Movember : le mal des mâles

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Connaissez-vous le kiwi ?

Il s’agit d’un petit oiseau de la famille des aptérygidés. Loin de l’agitation lausannoise, il préfère le calme des forêts néo-zélandaises. Cette petite boule de plumes, et non de poils, facilement reconnaissable, mérite qu’on s’y attarde.

Les kiwis vivent souvent à deux. Ils font partie de ces rares espèces fidèles, qui choisissent de vivre en couple. Mais attention : même côte à côte, seul un œil expert saurait distinguer le kiwi mâle de sa femelle. Bien qu’il sécrète des hormones sexuelles, le mâle ne voit pas pousser de barbe sous ses plumes. Il ne s’impose pas par sa carrure ; au contraire, la femelle kiwi est naturellement plus forte et plus volumineuse. Il crie, oui, mais d’une voix plus aiguë et discrète que celle de sa compagne. Heureusement, il ne subit pas non plus les effets indésirables de la testostérone : analysés depuis leur découverte, il y a de cela plusieurs siècles, aucun kiwi recensé ne présentait un petit crâne dégarni…

Et pourtant, il ne fait aucun doute que s’il le pouvait, le kiwi mâle porterait fièrement une moustache au-dessus de son long bec car il sait, mieux que quiconque que, même bien au chaud à deux dans son nid, nul n’est à l’abri : la maladie peut frapper n’importe qui.

Au risque de décevoir nos lecteurs les plus ornithophiles ou passionés en pomologie, en ce mois de novembre, cet article n’a, en fait, pas vocation à vous parler de kiwis…

Depuis plus de deux décennies, chaque mois de novembre est l’occasion de parler de santé masculine. Cancer des testicules, de la prostate ou santé mentale masculine sont autant de sujets qui semblent mériter qu’on s’y attarde.

Toi, notre lecteur assidu, si tu existes, je vois ton petit sourire se dessiner au coin de tes lèvres. C’est normal ! Malheureusement, ce rictus que tu essaies de dissimuler sous ta moustache est précisément la raison d’être de « Movember ». Par gêne, pudeur ou crainte, les hommes ont trop souvent tendance à minimiser leurs propres problèmes de santé. Sous la casquette comme sous la ceinture, il s’agit de ton intimité. Qui de mieux que toi pour en être le gardien ? Et comme l’actualité nous l’a récemment démontré : il n’est pas toujours chose aisée d’être gardien des joyaux de la Couronne…

Cet article te propose de revenir sur les quelques essentiels à connaitre pour s’assurer de préserver au mieux le trésor de ta santé.

Sous les ceintures : le cancer

Mais, tout d’abord, qu’est-ce qu’un cancer ?

Ce terme vous est peut-être déjà familier si vous avez lu notre précédent article en hommage à la campagne « Octobre Rose ». Voici tout de même, en quelques mots, un rappel. Le cancer est une maladie complexe qui se caractérise par la prolifération incontrôlée de cellules devenues anormales à la suite de mutations de leur génome. Ces cellules peuvent envahir l’organisme et former des foyers cancéreux à distance de la tumeur primaire : des métastases.

Tout organe peut être victime de ce phénomène. Ici nous allons parler de deux cancers qui touchent exclusivement les hommes : le cancer du testicule et le cancer de la prostate.

Une structure clé dans la reproduction masculine : le testicule

Situées dans une sorte de petit sac nommé scrotum, les testicules sont deux structures ovoïdes mesurant environ 4 à 6 centimètres. Les testicules ont deux fonctions principales : ils produisent les hormones sexuelles androgènes, principalement la testostérone ; et sont le siège de la fabrication des spermatozoïdes.

À la manière d’un oignon, le testicule est entouré de plusieurs couches de tissus. Sous la peau se trouve une première couche appelée tunique dartos. Même si tu ne l’as jamais vue, nous sommes pérsuadés que tu connais déjà son existence. Composée de fibres musculaires, la tunique dartos peut se contracter, notamment pour rapprocher les testicules du corps. Et oui, lorsque tu es parfaitement réchauffé en bronzant sur le sable, puis que tu te décides à faire une petite trempette. Alors tu t’éloignes progressivement du rivage, et au moment où, même sur la pointe de pied, l’immersion devient inévitable, ta tunique dartos se rétracte … ne serait-il pas malheureux que tes kiwis gèlent ?

Plus en profondeur, se trouvent d’autres enveloppes, dont la tunique albuginée : une couche de tissus rigide directement accolée au testicule. Lors de la palpation, il est probable que tu sentes aussi au sommet de ton testicule, une structure allongée. Pas d’inquiétude, il s’agit très probablement de l’épididyme. Cette petite protubérance assure la transition entre le testicule et le canal déférent. Le schéma ci-dessous t’offrira une vision plus claire de la chose.

