« Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas ! »Jacques Chirac, 2002.

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Permettez-moi de vous conter une histoire …

Il s’agit du récit d’une relation qui commence il y a près de 3,8 milliards d’années. Dans le ventre d’une mère, que nous appellerons ici « Terre », se prépare le début d’une épopée extraordinaire : celle de la vie. Sous une chaleur suffocante, une pluie battante et l’éclairage de la foudre, bien abrités par une épaisse couche de nuages nous assistons à une naissance. Terre vient de mettre au monde les premiers organismes unicellulaires aquatiques. Dans la nuit chaude et humide, s’initie la majestueuse marche de la vie.

Chaque jour, Terre se remet au travail pour accompagner le développement de ses nouveaux protégés. Des procaryotes, cellules dépourvues de noyau et à la composition simple, aux eucaryotes, cette fois-ci pourvues de noyaux, puis des unicellulaires aux pluricellulaires, Terre se voit peuplée d’organismes de plus en plus complexes et nombreux. Dès ce moment, déjà, commencent les interactions entre la planète et ses habitants. En effet, ses premiers résidents, adeptes de la photosynthèse, se mettent à y relâcher leur déchet : l’oxygène.

La croissance de cette grande famille se poursuit. Au cours des plusieurs millions d’années suivantes, Terre donne progressivement naissance aux premiers végétaux, puis aux insectes, aux reptiles, aux dinosaures puis aux mammifères dont l’Homme. Des espèces apparaissent, d’autres disparaissent et ainsi va l’évolution jusqu’à l’Holocène période où notre histoire prend un nouveau tournant.

L’Homme et l’ère de l’Anthropocène

Depuis son apparition, l’espèce humaine n’a cessé d’apprivoiser son environnement. Initialement ni plus ni moins qu’un singe bipède, l’Homme est passé en 2,8 millions d’années d’un chasseur-cueilleur à un gestionnaire de big-data épaulé par l’intelligence artificielle. Le contraste est saisissant. Nul n’ignore que tout ceci s’est fait grâce à une activité humaine très intense, et, il faut le souligner, dévastatrice pour l’environnement.

Ainsi, dès la Révolution Industrielle au XIXème siècle, les progrès humains commencent à se faire au détriment de notre planète jusqu’à mener à l’alarmante situation écologique actuelle. On parle même aujourd’hui d’« Anthropocène » pour décrire cette nouvelle époque géologique où la civilisation industrielle humaine est devenue la force majeure du dérèglement des écosystèmes, dominant les processus naturels.

Mais n’oublions pas une chose : sans Terre, Homo sapiens n’aurait pu exister. S’il veut garantir la pérennisation de son espèce, l’Homme ne peut donc couper le cordon qui le relie à sa source de vie, la planète qu’il habite.

Nous vous proposons de poursuivre ce récit en explorant les liens qui unissent la santé humaine à celle de son environnement. Il s’agira ici d’approfondir quelques problématiques écologiques afin d’apprécier les effets synergiques des actions en faveur de la santé humaine avec celles pour l’environnement.

Pollution de l’air et mobilité active

La première problématique que nous souhaitons exposer est celle de la pollution de l’air. En effet, en raison de la combustion de substrats fossiles, la qualité de l’air que nous respirons se péjore. On retrouve 4 polluants principaux dans l’air : les particules, le dioxyde d’azote (NO2), le dioxyde de souffre (SO2) et l’ozone (O3). L’inhalation de ces substances est nocive pour notre système respiratoire. L’exposition prédispose à l’apparition de maladies broncho-pulmonaires sur le long terme, telles que l’asthme, les infections ou encore le cancer.

Vous savez certainement que l’une des sources majeures de la pollution atmosphérique est le trafic routier. Si on prend l’exemple de la Suisse, on constate que la circulation routière est responsable du relargage de 14,7 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère chaque année, dont 73% sont liées à l’utilisation des véhicules privés. Cela représente 40% des émissions annuelles Suisses totales.

Parallèlement à cela, on remarque un autre fléau dans la population : la sédentarité. 28% des Suisses et des Suissesses resteraient trop inactifs. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) nous devrions tous pratiquer au moins 150 minutes d’activité physique modérée chaque semaine, soit l’équivalent d’une vingtaine de minutes par jour.

Connaissant cela, il semble que la mobilité douce soit une solution toute trouvée pour vaincre ces deux fléaux. En délaissant sa voiture au profit de son vélo ou, plus simplement, de sa paire de baskets pour ses déplacements quotidiens, on agit doublement ! On fait un geste pour sa santé et pour l’environnement.

Augmentation des températures et aménagement urbain vert

En raison du changement climatique, chaque année, les étés se font de plus en plus caniculaires avec des pics de températures qui ne cessent de s’accroitre. Cette nouvelle réalité à laquelle la population humaine est confrontée apporte son lot de risques, en termes de santé notamment.

En effet, l’excès de chaleur entraine un stress thermique pour l’organisme qui peut exacerber les maladies existantes, par exemple l’asthme, les maladies cardiovasculaires, le diabète ou encore les troubles mentaux. Certaines tranches de la population sont plus vulnérables face aux vagues de chaleur, par exemple les personnes âgées. Rappelons qu’un Suisse sur cinq a actuellement plus de 65 ans.

N’oublions pas que ces changements de températures favorisent également la transmission de certaines maladies infectieuses dans des zones géographiques habituellement épargnées, accroissant ainsi leur impact sanitaire global. Pour ne citer qu’un exemple, les tout premiers cas d’infections autochtones, c’est-à-dire non-importées, de chikungunya ont été identifiées pas plus tard que l’été dernier en France métropolitaine.

