Investir, c’est comme préparer sa valise : on y met toujours de quoi prévenir les intempéries, au risque de finir détrempé au premier nuage. Cette même logique d’anticipation s’applique à la finance. Quand il s’agit de construire un portefeuille d’investissement pour un futur incertain, il est vivement recommandé de varier les actifs qui le composent, c’est-à-dire de diversifier. A travers un exemple (presque) fictif, nous allons suivre les péripéties d’une investisseuse pour comprendre les avantages de cette méthode, mais aussi ses limites.
Alice au pays des marchés financiers
Alice était une jeune investisseuse en herbe. Elle disposait d’un majestueux capital de 100 CHF qu’elle souhaitait placer en Bourse, avec l’ambition tout à fait raisonnable de s’acheter un appartement de cinq pièces d’ici la fin de l’année. Lors d’une discussion parfaitement amicale avec son agent IA, la réalité la rattrapa. Avec la politesse glaciale qui le caractérisait, l’agent IA lui expliqua qu’il n’était mathématiquement pas possible de multiplier son capital par 7 456 en moins d’un an. « Un rendement annuel de 7 à 10 % pour un portefeuille d’actions diversifié constituerait déjà une excellente performance », précisa son agent IA. « À titre d’information, si l’on observe l’histoire des grands marchés boursiers sur plusieurs décennies, le rendement moyen historique se situe précisément dans cette fourchette. Par exemple, selon les données de Fidelity Investments, l’indice S&P 500 (qui regroupe les 500 plus grandes entreprises américaines) affiche un rendement moyen d’environ 10 % par an depuis sa création en 1957. C’est sur le temps long, et non en quelques mois, que l’investissement en Bourse révèle son véritable potentiel. » Il lui fallait donc redescendre sur terre et, pour commencer, trouver l’action d’une entreprise cotée en Bourse.
La première chose qui lui vint à l’esprit fut CHOCOLATINA, une entreprise qui fabriquait et vendait du chocolat en grande surface. Mais pas n’importe quel chocolat : selon Alice, c’était le meilleur du monde, fondant au milieu et bien croquant tout autour. Une telle perfection culinaire ne pouvait que dominer la finance mondiale. Le cours de CHOCOLATINA était d’exactement 100 CHF l’action. Persuadée d’avoir déniché le secret le mieux gardé de Wall Street, Alice acheta le titre le soir même. Avant de dormir, elle s’en vanta auprès de son agent IA.
« C’est un premier pas intéressant vers l’investissement 👍 », répondit son agent IA. « Cependant, en tant qu’agent IA, je me dois d’être honnête avec vous. L’action CHOCOLATINA est un actif volatil. Souhaitez-vous que je génère une simulation de 100 trajectoires aléatoires possibles afin d’illustrer les chemins que pourrait prendre votre investissement sur un an ? » Alice accepta, et son agent IA s’exécuta.

En découvrant le graphique, Alice faillit s’étouffer. Comme elle le constata, en fin d’année, le prix de son action pouvait tout aussi bien s’envoler à 130 CHF que s’écraser à 80 CHF. Impossible de savoir à l’avance laquelle de ces trajectoires son action allait suivre. Non seulement son portefeuille n’allait pas lui payer son appartement, mais la ligne ne montait même pas tout droit ! Furieuse, elle reprit la discussion pour faire part de son mécontentement à son agent IA.
Après avoir encaissé ses majuscules, son agent IA lui fit découvrir un outil merveilleux : la diversification. En divisant ses précieux 100 CHF entre plusieurs entreprises, elle subirait moins violemment les sautes d’humeur du marché. « Cependant, prenez garde à la corrélation ⚠️ », ajouta son agent IA. « Si vous achetez une autre action dans le chocolat et qu’une rupture de stocks de fèves de cacao survient, vos deux entreprises couleront de la même manière. » Alice, illuminée par ce savoir nouveau, exigea deux entreprises n’ayant absolument rien à voir avec le chocolat.
Son agent IA s’exécuta : « Voici MICHELINA, leader européen du pneu pour voitures de compétition. Et voici SKINCAREA, une entreprise de cosmétiques vendant des crèmes de luxe promues par des influenceurs. »
Alice, qui n’était plus la naïve débutante de la veille, ordonna à son agent IA de relancer sa simulation pour un portefeuille divisé en trois parts égales entre ces entreprises.

Le miracle opéra. Sur le second graphique, le faisceau rouge du portefeuille diversifié était beaucoup plus sage. Les trajectoires se resserraient : en fin d’année, son capital avait de fortes chances de se situer entre 90 et 120 CHF. Satisfaite d’avoir dompté les marchés financiers, Alice revendit un bout de CHOCOLATINA pour acheter un tiers de MICHELINA et un tiers de SKINCAREA.
Six mois plus tard, Alice, qui avait totalement oublié l’existence de son empire financier, reçut une notification de son courtier. Son portefeuille venait de perdre 60 % de sa valeur. Ses 100 CHF initiaux n’en valaient plus que 40.
Hors d’elle, Alice incendia son agent IA d’insultes qui violeraient les conditions d’utilisation de n’importe quelle plateforme. Son agent IA la laissa finir avant de répondre avec son calme olympien : « Je comprends votre frustration. Une baisse simultanée de 60 % sur des actifs non corrélés suggère un choc macroéconomique. Souhaitez-vous que je vous explique ce qui vient de se passer ? » Alice répondit par un « OUI » vengeur.
« Un conflit armé vient d’éclater au Ghana », expliqua l’agent IA. « Or, c’est ce pays qui produit les fèves de cacao de CHOCOLATINA. C’est également là-bas que poussent les arbres à caoutchouc indispensables aux pneus de MICHELINA. Enfin, le Ghana exporte l’huile de palme que SKINCAREA utilise pour rendre ses crèmes si onctueuses. Sans le savoir, vous avez parfaitement diversifié vos secteurs d’activité, mais vous avez concentré tout votre risque géographique sur un seul pays. » Avant même qu’elle ne puisse accuser son agent IA de l’avoir mal conseillée, un message rouge apparut à l’écran : elle venait de franchir sa limite mensuelle de messages gratuits. La discussion était terminée.
En conclusion
Comme nous l’avons vu au travers de cette petite fable boursière, la diversification est un outil puissant pour réduire les variations d’un portefeuille, mais ce n’est pas une cape d’invisibilité. Diversifier demande de comprendre en profondeur ce que l’on achète pour débusquer les risques cachés. Surtout, dans notre monde hyperconnecté, le risque zéro n’existe pas : il y aura toujours des événements imprévisibles capables de frapper tout le marché en même temps. Investir, c’est donc préparer sa valise en acceptant que, quel que soit le nombre d’affaires qu’on y met, il y aura toujours des scénarios imprévus qui pourraient mettre à mal nos vacances.
Leo Stahl
Source :
Fidelity Investments. (s.d.). Average stock market return: S&P 500.
Fidelity Investments. (s.d.). Diversification.




