Mon échange à Berkeley

J’ai eu la chance de partir un semestre à UC Berkeley. J’étais impatiente de découvrir cet endroit dont j’avais beaucoup entendu parler, et j’avais bien raison de l’être. Ce qui suit, c’est un retour honnête sur ce que j’y ai vécu.

Les préparatifs

Avant même de poser le pied sur le campus, il a fallu franchir un premier obstacle : l’obtention du visa étudiant américain. Les démarches se sont déroulées dans un contexte particulièrement tendu. L’administration Trump avait instauré un blocus sur les visas étudiants, ce qui compliquait pas mal les choses et semait le doute sur l’issue de ma demande.

C’est grâce à l’aide de mes proches qu’on a réussi à boucler toutes les démarches à temps. Chaque document, chaque rendez-vous, chaque formulaire a été rempli et préparé (c’était long, prenez-vous à l’avance). Le soulagement fut immense quand le visa est arrivé, juste avant le début du semestre.

UC Berkeley, c’est des dizaines de milliers d’étudiants à loger dans un rayon géographique restreint. Trouver un logement était la première étape concrète, et elle n’avait rien d’évident.

Par chance, j’ai trouvé une famille qui cherchait quelqu’un avec mon profil pour partager leur maison. C’est seulement une semaine avant mon départ que tout s’est finalisé. Au final, c’était plus qu’un simple toit, mais aussi une immersion directe dans la vie locale et une vraie chaleur humaine.

UC Berkeley

Le campus est imposant. Les bâtiments massifs, les allées bordées d’arbres centenaires, la tour du campanile qui domine l’horizon et sert de point de repère dans cet immense espace… tout ça dégage une énergie particulière. On s’y sent petit, mais paradoxalement porté par quelque chose de grand.

Au sud du campus, les rues se transforment en une artère estudiantine vivante, remplie de bars, restaurants et cafés où les conversations fusent à toute heure. Berkeley est une ville résolument tournée vers ses étudiants, et ça se sent à chaque coin de rue. Le merchandising de l’université est omniprésent, tout le monde arbore fièrement ses couleurs bleues et dorées et on perçoit une véritable fierté collective d’appartenir à cette institution.

Ce campus est aussi le berceau du Free Speech Movement, ce mouvement historique né dans les années 1960 qui a défendu le droit à la liberté d’expression sur les campus américains. Son héritage est palpable aujourd’hui encore : les débats entre étudiants sont nombreux, les stands de discussion foisonnent et les clubs en tout genre permettent à chacun de trouver sa communauté autour d’une passion commune. J’ai rarement vu un environnement aussi propice à l’échange d’idées.

Les cours eux-mêmes étaient de bonne qualité. Les professeurs, issus des meilleures universités américaines et leaders dans leurs domaines respectifs, dispensaient un enseignement vivant et interactif. Pouvoir interpeller librement un professeur en plein cours, lui poser des questions, débattre d’un point avec lui et voir des dizaines d’autres étudiants faire de même sans que cela soit perçu comme une perturbation, était une expérience rafraîchissante et stimulante.

Le campanile et sa vue sur le golde gate

Et puis il y avait ces moments en sortant des cours, levant les yeux vers l’horizon pour apercevoir le Golden Gate Bridge se découper dans la lumière dorée du coucher de soleil. Ces instants-là valaient à eux seuls le voyage.

Le sport occupe également une place centrale dans la culture de Berkeley. Les équipes universitaires bénéficient de budgets conséquents, les installations sportives sont impressionnantes et la quasi-totalité des étudiants pratiquent une activité physique. J’ai également pu assister à mes premiers matchs de football américain ; ce sont de vrais événements, toute la journée y est consacrée entre les rassemblements avant et après le match.

Match de football américains entre UC Berkeley et Stanford

San Francisco

Quand je pensais à San Francisco, j’imaginais une énorme ville, mais il se trouve qu’elle est plus petite que ce qu’on imagine, environ 870 000 habitants ; elle n’en est pas moins dense en contrastes et en énergie. Ses collines qu’on gravit à pied ou en cable car m’ont rappelé Lausanne, avec ses montées épuisantes et ses panoramas incroyables. On tombe amoureux de cette ville, même si en voiture c’est une autre histoire.

Autour de Berkeley et de San Francisco gravite un écosystème entrepreneurial très actif, dont le noyau se trouve à la Silicon Valley. Les startups fleurissent, les événements se multiplient, des accélérateurs comme Y Combinator, dont le président Garry Tan est intervenu lors d’une conférence à laquelle j’ai pu assister, attirent des talents du monde entier.

