Quelles solutions pour une IA plus durable ?

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L’intelligence artificielle est en train de transformer notre société à une vitesse fulgurante. Des assistants conversationnels aux modèles de vision par ordinateur, ses applications semblent sans fin. Pourtant, derrière cette révolution technologique se cache une réalité bien moins reluisante : une consommation énergétique colossale et croissante. En effet, en 2024, les centres de données dans le monde ont consommé environ 415 TWh d’électricité, soit l’équivalent de la consommation électrique annuelle de la France. Pire encore, selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande électrique liée à l’IA pourrait quadrupler d’ici 2030.

Face à ce constat alarmant, de nombreux acteurs cherchent des solutions afin de réduire l’empreinte environnementale de l’IA. Ces efforts portent sur plusieurs fronts : la conception de modèles plus efficients, l’optimisation des infrastructures, la récupération de la chaleur générée par ses serveurs, ou encore le recours aux énergies renouvelables. Ensemble, ces approches annoncent peut-être les contours futurs d’une IA plus sobre et plus responsable.

Des modèles plus petits, mais tout aussi puissants

L’une des pistes les plus efficaces pour réduire la consommation de l’IA consiste à concevoir des modèles plus compacts. Pendant longtemps, la course aux performances s’est traduite par une course aux paramètres : plus un modèle était grand, plus il était considéré comme performant. L’entraînement de GPT-3 a ainsi consommé environ 1 287 MWh. Les estimations pour GPT-4, quant à elles, oscillent entre 10 000 et 30 000 MWh. Une évolution exponentielle qui a poussé certains chercheurs à explorer d’autres voies.

C’est dans ce contexte que des techniques comme la quantification et l’élagage (pruning) ont émergé. La quantification réduit la précision numérique des poids d’un modèle, en diminuant sa taille et sa consommation de mémoire sans sacrifier significativement ses performances. L’élagage, quant à lui, supprime les connexions les moins utiles d’un réseau de neurones. La startup française Mistral AI a tiré profit de ces approches : selon un baromètre réalisé par l’agence Razorfish et le collectif Green IT, Mistral AI affiche une empreinte carbone significativement inférieure à celle de ses concurrents américains comme ChatGPT, Claude ou Gemini. La startup a ainsi réussi à réduire d’environ 40% sa consommation d’énergie tout en maintenant des performances élevées.

L’architecture dite Mixture of Experts (MoE) illustre parfaitement cette tendance : plutôt que d’activer l’ensemble des paramètres d’un modèle pour chaque requête, ce système ne mobilise qu’une fraction spécialisée du réseau selon la tâche à accomplir. Mistral Large 3, par exemple, intègre 675 milliards de paramètres mais n’en active que 41 milliards lors de chaque inférence. Ce choix technique permet d’associer puissance de calcul et sobriété énergétique, tout en maintenant des temps de réponse adaptés aux applications professionnelles.

Optimiser le traitement des données et l’infrastructure

Au-delà des modèles eux-mêmes, la chaîne du traitement des données peut également être optimisée. Les centres de données sont des infrastructures extrêmement complexes dont l’efficacité se mesure notamment grâce au Power Usage Effectiveness (PUE), un indicateur qui compare l’énergie totale consommée par le centre de données à celle effectivement utilisée pour le calcul informatique. Un PUE de 1,0 serait parfait. En pratique, les meilleurs acteurs du secteur atteignent aujourd’hui des valeurs autour de 1,1.

Plusieurs leviers permettent d’améliorer ce ratio :

  • Refroidissement intelligent : plutôt que d’utiliser des climatiseurs énergivores, certains centres de données exploitent le « free cooling », en tirant profit des basses températures extérieures pour refroidir leurs équipements naturellement.
  • Planification intelligente des tâches : exécuter les calculs les plus lourds pendant les heures creuses, afin de profiter d’une électricité plus verte et moins chère.
  • Décision adaptée des requêtes : certains systèmes déterminent automatiquement si une requête nécessite un modèle lourd ou si une version plus légère suffit. Euria, l’IA de l’hébergeur suisse Infomaniak, détermine ainsi automatiquement si une recherche en ligne est nécessaire selon la demande de l’utilisateur, économisant ainsi de l’énergie lorsque ce n’est pas requis.

