Dans les cœurs paysans (partie 1/2)

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Un sourire d’une vache et j’quitte ma mère est une formule surréaliste en écho à l’éditeur Un sourire de toi et j’quitte ma mère, ayant publié en 1998 Nos vaches, un recueil d’images rassurantes d’un monde encore à saisir, témoignant de tout l’amour que les humains et les vaches peuvent avoir l’un pour l’autre. Une position surréaliste pour compenser un monde dans lequel les dames du pré ne sont plus vénérées pour ce qu’elles sont : nos compagnes de vie.

La relation entre le nomade chasseur-cueilleur et l’ancêtre de la vache est grégaire. Maîtresse de l’agriculture, de la croissance et des civilisations, elle se tisse à travers le récit de notre histoire primitive à tous.

Sédentarité et propriété transforment nos relations. Une fois domestiqué, le bétail devient source de stabilité par sa force de traction, de transport et labour, par sa nourriture, et ses matières premières : cuir, fumier, corne. Le prix de la dot se compte en vaches. La richesse (capital) correspond au nombre de tête (capita) de bétail.

La Bible figure le bon berger et son troupeau pour représenter Dieu et les hommes. Pour les peuples de bergers, la vache est l’ange protecteur, fidèle compagne, précieuse gardienne de la terre, symbole d’abondance et alliée nourricière du quotidien. Ses pis lourds de lait symbolisent la générosité de la nature ; son souffle puissant transporte la chaleur de la vie.

Dans les Alpes, les besoins quotidiens de chaque vache dictent les activités et le rythme. Après les soins portés à l’étable durant l’hiver, viennent la fonte des neiges et l’inalpe, dans des décors grandioses qui inspirent les plus poétiques rêveries. Seule la puissance de l’animal contrebalance la beauté du paysage. Sur leurs quatre pattes, elles sont agiles et montent naturellement brouter l’herbe poussée dessous la neige, fleurie sur les cimes, pour les gais festins. Leur force tranquille et leur capacité fascinante à transformer en nourriture l’herbe non comestible pour nous sont prodigieuses. Bien traitées matin et soir, elles se laissent gouverner à la voix. Le fromage se fabrique au gré de la transhumance estivale sur l’alpe, puis vient la désalpe, célébrant le travail accompli : les vaches, parées de leurs plus belles cloches et fleurs, accompagnées des chants sacrés des bergers d’un autre temps, retournent à l’étable à l’arrivée de la neige.

Durant l’hiver, elles ne sont pas de simples objets parqués là en attendant le dégel. Elles sont nourries, habituées, apprivoisées ; elles nous connaissent et s’approchent en toute confiance, se laissent cajoler. On connaît leur nom, leur tempérament, leurs humeurs, leurs envies. On les côtoie chaque jour, on apprend à en aimer une et on les aime toutes. Peu d’entre nous ont idée de l’attachement qui se crée l’hiver au sein des étables entre l’éleveur, ses vaches et leurs veaux. Dans la paille, les uns célèbrent la naissance du petit Jésus, les autres célèbrent celle des petits veaux. Le secret de l’harmonie du troupeau réside dans le lien entre la vache et son veau. Le repos, la rumination, la balade et le repas se déroulent en communion. Se développe alors un sens aigu de l’attachement, de la communauté, de la relation pacifique, une fois la hiérarchie établie selon l’âge, la taille, les cornes et la personnalité. Les meuglements sont le vocabulaire de la cohésion. Animal social, sa présence est apaisante. Sa routine et son interaction avec nous créent un lien de compagnonnage de grande famille du vivant, dont la valeur n’a pas de prix, au-delà de la simple chaîne alimentaire.

À une époque sans attachement à l’animal vivant autre que domestiqué ou imaginaire, on conçoit inconfortablement ce qui auparavant était donné d’emblée.

Une image contenant mammifère, vache, plein air, bétail

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Le paysan montagnard, est directement soumis aux forces de la nature. Dans les climats peu propices aux cultures, le mode de vie est en fort lien avec les saisons. On découvre le secret pour conserver le lait : le transformer en beurre et en fromage solide, que l’on peut échanger contre du vin ou des céréales. On sèche le fourrage pour le stocker et nourrir les bêtes l’hiver. Aussi, on sèche, on fume ou on sale la viande pour la conserver au fil des saisons.

La proximité avec les saisons et les animaux ne fait plus vraiment partie du notre quotidien. Pourtant, c’est en observant les vaches que les anciens ont compris les cycles, appris la patience, la hiérarchie, le partage et autres valeurs paysannes telles la transformation des matières premières, la transmission des savoir-faire, l’utilisation ingénieuse, retenue et économe des ressources, ou encore l’entraide dans le travail exigeant.

La vache est un motif privilégié, sacré (Toggenburg, Appenzell, Gruyère). Authentique et enracinée, elle suscite un amour débordant. Pour embellir le quotidien, on déploie un talent foisonnant pour ornementer les foyers de tous bois, décorer les meubles, costumes, poteries, verreries et faïences, jusqu’aux ustensiles de cuisine, bretelles, pipes, montres, tissages et poya. Voués à l’usure, les objets du quotidien, même ceux destinés à la traite, sont de véritables chefs-d’œuvre, entretenus avec soin afin d’en prolonger la durée.

Sans honte, on entretient avec la vache une relation d’adoration, et un sentiment de dévotion.

Prométerre

Heidi Leclerc

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