des flores les plus riches du monde, entretenue naturellement grâce à l’activité pastorale par les vaches et autres ruminants.
Heidi Anne-Sophie Leclerc
Sources images :
Photo titre le soufle des bergers