La récupération de chaleur

L’une des innovations les plus marquantes dans le domaine de l’IA verte se trouve à Genève. La société suisse Infomaniak, hébergeur spécialisé, a lancé en décembre 2025 Euria, une IA dont la particularité majeure est de transformer la chaleur produite par ses serveurs en ressource énergétique collective. Le principe est simple mais efficace : au lieu de dissiper cette énergie dans l’atmosphère via des systèmes de climatisation énergivores, Infomaniak récupère la chaleur fatale de ses équipements et l’injecte directement dans le réseau de chauffage urbain des ménages.

Le fonctionnement repose sur plusieurs étapes :

  1. Production de chaleur : les GPU faisant tourner les modèles d’IA dégagent d’importantes quantités de chaleur lors des calculs.
  2. Captation thermique : cette chaleur est captée par des pompes à chaleur installées dans le centre de données, sans consommation d’eau pour le refroidissement.
  3. Redistribution urbaine : l’énergie thermique est injectée dans le réseau de chauffage de la ville, bénéficiant directement aux habitants.

À pleine charge, cette infrastructure pourrait fournir assez d’énergie pour chauffer environ 6 000 logements de type Minergie-A durant l’hiver et couvrir les besoins en eau chaude sanitaire de 20 000 personnes quotidiennement. Ce dispositif permettrait d’éviter l’émission de 3 600 tonnes de CO₂ par an en substituant le gaz naturel.

Un modèle généralisable ?

Bien que ces initiatives soient prometteuses, elles soulèvent également quelques questions :

  • Est-ce que cela suffira à subvenir aux besoins de demain ?

Les solutions actuelles restent encore marginales face à l’explosion des besoins. Si la demande électrique liée à l’IA venait réellement à quadrupler d’ici 2030, les efforts d’efficacité risqueraient d’être dépassés par la future consommation.

  • Est-ce que cela serait viable dans d’autres villes ?

Le modèle genevois est censé être réplicable dans de nombreuses villes européennes possédant des réseaux de chauffage urbain, comme Paris, Berlin ou Copenhague. En effet, la technologie nécessaire n’est pas révolutionnaire.

  • Est-ce que le consommateur a aussi un rôle à jouer ?

La sobriété énergétique de l’IA ne peut reposer uniquement sur les infrastructures. Les utilisateurs exercent également une influence sur l’industrie, en choisissant des outils plus éco-conçus et en limitant les usages superflus.

Conclusion

Rendre l’IA plus verte est un défi à la fois technique, économique et politique. La conception de modèles plus compacts et plus efficients, l’optimisation des infrastructures de calcul, la récupération de chaleur générée ainsi que le recours aux énergies renouvelables sont des solutions concrètes qui seront nécessaires dans le futur. L’exemple d’Infomaniak à Genève démontre qu’une approche durable est non seulement possible, mais déjà en place.

Ces initiatives restent cependant encore insuffisantes face à l’explosion des usages. La transition vers une IA durable nécessitera un engagement coordonné de l’ensemble des acteurs : développeurs, hébergeurs, régulateurs et utilisateurs. Comme pour la transition énergétique dans d’autres secteurs, il ne s’agit pas de choisir entre progrès technologique et responsabilité climatique, mais de les concilier. Les solutions existent, à nous de les déployer à grande échelle.

Nicolas Steiner

 

Sources :

20 Minutes – Euria : l’IA d’Infomaniak réchauffe les logements à Genève

IT-Connect – Infomaniak lance Euria, l’IA souveraine qui chauffe des logements

Riskintel Media – L’IA et la consommation énergétique : data centers, nucléaire et solutions durables

Mister-IA – Consommation énergétique de l’IA grand public en 2025

InoIndustry – Mistral AI se distingue par sa performance environnementale

IT Social – Mistral AI lance Mistral 3, une famille de modèles ouverts

Optima Énergie – IA : quel impact sur la consommation des data centers ?

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