La Fondation Jean Monnet pour l’Europe à Dorigny – Lausanne, organisait le 23 novembre dernier une conférence en ligne sur le thème du journalisme en Europe. Il s’agissait d’un dialogue intitulé « Journaliste d’Europe – entre mythe et réalité » entre deux invités de marque. Était donc présente Isabelle Ory, journaliste correspondante à Bruxelles d’Europe 1 et de la Télévision Suisse-Romande (RTS) ; un visage très connu pour la clarté et la qualité de chacune de ses interventions. L’autre intervenant était Richard Werly, correspondant français aux affaires européennes pour le quotidien Le Temps. Il vient d’ailleurs de recevoir le prestigieux prix Jean Dumur 2020 pour l’excellence de son travail journalistique et il vient aussi de co-publier aux éditions Nevicata le livre intitulé « EUROPE, rallumer les étoiles ». Cette conférence, que vous pouvez revoir sur la chaîne YouTube de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe, a fortement attiré notre attention, c’est pourquoi nous sommes ravis de vous en proposer un bref résumé en nous axant sur quelques questions qui nous ont particulièrement intéressés, en tant qu’apprentis journalistes.

Richard Werly et Isabelle Ory accueillis en ligne par Gilles Grin

Soulignant les principaux points de ce dialogue, nous commençons par un discours introductif du directeur de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Gilles Grin : « Les objectifs essentiels de ce dialogue sont d’une part de mieux connaître un métier passionnant au cœur de la démocratie, d’autre part d’en savoir plus sur le fonctionnement de la construction européenne ». Ces quelques mots nous ont immédiatement captivés.

Les intervenants ont répondu à des questions liées au journalisme du monde, et en particulier au métier de journaliste d’Europe, et ils ont expliqué certains défis auxquels sont confrontés les journalistes d’aujourd’hui. Autrement dit, « est ce qu’il y aurait une sorte de profil idéal pour suivre l’actualité européenne ? » Pour les personnes qui souhaiteraient devenir journaliste aux affaires européennes, les intervenants ont donné quelques précieux conseils. « Vous n’avez pas besoin de compétences particulières pour devenir correspondant. Le propre d’un journaliste, c’est de pouvoir être à peu près partout et raconter [des faits] à propos de pays différents. Un correspondant européen doit avoir le goût pour les cultures européennes par la connaissance des langues européennes », selon Richard Werly. « Il faut aussi avoir un goût des questions économiques ». Isabelle Ory poursuit en déclarant que le correspondant devrait avoir du plaisir à se plonger dans les dossiers complexes. « Comme journaliste, vous devez aller dans les détails, les comprendre bien, parce que, souvent, dans les détails se cachent les enjeux. Vous devez être capable de vous en abstraire. Si vous travaillez pour la télévision, il faut vraiment être capable d’oublier tous ces détails sur lesquels vous consacrez beaucoup de temps pour après raconter une histoire ; il faut donc s‘abstraire de ces détails pour être capable de dégager les lignes de force, les grands enjeux. Donc, cela demande à la fois ce goût du détail et, en même temps, la capacité de s’en affranchir ensuite. »

Isabelle Ory ajoute ensuite que Bruxelles est un paradis des journalistes, parce que c’est un paradis des sources. « Le problème n’est pas de trouver des sources, le problème est de ne pas être submergé par les sources, parce que vous avez un Parlement européen avec des délégations de différents pays, [il y a donc] plus de 700 hommes et femmes politiques, qui viennent de 27 pays, qui sont dans des partis politiques différents. Donc, vous avez comme source : les groupes politiques, les délégations nationales, les assistants […], les parlementaires eux-mêmes… Ensuite, vous avez les administrations : l’administration du Parlement, de la Commission, du Conseil, les diplomates des 27 pays qui sont présents (et certains pays ont de très grosses représentations), les commissaires, tous les lobbyistes, les ONGs, les groupements d’intérêts… Vous avez une montagne de sources devant vous ! »

Les intervenants ont également répondu à la question de savoir s’il existe une différence importante entre travailler pour la presse écrite ou pour les médias audiovisuels. « Est-ce que le travail est différent seulement au niveau de la restitution ou est-ce qu’il est différent d’après tout le processus journalistique suivant qu’on va écrire un article, ou parler à la radio ou intervenir à la télévision ? » Les différences existent bien sûr, la télévision étant davantage dans l’immédiateté et dans le visuel.

Isabelle Ory et Richard Werly ont conclu en discutant de la communication des institutions européennes et répondu à des questions liant directement la Suisse et l’Europe, qui sont en relations bilatérales. Ils ont expliqué dans quelle mesure les journalistes européens, qui rédigent et publient des textes ou des reportages, sont plus ou moins encadrés par des lignes directrices éditoriales. Ils ont également dit quelques mots sur la capacité des Suisses à parler des questions européennes.

Isabelle Ory était en direct de Bruxelles et Richard Werly répondait depuis les États-Unis, où il venait de couvrir les élections américaines pour Le Temps.

Les deux intervenants sont d’accord sur le fait que, à Bruxelles, il y a un fort potentiel de narration. Selon eux, les jeunes internautes doivent savoir que, même si ce sujet peut paraître ennuyant, complexe ou difficile, il s’agit de l’épicentre de la question diplomatique et géopolitique, pour tous les pays de l’Union européenne, et qui est représentée au travers de leurs médias respectifs.

Nous avons eu énormément de plaisir à suivre cette conférence, que vous pouvez retrouver ici ou sur le site web de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe.

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Andrea Vucicevic
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