BYD, Temu, Xiaomi, Deepseek, pour ne citer que les plus connues de ces marques chinoises. Chacune dans un style bien particulier, arrivent sur le marché occidental, ou sont déjà bien établies, et concurrencent farouchement toutes les entreprises locales. Cette concurrence existe-t-elle réellement ? En effet, au vu des prix proposés dans toutes leurs gammes de produits, la qualité intrinsèque de ceux-ci et la valeur fondamentale que le consommateur en retire, il est possible d’émettre des doutes quant à une concurrence loyale. Passage au crible fin de ces entreprises qui souhaitent se tailler une part de marché colossale, sans parfois ne respecter aucune règle logique économique.
BYD
En 2025, BYD (Build Your Dreams), fondée en 1997, s’impose comme un acteur majeur de l’automobile mondiale grâce à une expansion rapide et des stratégies audacieuses.

En février 2025, BYD lance l’Atto 2, un SUV compact électrique visant à concurrencer le Peugeot e-2008 et le Kia Niro. Pour contourner les barrières tarifaires, une usine en Hongrie démarre fin 2025, avec une capacité annuelle de 150 000 véhicules (Dolphin et Atto 3). Une seconde usine ouvrira en Turquie en 2026, bénéficiant de l’union douanière avec l’UE.
En 2024, BYD a vendu 15 644 voitures électriques en Europe, atteignant 1,1 % du marché. L’objectif est 5 % en 2025, soutenu par une production accrue et un réseau de concessionnaires renforcé. En Espagne, la marque a enregistré une croissance spectaculaire de +874 %, avec 1 473 ventes entre janvier et juillet 2024.
Avec un investissement annuel de 5,5 milliards de dollars en R&D et 102 000 ingénieurs, BYD dépose 32 brevets par jour ouvrable. Son usine produit 4 400 véhicules par jour. Stella Li, vice-présidente de BYD, compare la marque à « l’iPhone de l’industrie automobile », soulignant son ambition technologique et premium.
BYD s’impose comme un rival sérieux pour les constructeurs occidentaux, et l’essor de Temu promet d’être encore plus impressionnant.

Usine BYD, 4400 véhicules par jour
TEMU
Filiale de PDD Holdings, Temu s’impose en 2025 comme un acteur clé du commerce en ligne en Occident grâce à des stratégies agressives et une adaptation rapide aux marchés locaux.

Lancée aux États-Unis en 2022, Temu a atteint 292 millions d’utilisateurs actifs mensuels en 2024, dont 185,6 millions aux États-Unis et 92 millions en Europe. Présente dans 80 pays, elle s’est implantée sur des marchés clés comme le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et l’Espagne.
La firme propose des prix 50 à 80 % inférieurs à ceux de la concurrence en supprimant les intermédiaires et en profitant des coûts de production chinois. En 2023, elle a investi 2 milliards de dollars en publicité, soit autant que Netflix, qui existe pourtant depuis 1997.
Pour accélérer ses livraisons et réduire les barrières douanières, le géant chinois développe des entrepôts et collaborations locales. Au Royaume-Uni, elle recrute des vendeurs locaux pour garantir une livraison en 1 à 2 jours.
En 2025, l’administration Trump a supprimé l’exemption « de minimis », qui évitait les droits de douane pour les colis de moins de 800 $. L’entreprise a dû revoir sa logistique et renforcer ses opérations locales. En Europe, elle est sous enquête pour sécurité des produits et protection des consommateurs.
Grâce à une politique tarifaire agressive, une expansion rapide et une adaptation aux contraintes locales, Temu s’impose comme un redoutable concurrent du e-commerce occidental.

Le raz-de-marée Deepseek
En 2025, DeepSeek, start-up chinoise d’intelligence artificielle, s’impose comme un rival sérieux des géants occidentaux grâce à des modèles performants, économiques et des stratégies agressives.

En janvier 2025, la startup dévoile DeepSeek-R1, un modèle aux performances comparables à GPT-4 d’OpenAI, mais développé à une fraction du coût.
L’arrivée de l’entreprise chinoise a provoqué un séisme boursier : en une journée, Nvidia a perdu 593 milliards de dollars de capitalisation, un record historique. L’efficacité de la firme remet en cause les investissements massifs des entreprises occidentales en IA.
En février 2025, Tencent intègre la technologie de DeepSeek dans Weixin (WeChat en Chine) pour améliorer la recherche et les interactions IA. De son côté, BYD prévoit d’utiliser l’IA de DeepSeek dans ses nouveaux modèles, notamment pour le stationnement automatique et la navigation sur autoroute, entrant ainsi en concurrence directe avec Tesla.
En décembre 2024, DeepSeek signe les « Engagements de sécurité de l’IA » aux côtés de 16 autres entreprises chinoises, illustrant une volonté de convergence avec les normes internationales. Pourtant, son ascension inquiète en Occident, où certains pays envisagent des restrictions sur les technologies d’IA chinoises.
Grâce à ses innovations et son intégration rapide dans l’écosystème technologique, DeepSeek redéfinit la concurrence mondiale en IA, accentuant les tensions entre la Chine et l’Occident.