D’autre part, plusieurs études ont démontré qu’il existe un lien positif entre l’exposition à des espaces verts et la santé humaine. Ces travaux ont démontré que les personnes exposées à plus de biodiversité verraient une réduction de leur tension artérielle, de leur rythme cardiaque et de leur cortisol salivaire (la redoutée hormone du stress). On observerait aussi, parmi une liste de nombreux autres bénéfices, une diminution de l’incidence du diabète de type II, des accidents vasculaires cérébraux (AVC) et de la mortalité cardiovasculaire générale.

Pour toutes ces raisons, il semble qu’adapter l’aménagement de notre environnement citadin à ces faits climatiques et sanitaires est un enjeu d’avenir. On pense ici à une ville plus verte, composées de jardins, d’espaces végétaux ombragés dans laquelle nous serions exposés à de la biodiversité de façon plus importante et mieux protégés des fortes chaleurs. Un aménagement urbain repensé qui serait à la fois plus sain et plus écologique.

Alimentation saine et durabilité

Nous voici arrivés à notre dernier sujet : l’alimentation. Responsables de 20 à 30% des émissions globales de gaz à effet de serre, l’agriculture et l’élevage intensifs sont des sources de pollution majeures dont il semble indispensable de discuter. Outre l’émission de gaz, la production de notre alimentation cause bien d’autres dégâts à notre planète : pollution des sols, eutrophisation des milieux aquatiques, déclin de la biodiversité, déforestation, etc. Une charge écologique colossale couronnée d’un fait ahurissant : près d’un tiers des aliments produits ne sont jamais consommés et finissent directement à la poubelle.

Conjointement, nous faisons face à une épidémie de surpoids et de malnutrition. On estime que plus de 2 milliards de personnes dans le monde sont atteintes d’obésité en lien avec un régime alimentaire déséquilibré, que 10% de la population sous nos latitudes est touchée par le diabète ou encore que 25% de cette même population a un taux anormalement élevé de cholestérol sanguin. Tous ces exemples ont vocation à illustrer un fait : nos régimes alimentaires occidentaux sont trop riches en calories, en sucres raffinés, en viande et en graisses.

Vous en avez certainement déjà conscience, adopter une alimentation plus végétale serait à la fois plus sain et plus écologique. Il a notamment été démontré que la production d’aliments végétaux utilise moins de ressources et émets moins de gaz à effets de serre. Pour illustration, un kilo de viande de bœuf équivaudrait à l’émission de 12 kg de CO2 alors que la production du même poids de lentilles représenterait uniquement 0,7 kg de CO2.

Malgré l’existence de ces faits, on constate une tendance paradoxale et préoccupante vers une augmentation de la consommation de produits au fort impact carbone ainsi qu’un accroissement de la consommation de produits d’origine animale. Envisager une alimentation différente qui tienne davantage compte des aspects de santé tant environnementale qu’individuelle semble aujourd’hui essentiel.

Concrètement, une commission de scientifiques s’est penchée sur la question et a abouti à plusieurs constats. Rassurez-vous nous sommes loin ici de vous proposer d’adopter le régime à base d’insectes dont on entend parler dans les médias. Plus simplement, l’essentiel de notre alimentation devrait se composer de fruits, de légumes, de céréales complètes, de légumineuses, de noix et d’huiles insaturées (typiquement des huiles végétales) avec pour accompagnement une consommation modérée de poissons, de fruits de mer et de volaille. Quant aux autres féculents, aux produits laitiers, à la viande rouge, au sucre et aux graisses saturées (majoritairement représentées par les graisses animales), ils devraient représenter la part la plus marginale possible de nos assiettes. Éviter une surconsommation de viande rouge serait également protecteur pour notre intestin (diminution du risque de cancer colorectal notamment) et notre système cardiovasculaire (réduction du risque d’athérosclérose).

Outre la composition de notre assiette, la quantité d’aliments que l’on consomme a également son importance. Pour faire simple, il s’agit de couvrir ses besoins nutritionnels et d’éviter par la suite de se suralimenter.

En résumé, orientons-nous vers une alimentation principalement végétale qui serait bénéfique pour notre planète et aussi meilleure pour notre santé.

En quelques mots, n’oublions pas que la santé humaine et le destin de la planète Terre sont intimement liés. Plus qu’essentiel pour la survie de notre espèce, notre environnement est une ressource qu’il convient de préserver au mieux. Envisageons le maintien de la santé humaine comme un levier d’action pour notre planète, et la cause écologique comme un moyen de mener des actions favorables pour notre santé. Sans vouloir s’applaudir d’obéir à une logique pouvant sembler égoïste, n’oublions pas que tout ceci est dans notre plus pur intérêt. Tel que le prononçait le Président français Jacques Chirac à l’occasion du quatrième sommet de la Terre en 2002 : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » Ce, qui, à cette époque, se voulait une affirmation provocatrice sonne à nos oreilles aujourd’hui comme un doux euphémisme. Il serait plus adéquat de dire, que, bien plus que de simples spectateurs passifs détournant le regard face à la destruction de leur maison, nous sommes en fait acteurs de notre propre perte. Le destin de la planète et celui de l’Humanité ne font, en réalité, qu’un. Alors soignons-nous et soignons-la car quand la Terre a de la fièvre, l’Homme frissonne ; lorsque la planète se noie, l’Homme perd pieds ; lorsqu’elle se dessèche, son espoir se craquelle ; et si la Terre venait à disparaître …

Merci pour votre lecture,

Alexandre et Charlotte Leyvraz

Sources :

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