Ce qui m’a le plus frappé, c’est la culture du risque assumé. Tout le monde connaît quelqu’un qui a lancé sa startup, tout le monde a un projet. Les gens testent, échouent, recommencent et le marché suit. On n’a pas peur d’essayer des choses nouvelles. Cette énergie est contagieuse.

Mais San Francisco, c’est aussi une ville de contrastes assez violents. Le problème des sans-abris y est criant. Les loyers sont astronomiques, le coût de la vie vertigineuse, et le filet de sécurité sociale n’a rien à voir avec ce qu’on connaît en Europe. Une personne qui perd son emploi et à qui il arrive d’autres coups durs peut se retrouver vite à la rue et cette peur-là, on la sentait présente même chez des gens avec un bon job et une bonne situation.

Les soins médicaux, coûteux à l’extrême, constituent un autre gouffre. J’ai vu beaucoup de gens marcher en boitant, et j’ai souvent pensé qu’ils n’avaient pas pu se faire soigner correctement. Ce contraste entre la richesse tech affichée et la précarité humaine exposée est l’une des réalités les plus difficiles à digérer.

Et pourtant, dans ce contexte d’individualisme forcé, j’ai aussi observé de belles solidarités de proximité. Les voisins s’entraident, des petits collectifs se forment pour pallier les carences du système. Une forme de communauté organique, née de la nécessité.

Road trip et parcs nationaux

Un échange en Californie, c’est aussi une invitation à bouger. Et j’ai saisi cette invitation à deux mains. Les États-Unis, on ne comprend vraiment leur démesure qu’en les parcourant. Faire la côte ouest en road trip était une évidence, il faut le vivre au moins une fois et c’était l’occasion rêvée.

Monument Valley

J’ai découvert des paysages incroyables : les séquoias géants de Muir Woods, la Death Valley, Joshua Tree, le Grand Canyon, Monument Valley et plein d’autres… Chaque parc est un univers en soi.

J’ai aussi eu la chance de voir différentes facettes du pays : la finance à New York, l’entertainment à Los Angeles, la folie à Las Vegas, et la tech à San Francisco. L’American Dream, on le comprend mieux quand on voit la grandeur du pays, ces plaines immenses, ces distances folles et à quel point tout semble bâti sur cette idée que tout est possible si on ose.

Les rencontres

Si on me demandait ce que je retiens avant tout de cet échange, je répondrais sans hésiter : les gens. J’ai rencontré des personnes incroyables, venues des quatre coins du monde, avec qui on a partagé bien plus que des cours. On a traversé des parcs nationaux ensemble, testé les divers Denny’s sur notre chemin, vu des matchs et des concerts, ri de nos galères et célébré les petites victoires du quotidien.

Un échange, c’est une bulle hors du temps. Tout est nouveau, tout est intense, et ces souvenirs se gravent d’une façon particulière, indissociables des personnes avec qui on les a vécus. J’espère qu’on gardera ces liens longtemps.

Et les péripéties ne manquent pas ! Un rat qui s’est invité dans ma chambre, un vélo volé devant un bar, un logement de vacances annulé à la dernière minute alors qu’on était presque arrivés à destination… Autant d’imprévus qui, sur le moment, font grincer des dents, mais qui après coup deviennent les meilleures anecdotes à raconter. La vraie leçon ? On trouve toujours une solution. Toujours.

Foncez

Ce semestre à UC Berkeley a été bien plus qu’un échange académique. C’est une aventure humaine (c’est cliché mais vrai), une immersion culturelle, un endroit où j’ai appris autant sur moi-même que sur le monde qui m’entoure. Observer comment les choses fonctionnent ailleurs (l’éducation, l’entrepreneuriat, la solidarité, l’individualisme, etc.) donne un regard neuf et précieux sur notre propre façon de faire les choses, sur ce qu’on pourrait améliorer, sur ce qu’on ne réalise pas toujours avoir la chance d’avoir.

Si vous hésitez à partir en échange, si l’appréhension vous freine, si vous vous dites que c’est trop compliqué, trop loin, trop incertain, retenez ceci : on se débrouille toujours. Pour chaque problème, il existe une solution. Et les souvenirs que vous rapporterez, les personnes que vous rencontrerez, les paysages que vous verrez, les leçons que vous apprendrez en valent largement la peine.

Cet échange m’a donné envie de continuer à voyager, à découvrir, à m’étonner. Il m’a rappelé que le monde est vaste, que nos certitudes sont relatives et que l’inconfort du départ est souvent le prix à payer pour les plus belles expériences de sa vie. Alors, si vous en avez l’occasion : foncez.

En roadtrip

Mina Ghassabi

 

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