Et maintenant ?
Après avoir exploré trois modèles d’entreprises chinoises sur des marchés variés, un point clé ressort : l’économie chinoise fonctionne comme un écosystème intégré, combinant entreprises, infrastructures et soutien étatique pour maximiser son impact à l’international.
Contrairement aux entreprises occidentales en forte concurrence, les groupes chinois évoluent en réseaux interconnectés :
- BYD & DeepSeek : L’IA de DeepSeek améliore les fonctionnalités autonomes des véhicules BYD.
- Temu & le réseau manufacturier chinois : Temu connecte directement les fabricants chinois aux consommateurs occidentaux, éliminant les intermédiaires.
Cette coopération accélère l’innovation et optimise la réactivité face aux évolutions du marché.
L’État joue un rôle clé en finançant massivement les secteurs stratégiques (véhicules électriques, IA, e-commerce) et en anticipant les tensions géopolitiques. Il encourage les entreprises à implanter des usines à l’étranger (ex. BYD en Hongrie) pour contourner les barrières commerciales.
Face aux droits de douane croissants, les entreprises chinoises trouvent des alternatives :
- Usines en Europe pour éviter les taxes sur les importations chinoises (BYD).
- Exploitation des régulations « de minimis » pour vendre sans taxes (Temu).
- Intégration aux écosystèmes locaux via des partenariats stratégiques (DeepSeek avec Tencent).
Mais en 2025, les États-Unis ont supprimé l’exemption « de minimis », et l’UE envisage une taxe carbone sur les importations.
Malgré les tensions, le potentiel reste énorme, avec une capacité de production et d’innovation inégalée, une vision stratégique à long terme, loin de la pression des résultats trimestriels occidentaux et un contrôle des infrastructures logistiques mondiales, facilitant la distribution rapide des produits chinois.
L’expansion chinoise semble loin de ralentir, malgré les obstacles politiques et commerciaux croissants.

L’Europe est-elle vraiment en retard ?
Un durcissement réglementaire occidental est en cours : hausse des droits de douane, restrictions sur l’IA chinoise, et exigences croissantes en matière de durabilité et d’éthique de consommation. Ces éléments suggèrent une prise de conscience progressive en Europe, même si la riposte reste timide.
Si la Chine domine par son écosystème intégré et son soutien étatique, elle reste dépendante de ressources clés comme les semi-conducteurs avancés, qui pourraient être restreints en cas de tensions géopolitiques. Cette vulnérabilité pourrait être un levier pour l’Occident.
En 2025, l’expansion chinoise en Occident est une réalité, mais la résistance grandit. Pour rivaliser, l’Europe devra investir massivement dans l’innovation pour ne pas subir la domination technologique chinois, encourager la relocalisation industrielle afin de réduire la dépendance aux importations et renforcer la coopération intra-européenne pour adopter une stratégie unifiée face à Pékin.
Si ces actions ne sont pas engagées rapidement, la Chine pourrait bien imposer durablement ses règles économiques. Cependant, des solutions existent pour inverser la tendance. Un prochain article explorera les stratégies que l’Europe peut adopter pour regagner du terrain face à cette montée en puissance.

Georg Peter
Sources :
Lancement de nouveaux modèles compétitifs, Reuters
Implantation industrielle stratégique, Battery Industry
Diversification des sites de production, Le Monde
Introduction de modèles hybrides, Business Insider
Progression notable en Europe, BEEV
Investissement massif en R&D, Motor1
Croissance des utilisateurs, Backlinko
Sourcing local et entrepôts nationaux, Latest News & Breaking Headlines
Pressions réglementaires, MarketScreener
Répercussions boursières, Reuters
Réévaluation des stratégies d’investissement, Financial Times
Collaboration avec Tencent, Reuters
Adoption par BYD, Investopedia
Engagement envers la sécurité de l’IA, Carnegie
Relations internationales, Euronews
Images :
Usine BYD, 4400 véhicules par jour




