Le mardi 18 février 2025, Reza Pahlavi a pris la parole lors du Sommet des Droits Humains à Genève, un moment fort de son engagement politique. L’événement a rassemblé des militants, des diplomates et une foule d’Iraniens venus d’Iran comme d’Europe et de Suisse, venus à sa rencontre dans l’espoir de vivre un instant presque historique, notamment pour la place qu’occupe Genève et ce sommet à l’international. Pour beaucoup, sa présence était symbole et synonyme d’espoirs en vue d’un Iran libéré, et son discours marquerait une étape clé dans la lutte contre la République islamique.
Face à cette assemblée, Reza Pahlavi, non sans émotions, a dénoncé la répression des mollahs, tout en esquissant une alternative claire pour l’avenir. Loin des clichés sur une possible restauration monarchique, il a insisté sur le droit du peuple iranien à s’auto-déterminer, à décider lui-même de son avenir, sans ingérence idéologique. Son projet n’est ni un retour nostalgique au passé glorieux de l’empire Perse, ni un simple rejet de la théocratie, mais une vision d’un Iran libéré d’une dictature solidement établie.
Pour saisir pleinement son rôle dans cette dynamique, il est essentiel de revenir sur son parcours, sur son engagement de longue date et sur la place qu’il occupe dans la lutte pour la liberté de l’Iran.
Un Héritier forgé en Exil

Né en 1960, Reza Pahlavi grandit dans un Iran en pleine mutation sous le règne de son père, le Shah Mohammad Reza Pahlavi. L’époque est marquée par un développement économique rapide et une modernisation des infrastructures, mais aussi par des tensions croissantes entre le pouvoir monarchique et ses opposants, qu’ils soient islamistes ou marxistes. Si le régime du Shah cherche à faire de l’Iran une puissance régionale, notamment avec l’impulsion de la « Révolution Blanche », il suscite aussi des résistances internes, alimentées par un mécontentement social et politique qui finira par provoquer la Révolution islamique de 1979, menée par les partisans de l’Ayatollah Khomeini.
Exilé à seulement 19 ans, Reza Pahlavi voit son destin basculer du jour au lendemain. D’héritier du trône, il devient un opposant en exil, témoin de la mise en place d’un régime théocratique qui plonge l’Iran dans une ère de répression et d’isolement international. Plutôt que de disparaitre de la scène publique, il choisit d’engager un combat politique et diplomatique de long terme pour dénoncer la dictature des mollahs et préparer une alternative démocratique.

Durant plus de quarante-cinq ans, il structure une opposition qui se veut au-delà des clivages monarchistes ou républicains. Il mise sur une transition ordonnée et pacifique, cherchant à éviter les erreurs du passé et à garantir une stabilité qui empêcherait l’Iran de sombrer dans l’anarchie post-révolutionnaire.
Si son engagement s’est d’abord concentré sur la mobilisation de la diaspora iranienne, son rôle s’est renforcé ces dernières années face à l’affaiblissement progressif de la République islamique. Alors que le régime accumule les échecs, tant sur le plan interne qu’international, la question n’est plus de savoir si les mollahs tomberont, mais quand. C’est dans cette dynamique que Reza Pahlavi s’impose aujourd’hui comme une figure incontournable de l’après-régime, à l’heure où la République islamique semble plus fragile que jamais
Une République Islamique en Survie : Les Mollahs sur la corde raide

Au fil des quatre dernières décennies, la République islamique d’Iran a survécu en jouant sur deux fronts : la répression intérieure pour contenir une population de plus en plus hostile (appauvrissement de la population, avilissement des femmes, exécution de masses), et l’exportation du chaos à l’étranger pour maintenir son influence et détourner l’attention de ses propres failles. Face à une légitimité qui s’érode, elle a bâti un réseau de forces paramilitaires lui permettant de prolonger son emprise régionale sans s’exposer directement aux représailles.
Le Hezbollah au Liban, les houthis au Yémen, les milices chiites en Irak et en Syrie, ainsi que le Hamas et le Jihad Islamique en Palestine, sont autant de relais lui permettant d’alimenter des conflits sans apparaitre en première ligne. L’Iran n’est pas un simple acteur secondaire dans ces affrontements : il les orchestre, finance et instrumentalise, cherchant à transformer chaque crise en un levier de négociation et de survie. Mais aujourd’hui, ce modèle atteint ses limites.
Ces dernières années, la détérioration de ses capacités militaires et diplomatiques a profondément fragilisé le régime. Israël a intensifié ses frappes ciblées contre ses infrastructures en Syrie et en Irak, réduisant sa marge de manœuvre et exposant l’inefficacité croissante de sa présence militaire hors de ses frontières. Le Hezbollah, autrefois perçu comme un rempart inébranlable, subit une crise interne majeure, miné par l’effondrement économique du Liban et une contestation populaire et politique qui remet en question son emprise sur le pays. Le Hamas, bien que toujours lié à Téhéran, paie le prix de l’exploitation cynique du conflit israélo-palestiniens, utilisé comme un simple instrument de la stratégie iranienne.