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Le cancer du testicule

Maintenant que l’anatomie n’a plus de secret pour toi, il est temps d’entrer dans le vif du sujet : le cancer du testicule. Ce cancer, dont l’incidence est en augmentation dans les pays industrialisés, représente 1% de tous les cancers masculins. Il touche majoritairement les hommes jeunes âgés de 15 à 35 ans. Les cancers du testicule peuvent être classés en plusieurs types, mais nous les simplifierons ici.

Il faut, cependant, savoir que plus le cancer est détecté précocement, plus les chances de guérison sont grandes. C’est là, messieurs, que votre rôle de gardiens des joyaux de la couronne prend tout son sens ! En effet, il est recommandé de s’auto-palper les testicules un fois par mois à la recherche d’anomalies.

Ces quelques lignes vous guideront dans l’examen de vos deux … « kiwis »:

Idéalement procédez à la palpation de vos deux boules de plumes (ou de poils) après une douche chaude.

  1. Commencez par les saisir par-dessous avec la main ouverte pour évaluer leur taille et leur poids. Remarquez-vous un changement par rapport à votre précédente palpation ?
  2. Placez ensuite votre index et votre majeur sous un de vos kiwi et faites-le rouler d’avant en arrière avec le pouce. Sentez-vous une masse ou une bosse ? Effectuez la même manœuvre sur l’autre kiwi.
  3. Placez vous face à un miroir et observez vos deux petits compagnons. Semblent-ils gonflés ou observez-vous d’autres anomalies ?

Si vous repérez une masse, une gêne, un élargissement, un changement de taille de l’un de vos testicules ou encore que vous ressentez une douleur dans le bas ventre ou dans l’aine, c’est signe que la situation nécessite d’être analysée par un médecin. Bien entendu, ces symptômes ne sont pas spécifiques au cancer du testicule et requièrent donc l’avis d’un professionnel de santé.

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Le carrefour du système génito-urinaire masculin : la prostate

La prostate est une structure dont le nom est souvent évoqué, mais rares sont ceux qui savent vraiment où elle se trouve et à quoi elle sert. En effet, ce petit organe doit sa notoriété aux pathologies qui l’affectent plus qu’à sa fonction physiologique.

Comme le testicule, la prostate est une glande du système reproducteur masculin. De la taille d’une balle de ping-pong, elle se situe autour de l’urètre et produit le liquide prostatique qui se mélange aux spermatozoïdes pour former le sperme. Ce liquide a un rôle d’activateur sur les spermatozoïdes. La prostate est traversée à la fois par le canal éjaculateur qui transporte les spermatozoïdes et par l’urètre prostatique qui transporte l’urine provenant de la vessie. Ainsi, elle constitue un véritable aiguillage entre le système reproducteur et le système urinaire chez l’homme.

Le cancer de la prostate

Parlons maintenant du cancer le plus fréquent chez l’homme : le cancer de la prostate : plus de 6000 cas par an en Suisse, majoritairement après 50 ans. A ne pas confondre avec un grossissement bénin de la prostate qui peut survenir avec l’âge. La progression du cancer de la prostate est généralement lente et ne provoque pas de symptômes ce qui rend sa détection parfois difficile dans les débuts de la maladie. C’est pour cela qu’un dépistage par prise de sang et examen médical peut vous être proposé par votre médecin traitant dès un certain âge.

Lorsqu’ils apparaissent, les symptômes se présentent par des difficultés à uriner (jet faible, écoulement goutte-à-goutte) voire des douleurs ; un besoin plus fréquent d’uriner : du sang dans les urines ou lors de l’éjaculation. Une fois encore, il est impératif de consulter un médecin dans ces situations.

Et sous la casquette ?

Derrière l’image de l’homme fort, virile et qui ne pleure jamais, se cache souvent une réalité toute autre. Et oui messieurs, sous vos casquettes ce ne sont pas toujours vos calvities que vous tentez de dissimuler, mais parfois des préoccupations plus profondes. Si tel est votre cas, sachez premièrement que vous n’êtes pas seuls : en Suisse, par exemple, 14% des hommes souffrent de détresse psychologique et 8% présentent des symptômes dépressifs. On observe également un nombre plus élevé de suicide chez les hommes par rapport aux femmes. Ces quelques chiffres nous démontrent malheureusement que la santé mentale est une problématique importante et qu’il ne faut surtout pas la négliger. Ainsi, à l’occasion de la campagne Movember, rappelons-nous qu’être un homme c’est aussi savoir prendre soin de son mental et demander de l’aide quand on en a ras la casquette.

En bref, en ce mois de novembre, laissons pousser nos plus belles moustaches en hommage à tous les hommes qui se battent contre la maladie. Qu’elle soit physique ou mentale, elle touche à l’intime et peut chambouler la vie de tout homme, aussi fort soit-il. En portant la moustache, tu offre ton soutien. Avec ces simples poils sur ta lèvre supérieure, tu rappelles que la santé n’est jamais acquise, et que pour « s’en battre » de la maladie, il faut d’abord prendre soin de sa santé…

Alexandre et Charlotte Leyvraz

Sources :

 

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