Cette situation met en lumière une erreur majeure de perception en Occident. Beaucoup voient encore les conflits du Moyen-Orient comme des affrontements locaux, sans mesurer le rôle central de l’Iran dans leur escalade. En réduisant par exemple le conflit israélo-palestinien à une lutte bilatérale, on ignore que le Hamas et le Hezbollah ne sont pas des résistances indépendantes, mais des instruments de la stratégie iranienne. Soutenir cet « axe de la résistance » revient donc, consciemment ou non, à appuyer la République islamique et son modèle de terreur.
Non loin de réellement défendre la cause palestinienne, la République Islamique a exploité ce conflit pour justifier son expansion idéologique régionale et ses ambitions géopolitiques, empêchant toute résolution durable afin de maintenir une pression constante sur ses adversaires. En entretenant une guerre permanente contre Israël, Téhéran préserve son influence et empêche tout recentrage des débats sur la situation iranienne.
Mais c’est sur le plan économique que la République islamique vacille le plus gravement. Dès son premier mandat, l’administration Trump avait imposé un gel massif des avoirs iraniens, bloquant des milliards de dollars et coupant le régime de ressources vitales. Cette politique avait fortement limité le financement de ses alliés militaires et affaibli les Gardiens de la Révolution, freinant ainsi l’expansion régionale de l’Iran.

Cependant, sous prétexte de négociations diplomatiques, l’administration Biden a assoupli ces restrictions, débloquant plusieurs milliards de dollars qui ont été immédiatement détournés au profit de l’appareil militaire et répressif du régime. Loin de servir la population iranienne, ces fonds ont renforcé la capacité du pouvoir à poursuivre sa politique d’oppression interne et de déstabilisation régionale.
À plusieurs reprises, l’Occident a contribué à la consolidation du régime iranien en adoptant une approche conciliante, en négociant avec Téhéran sous la menace ou pour la libération d’otages. Ces compromis ont permis au régime de survivre malgré une pression intérieure croissante, lui offrant une légitimité internationale qu’il a exploitée pour contourner les sanctions et maintenir son influence.
Cette dynamique s’est cependant inversée brutalement avec le retour de Donald Trump, annonçant une reprise des sanctions maximales et un isolement économique accru. Le régime redoute ce scénario, sachant que l’arrivée de Trump au pouvoir a déjà remis en cause les gains obtenus sous Biden, notamment en intensifiant la pression militaire et diplomatique sur Téhéran.
L’isolement iranien s’est aussi aggravé le mercredi 29 janvier 2025, lorsque la France a officiellement adopté la proposition de classer les Gardiens de la Révolution comme une organisation terroriste, mettant fin à des années de complaisance européenne. Jusqu’alors, plusieurs États maintenaient des canaux de négociation avec Téhéran, cédant régulièrement à ses exigences, notamment sur la question des otages et des menaces nucléaires. Cette approche avait permis au régime de contourner les sanctions et d’assurer la continuité de son financement, renforçant sa posture malgré une contestation interne croissante.
Aujourd’hui, la République islamique n’a plus de marge d’erreur. L’économie est au bord de l’effondrement, la contestation intérieure n’a jamais été aussi forte, et ses alliés régionaux sont eux-mêmes en crise. Son seul levier de survie reste l’exploitation des tensions et la manipulation des conflits, mais ce modèle se heurte désormais à une prise de conscience progressive des puissances occidentales, qui commencent à percevoir l’Iran comme le véritable moteur des déstabilisations successives au Moyen-Orient.
La question n’est plus de savoir si la République islamique tombera, mais à quel prix et dans quelles conditions. Car si cette chute n’est pas anticipée, elle pourrait laisser derrière elle un vide dangereux, propice aux rivalités internes et aux nouvelles ingérences étrangères.
Reza Pahlavi en Europe : Une Mobilisation Sous Tension

Alors que la République islamique vacille sous le poids de ses conflits internes et de la pression extérieure, Reza Pahlavi a intensifié ses efforts diplomatiques, menant une tournée européenne stratégique en 2025. Son objectif est clair : renforcer l’opposition en exil, fédérer la diaspora iranienne et mobiliser les gouvernements occidentaux sur l’urgence d’une transition démocratique en Iran.
Mais cette tournée ne s’est pas déroulée sans tensions. Munich a refusé à deux reprises en l’espace d’une semaine d’accueillir ses interventions, provoquant une vague d’indignation parmi les Iraniens exilés. Cette décision, largement critiquée, a été perçue comme un signe de complaisance des politiques allemandes envers Téhéran, témoignant de l’influence que la République islamique continue d’exercer sur certaines sphères politiques en Europe. Les manifestations qui ont suivi à Munich ont illustré la détermination croissante de la diaspora iranienne, refusant que la voix de l’opposition soit étouffée par des calculs diplomatiques.
Dans un contexte où le régime iranien cherche à étouffer toute contestation au-delà de ses frontières, la tournée de Reza Pahlavi revêt une importance symbolique et stratégique majeure. Elle souligne l’émergence d’un front d’opposition organisé, capable de peser sur les décisions internationales et d’offrir une alternative crédible au système en place.
Un Iran en quête de Renaissance : Non à la Monarchie, Non à la Théocratie
Contrairement aux simplifications médiatiques, qui les appellent « monarchistes », les Iraniens qui scandent le nom des Pahlavi dans les manifestations ne réclament pas un retour à l’ancienne monarchie, mais un retour à une identité nationale confisquée par la République islamique. Ce qui s’exprime dans ces soulèvements, c’est le rejet d’un régime qui a tenté d’effacer l’histoire et la culture iranienne au profit d’une idéologie imposée, étrangère aux fondements même de la civilisation perse.
Cette aspiration se traduit par une redécouverte des racines pré-islamiques du pays, notamment à travers la résurgence du zoroastrisme, une religion millénaire qui, pour beaucoup, incarne un Iran libéré de l’emprise théocratique. Il ne s’agit pas seulement d’une nostalgie du passé, mais d’une réappropriation culturelle, un rejet de l’uniformisation imposée par le régime. La langue persane elle-même, malgré des décennies de tentatives d’arabisation, demeure un bastion de cette résistance.

Cette réappropriation va bien au-delà de la sphère culturelle. Elle traduit une volonté de rompre avec un système qui a façonné l’Iran autour d’un dogme religieux et d’une idéologie politique répressive. Ce n’est pas seulement l’islamisme politique qui est remis en cause, mais toute l’architecture d’un régime qui a construit son pouvoir sur la négation de l’identité plurielle et millénaire de l’Iran.
Si l’avenir du pays reste incertain, une chose est claire : les Iraniens ne cherchent pas à revenir en arrière, mais à restaurer une souveraineté qui dépasse les structures politiques imposées par la République islamique. Ils ne veulent ni d’un pouvoir religieux qui contrôle leurs vies, ni d’une nostalgie figée dans le passé, mais d’un Iran qui puisse enfin se réconcilier avec lui-même.
Une Transition Maitrisée : Vers un Gouvernement Provisoire
Ce tour d’horizon fait, revenons à Genève, lors du Sommet des Droits Humains. Sommet durant lequel Reza Pahlavi ne s’est pas seulement présenté comme un opposant en exil, mais comme le porte-voix d’un peuple déterminé à reprendre son destin en main. Dans la salle et sur la place des Nations Unis, des Iraniens venus de toute l’Europe, certains ayant fui leur pays récemment, d’autres en exil depuis des décennies. Tous réunis par une même certitude : l’Iran est à l’aube d’un tournant historique.
“Before I begin, I would like to thank the thousands of my fellow compatriots who have come from all over the world to be here today to demonstrate their love of Iran and their commitment to its liberation.”
Son discours ne se voulait pas seulement un réquisitoire contre la République islamique, mais une feuille de route pour éviter que la chute du régime ne mène au chaos. Contrairement à d’autres figures de l’opposition, il ne cherche pas à imposer une vision toute faite pour l’Iran post-mollahs, mais à garantir un cadre dans lequel le peuple iranien pourra lui-même décider de son avenir.
“At the call of my fellow Iranians, I am stepping forward to lead this movement and transition. Not for myself, nor for post or power, but to answer the call and do my duty as a patriot. »
Son projet repose sur cinq axes majeurs : mobiliser la résistance intérieure, unifier la diaspora, intensifier la pression internationale contre le régime, encourager les défections au sein de l’Etat, et préparer la reconstruction du pays. Il insiste sur le fait que cette transition ne peut pas être improvisée, sous peine de plonger l’Iran dans une instabilité qui profiterait soit aux factions extrémistes, soit aux ingérences étrangères.
“My strategy for dismantling this regime and rebuilding Iran is clear: mobilizing grassroots networks inside Iran, uniting the diaspora, pressuring G20 governments to impose maximum pressure on the regime while providing maximum support to the people, splitting the regime and encouraging defections, and preparing for political stabilization, democratic elections, and Iran’s economic development and reconstruction.”
Mais au-delà des stratégies politiques et diplomatiques, c’est la question de l’unité nationale qui traverse son discours. Pendant des années, la République islamique a cherché à fragmenter la société iranienne, opposant les ethnies, les provinces, les courants religieux et idéologiques. Or, les révoltes récentes ont montré une volonté profonde d’unité, une aspiration à reconstruire un pays qui ne soit ni un État théocratique, ni une dictature autoritaire, mais une nation souveraine où la liberté et la justice sont enfin rétablies.
“We are not just fighting against the Islamic Republic. We are fighting for Iran. So let me be clear: we will never, ever allow our nation to be divided. We see this on the streets of cities across Iran as a nation has risen in unity.”
Il sait que la chute des mollahs ne signifiera pas automatiquement l’avènement d’une démocratie stable. Ce moment de bascule sera le plus critique de l’histoire contemporaine de l’Iran et du Moyen-Orient. L’absence d’une transition structurée pourrait ouvrir une période d’instabilité prolongée, avec des luttes de pouvoir internes et des interférences étrangères. C’est pourquoi il insiste sur la nécessité d’un gouvernement provisoire, capable de garantir une transition pacifique jusqu’à l’organisation d’élections libres et transparentes.
Enfin, il rappelle que cette lutte n’est pas seulement celle d’un peuple contre ses oppresseurs, mais un combat pour restaurer un Iran digne et respecté sur la scène internationale. Loin d’être une quête personnelle de pouvoir, son engagement vise à mettre en place les conditions d’un retour à la souveraineté populaire, où l’Iran pourra enfin décider de son destin sans être otage d’une idéologie imposée par la force.
“The Iranian people do not ask for your pity. They ask for your partnership. Our question is : Will you stand witz us ?”
Sous les applaudissements d’une foule en émotions, le prince Reza Pahlavi suscite non pas une nostalgie du passé, mais l’espoir d’un peuple qui entrevoit enfin la possibilité d’un avenir différent. Un Iran libre de choisir, libre de redevenir une nation souveraine et moderne, après des décennies d’obscurantisme et d’oppression.
L’Iran à l’Aube d’un Changement Historique
Jamais la République islamique n’a semblé aussi vulnérable. Affaiblie sur le plan militaire, isolée diplomatiquement et confrontée à une défiance intérieure croissante, elle vacille sous son propre poids. Pendant des décennies, elle a tenu par la répression et la peur, mais ces leviers s’érodent face à un peuple qui ne se résigne plus.
À Genève, alors que son discours touchait à sa fin, Reza Pahlavi a retrouvé une foule qui l’attendait. Il est allé à leur rencontre, non pas pour des symboles, mais pour témoigner d’une cause qui dépasse les frontières et le temps. Il sait que l’avenir ne se joue pas seulement dans les exils, mais aussi dans les rues d’Iran, où les tensions persistent et où, par endroits, la contestation reprend sporadiquement.

L’histoire de l’Iran, et avec elle celle du Moyen-Orient, est en train de se réécrire. Le pays des droits de l’homme sous Cyrus et de la première laïcité saura-t-il se relever de ses cendres ? La réponse ne se trouve ni dans les salles de conférence ni dans les cercles diplomatiques, mais entre les mains de ceux qui, malgré tout, continuent d’y croire.
Dario Joan-Anton Domènech
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Littéraire :
RAZAVI Emmanuel : La face cachée des mollahs : Les dessous de la révolution iranienne. Éditions du Rocher, 2022.
DESERABLE Francois-Henri : L’usure d’un monde : Une traversée de l’Iran. Gallimard, 2023
Internet
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